Réhabilitation du vieux bâti de la capitale : Alger fait peau neuve
Le ministre-wali d’Alger, Mohamed Abdennour Rabhi, a multiplié les haltes de terrain pour inspecter l’avancement des travaux de réhabilitation des immeubles anciens, inscrits dans le « plan blanc » de développement et de modernisation de la ville. Une démarche dans laquelle la capitale s’engage dans une opération de reconquête urbaine d’envergure, qui se veut à la fois patrimoniale, structurelle et réglementaire. C’est ce qu’a indiqué, ce lundi, un communiqué de la wilaya d’Alger.
D’El-Harrach à Hussein Dey, en passant par Belouizdad et Alger-Centre, la visite a permis d’évaluer concrètement l’état des chantiers engagés sur un parc immobilier ancien, longtemps fragilisé par l’usure du temps, l’absence d’entretien régulier et les multiples transformations anarchiques. Derrière les façades fatiguées, c’est tout un pan de l’identité architecturale algéroise qui est en jeu.
Sur le terrain, M. Rabhi a donné, dimanche des directives fermes sur « l’impératif d’accélérer le rythme des travaux » tout en garantissant « une exécution maîtrisée et conforme aux exigences de qualité ». Il a souligné la complexité technique de ces interventions, rappelant que l’ancienneté des immeubles impose « rigueur, expertise et professionnalisme à chaque étape ». Exprimant sa satisfaction quant à l’état d’avancement constaté, il a tenu à saluer « l’engagement des ouvriers et des équipes mobilisées dans des conditions parfois difficiles ».
Il a également fait savoir que le programme lancé par la wilaya œuvre à préserver un tissu urbain à forte valeur historique et esthétique, marqué par la richesse de ses influences architecturales. Toutefois, cette diversité a été altérée par des extensions illicites sur les toits, des fermetures sauvages de balcons, ainsi que des aménagements irréguliers de caves et d’espaces communs. Les travaux en cours consistent ainsi à supprimer ces ajouts anarchiques, à consolider les structures fragilisées et à restaurer les façades dans le respect des normes techniques et patrimoniales.
Les services de la wilaya d’Alger ont expliqué que la stratégie adoptée repose sur un déploiement progressif en deux phases. La première phase a ciblé les grandes artères symboliques du centre d’Alger, à l’instar de Didouche-Mourad, Larbi-Ben M’hidi, Hassiba-Ben Bouali, Zighoud-Youcef, Krim-Belkacem, véritables vitrines de la capitale, où l’image urbaine joue un rôle central dans l’attractivité économique et touristique.
La seconde phase s’étend, quant à elle, à l’intervention vers les quartiers populaires et les communes périphériques, incluant des axes structurants comme Mohamed V, Tripoli à Hussein Dey ou encore plusieurs rues du secteur sauvegardé de La Casbah. Ce dernier, espace patrimonial sensible, requiert des interventions d’une précision particulière en raison de sa valeur historique et de la fragilité de son bâti.
La wilaya d’Alger a tenu à préciser que la réhabilitation ne se limite pas à une opération cosmétique. Elle s’accompagne d’une requalification globale de l’environnement urbain. C’est dans cet esprit que les services de la wilaya prévoient l’aménagement des espaces extérieurs destinés aux piétons, la modernisation des réseaux divers d’eau, d’assainissement et d’électricité, conformément aux standards en vigueur, ainsi qu’une réorganisation des activités commerciales le long des grands axes. Un cahier des charges spécifique viendra encadrer l’esthétique des devantures, l’occupation de l’espace public et les horaires d’ouverture, afin de restaurer une cohérence visuelle et fonctionnelle.
Transcendant les aspects purement techniques, cette opération porte une dimension hautement symbolique. Elle traduit la volonté des autorités locales de restaurer l’image d’Alger. En redonnant cohérence et solidité à ses immeubles anciens, la capitale entend affirmer une ambition plus large, celle de conjuguer modernisation et préservation, sans sacrifier l’âme architecturale qui fait sa singularité.
Par ailleurs, la wilaya d’Alger a tenu à faire savoir que malgré les désagréments temporaires, tels que les nuisances sonores, les restrictions de circulation, les contraintes logistiques, l’initiative semble bénéficier d’un accueil favorable des habitants. Beaucoup y voient une nécessité, convaincus que la sauvegarde du patrimoine urbain constitue un investissement durable pour les générations futures. Dans une ville où l’histoire s’inscrit dans la pierre, la réhabilitation du vieux bâti apparaît désormais comme un chantier stratégique, au croisement de la mémoire, de l’urbanisme et de la dignité urbaine.