Ramadan: À Béjaïa, la fraternité est servie à table
Le mois de ramadan ne se résume pas uniquement à l’abstinence et à la piété à Béjaïa. Cette période transforme la ville et ses villages en un vaste théâtre de générosité. Entre la ville et les villages montagneux, la solidarité n’est pas un vain mot, mais une mécanique huilée qui bat au rythme des cœurs bénévoles.
Dès l’approche de l’adhan (l’appel à la prière), une effervescence particulière s’empare des quartiers et des villages. Les restaurants Errahma (restaurants de la clémence) ouvrent grandes leurs portes. Qu’ils soient portés par le Croissant-Rouge algérien (CRA), des associations locales, de simples collectifs de quartier ou des bienfaiteurs, l’objectif est le même : offrir un repas chaud et digne aux nécessiteux, aux voyageurs et aux travailleurs éloignés de leurs familles.
L’esprit du partage est partout. Il ne s’agit pas seulement de repas distribués mais de véritables moments de convivialité où les barrières sociales s’effacent devant une assiette de chorba frik fumante. Il est fascinant de voir la jeunesse béjaouie, souvent en première ligne, s’organiser pour servir à table avec un sourire et une énergie débordante.
Pas moins de 46 restaurants Errahma sont opérationnels depuis le début du mois de jeûne à l’échelle de la wilaya. Au moins 61 demandes ont été formulées à cet effet par des bienfaiteurs, le Croissant-Rouge et des associations à caractère social et humanitaire.
A Tazmalt, le CRA et l’APC ont organisé, comme chaque année, un restaurant de la clémence au CEM Mira-Abderrahmane. Plus de 560 repas ont été servis vendredi dernier aux sans-abri, aux travailleurs éloignés de leurs familles et aux nécessiteux. Le P/APC, Fateh Redjdal, a lancé un appel aux bienfaiteurs afin de contribuer à cette action par des dons en denrées alimentaires : poulet, viande, fruits et légumes, boissons gazeuses, jus, eau, emballages ou encore main-d’œuvre.
Au niveau de l’unité du Groupe Agrodiv de Sidi Aïch, le comité local du Croissant-Rouge a également organisé un restaurant Errahma en faveur des travailleurs éloignés de leurs familles, des voyageurs et des nécessiteux. Plus de 150 repas chauds ont été offerts sur place, en plus de 40 repas emportés par des personnes démunies.
A Akbou, deux restaurants de solidarité ont ouvert leurs portes, dont l’un initié par le comité des fêtes et l’APC d’Akbou. Installé à la salle des fêtes Plaza de Guendouza, il est opérationnel depuis le premier jour du ramadan. Plus de 450 repas chauds complets y ont été servis vendredi dernier aux démunis et aux voyageurs.
L’association Kafil El-Yatime a, pour sa part, distribué 350 colis alimentaires aux veuves et aux orphelins. Elle prépare également une opération de circoncision prévue pour la nuit du 27e jour du ramadan au profit d’enfants issus de familles nécessiteuses et d’orphelins.
De son côté, l’association Ikhoulef du village Ichekoufen, commune d’El-Kseur, a organisé une Timechret (fête de sacrifice communautaire) la semaine dernière. Trois bœufs ont été égorgés, découpés en parts égales et distribués au profit de 350 bénéficiaires.
Le comité de bienfaisance Majlis Souboul El-Kheiret de Béjaïa a également distribué plusieurs dizaines de couffins alimentaires depuis le début du mois de jeûne. L’association Soummam au soin de l’orphelin a, quant à elle, préparé 600 couffins remplis de denrées alimentaires, destinés à être distribués avant la fin de la première semaine au profit de veuves, d’orphelins et de familles démunies à travers la wilaya. Ces kits complets permettent aux familles de cuisiner chez elles, en toute intimité.
A Béjaïa, les commerçants jouent souvent un rôle clé en effectuant des dons massifs ou en réduisant volontairement leurs marges pour soutenir ces initiatives. La solidarité prend racine dans des traditions ancestrales. Elle se manifeste sous diverses formes, à travers des actions d’entraide communautaire.
Des collectes de denrées alimentaires (huile, semoule, dattes, sucre, café, viande) sont organisées discrètement afin que chaque foyer, même le plus modeste, puisse garnir sa table. Des colis sont constitués et remis avec discrétion aux nécessiteux. Il est également d’usage que les familles échangent des plats entre voisins : une assiette de bourek contre une assiette de m’touem, créant un réseau invisible mais solide de soutien mutuel.
A Béjaïa, le ramadan est bien plus qu’une pratique religieuse. Il est un rappel annuel de l’identité profonde de la région : une terre de partage où l’humain demeure la priorité absolue.