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Nationale

Visite de Ségolène Royal : « L’Algérie n’est plus la même»

Visite de Ségolène Royal : « L’Algérie n’est plus la même»
Ségolène Royal.

Au quatrième jour de sa visite en Algérie, la présidente de l’Association France-Algérie, Ségolène Royal, a dressé un constat lourd de sens, logique et franc, en affirmant que l’Algérie a évolué dans différents domaines et en mettant en garde Paris sur sa politique actuelle, notamment sur la question mémorielle. Elle a appelé son pays, la France, à « se rendre compte que les choses avancent en Algérie. Et que si elle veut continuer à être dans ce partenariat bilatéral, il faut qu’elle se bouge ».

Lors d’une conférence de presse animée avant-hier soir, Mme Royal a indiqué qu’elle a « pu rencontrer des entreprises, des start-up, des jeunes en formation dans de grandes écoles », et se rendre compte, en effet, « de l’évolution de l’Algérie, qui n’est plus la même que celle d’il y a dix ans, » lorsqu’elle était venue en tant que ministre de l’Environnement en 2016.

La présidente de l’Association France-Algérie a assuré que sa visite, « fructueuse » et « réussie », lui a permis de constater l’évolution qu’a connue l’Algérie, soulignant que « l’Algérie ne va pas attendre la France puisqu’elle a diversifié ses partenariats ».

Mme Royal a assuré qu’elle espérait que « chacun prenne conscience de ses responsabilités et puisse avancer dans la bonne direction », rappelant que les relations économiques entre les deux pays ont été « quasiment suspendues depuis deux ans ».

La présidente de l’Association France-Algérie a affirmé avoir constaté une réelle volonté, du côté algérien, de maintenir les relations économiques bilatérales, citant notamment l’organisation patronale, le Conseil du renouveau économique algérien (CREA), ainsi que les responsables de la CACI.

A ce propos, elle a assuré qu’elle rendra compte des résultats de sa visite en Algérie au président français, Emmanuel Macron, en vue de « l’inciter à agir et à faire les premiers gestes envers l’Algérie ». Elle a également fait état de son intention de saisir le président de l’organisation patronale française, le MEDEF, afin qu’il effectue une visite en Algérie.

Sur ce registre, l’ancienne ministre française a estimé qu’il convient de procéder à « l’inventaire de tous les partenariats existants entre les deux pays, afin d’examiner ceux qui commencent à être ralentis et ceux qui n’ont pas pu se nouer ». « Une fois que la question de la reconnaissance et de la mise à plat mémorielle sera traitée – ce qui peut intervenir rapidement dans un esprit d’humilité et de célérité -, on tourne la page et on construit de nouveaux partenariats », a-t-elle souligné, assurant que « tous les atouts existent pour réussir une nouvelle relation et une nouvelle alliance » entre les deux pays.

Sur le dossier de la mémoire, la présidente de l’Association France-Algérie a appelé le président français à faire un geste de reconnaissance des crimes coloniaux commis par les autorités coloniales françaises en Algérie. « Ce serait tellement simple que la France fasse un geste de reconnaissance, qui se traduirait formellement par la restitution des biens culturels, des archives, du canon d’Alger, des dépouilles qui se trouvent encore au musée de l’Homme, afin qu’elles soient correctement inhumées, et, bien sûr, par l’ouverture du dossier des essais nucléaires dans le Sahara », a affirmé Mme Royal.

D’ailleurs, elle a estimé que sa visite en Algérie a déjà porté ses fruits, permettant à certains dossiers en lien avec la mémoire d’avancer et de s’accélérer, évoquant le vote récent par le Sénat français de la loi sur la restitution des biens culturels, après avoir traîné pendant deux ans, ainsi que l’adoption d’un amendement parlementaire portant sur l’ouverture des dossiers concernant les essais nucléaires français dans le Sahara algérien.

« C’est la première fois qu’un amendement parlementaire donne un délai de six mois au gouvernement pour communiquer toutes les informations sur les conséquences des essais nucléaires, parce qu’il subsiste encore des problèmes de santé publique. Je crois donc que les choses vont avancer », a encore souligné la présidente de l’Association France-Algérie.

« C’est à la France de faire le premier pas, parce que c’est la France qui a été la puissance coloniale. Les autres puissances coloniales l’ont fait, d’autres pays l’ont fait, pourquoi pas nous ? Il faut le faire, c’est simple », a encore relevé Mme Royal.

Sur un autre plan, l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 a indiqué que les réactions hostiles à ses positions en France ne relèvent pas d’un simple désaccord politique, mais d’une crainte face à la vérité historique et à la liberté de parole, ainsi que de la difficulté persistante du processus de réconciliation, notamment sur le plan mémoriel.

Evoquant le cas du journaliste français Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie, Mme Royal a salué la décision prise par le ministre de la Justice de lui permettre de lui rendre visite (effectuée hier), ce journaliste étant détenu et condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Selon Mme Royal, la visite à ce détenu « est vraiment l’aboutissement d’une visite réussie, et c’est important comme signal ».



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