L’impensable gangstérisme du PDG d’une filiale de Sonatrach
C’est la démonstration d’une gestion chaotique, menée en toute impunité, à la Société de transport d’Arzew (Sotraz), filiale du géant pétrolier Sonatrach. Une situation constamment dénoncée par la section syndicale UGTA de l’entreprise au milieu du silence de la direction générale à Alger. Les errements du premier responsable de Sotraz sont tels qu’il réagit par le mensonge, les licenciements abusifs, les faveurs qu’il rend, tels les recrutements ou les actions douteuses dans la région d’Arzew et d’Oran, relève le syndicat.
L’entreprise a été confiée à un président directeur général qui accumule depuis deux ans, les fautes professionnelles sous l’œil débonnaire ou attentiste de la direction générale à Alger, selon les syndicalistes de cette filiale qui emploie plus de 1100 travailleurs.
Les abus de pouvoir et dérapages de son président directeur général, Arar Abdallah, alimentent des tensions et créent des conflits interminables avec les représentants des travailleurs. C’est ce qu’indique ce lundi un énième rapport de la section syndicale dont le Jeune Indépendant a obtenu une copie.
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Dans ce document, les syndicalistes de Sotraz dénoncent le non respect des procédures réglementaires de la part de la direction générale dans la gestion du dossier des œuvres sociales allant jusqu’à priver des travailleurs « pro-syndicalistes » des prêts qui leur ont été accordés, mais surtout ils pointent du doigt le diktat imposé par Arar qui , usant de sanctions pouvant aller au licenciement à ses adversaires, tandis que des privilégiés de son entourage bénéficient de promotions et de passe droits dont certains sont des repris de justice, condamnés pour malversations au sein de l’entreprise.
Esprit de vengeance par le mensonge
Mettre un terme aux contrats de travail des chauffeurs soutenant la section syndicale est devenu monnaie courante à Sotraz, pour laisser place « aux recrutements de complaisance » effectués par Arar pour servir ses relations et ses présumés protecteurs, s’indigne le secrétaire général de la section Mourad Bendah qui rappelle que Arar a perdu neuf affaires en justice contre le syndicat .
Ces « actes injustifiés et intolérables nourris de vengeance et de règlement de compte » ont influé négativement sur la situation financière de l’entreprise, qui peine à se relever depuis l’arrivée d’Arar.
Ce dernier, trop occupé à entretenir des conflits inutiles pour parvenir à des intérêts personnels, selon le document, a délaissé la gestion de l’entreprise, causant la perte de plusieurs marchés au profit des entreprises privées. « Tout ce qu’il sait faire depuis son arrivée est de faire diversion en créant de faux conflits en lançant de fausses accusations pour cacher son incompétence tout en faisant porter les chapeaux de ses erreurs sur les autres », a indiqué le syndicaliste qui a souligné que « ce PDG n’est pas capable d’élaborer un PMT (plan moyen terme) et on lui a confié la gestion d’une filiale importante ».
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Dépité, le syndicaliste ajoute que « ce gestionnaire est à la fois un danger pour Sonatrach et pour le pays, il favorise l’instabilité au sein de l’entreprise, par conséquent il cible la stabilité du pays en mettant l’huile dans le feu de la contestation quand le syndicat tente, au nom des intérêts du pays, à participer à la sérénité parmi les travailleurs qui sont des pères de familles alors que la période est sensible ».
Selon lui, les actions du PDG vont à contrario des directives des hautes autorités du pays qui veulent rétablir la confiance entre le citoyen et le gouvernant. « Agir par le mensonge et la haine, humilier des travailleurs, terroriser des contractuels par le chantage du renouvellement des contrats est en soi une politique d’un colon et d’un ennemi de l’Algérie », confie au Jeune indépendant un responsable de l’administration de Sotraz.
Un train de vie opulent dans un pays en austérité
La gestion chaotique des affaires de Sotraz a induit à une situation financière critique et inquiétante selon Arar lui-même, mais qui ne l’a pas empêché de s’offrir « un Smartphone iPhone à un prix exorbitant » et une vie de luxe dans une suite à l’hôtel le Méridien à Oran alors qu’il possède un appartement à quelques dizaines de mètres de cet hôtel.
Ce gaspillage qui saigne la trésorerie fragile de l’entreprise, ne s’arrête pas uniquement aux dépenses personnelles de M. Arar, entre dîners au quotidien dans des restaurants huppés notamment « Le Coralia » -spécialisé dans le poisson à Akid Lotfi ou les menus sont exorbitants- au détriment du buffet de l’hôtel Le Méridien (propriété de Sonatrach). A cela s’ajoutent les frais de mission hebdomadaires qu’il encaisse en rentrant chaque jeudi chez lui à Alger, mais également le paiement de sommes colossales en guise de remboursement des frais judiciaires engendrés par la perte des procès enclenchés soit par Arar soit contre lui. A cela s’ajoute la rémunération avec hébergement des avocats qu’engage le P-dg d’Alger, en se passant des services des avocats conventionnés avec l’entreprise.
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Arar Abdallah est accusé par le syndicat de Sotraz de mener volontairement l’entreprise à la faillite tout en usant « de procédés digne d’un vrai corrupteur ». Pour assurer un soutien de quelques membres du Conseil d’administration (CA) de l’entreprise, , il n’hésite pas à inviter des membres au luxueux restaurant au bord de mer « Les Gazelles » d’Arzew, et ne leur offrant des cadeaux pour qu’en retour ils le défendent lors des réunions. Et c’est pour le même motif, et toujours aux frais de Sotraz, qu’il héberge l’un des membres du CA (de Skikda) dans un hôtel 5 étoiles (Oran Bey), qui n’est pas conventionné avec l’entreprise, et prend en charge tous ses frais, témoigne le syndicat.
Ces grosses dépenses inutiles, que le p-dg dilapide depuis son arrivée à Sotraz en juillet 2019, interviennent alors que le parc roulant, l’outil de travail de cette société étatique de transport, se retrouve dans un état lamentable et dont une partie est à l’arrêt faute de pièces de rechange et d’absence d’entretien. Cette « stratégie démoniaque qui favorise le lobby privé », a induit à l’annulation de certains contrats avec des clients de l’entreprise, à l’instar du marché avec la société algéro-omanaise d’ammoniac (AOA), au profit d’une entreprise privée siégeant à Alger, assure la section syndicale.
«Nous dénonçons les décisions de promotions arbitraires que vous avez attribué à votre entourage et aux meneurs et fauteurs de trouble, et surtout la permanisation d’une femme fraichement recrutée, alors que vous avez refusé catégoriquement ce droit aux autres travailleurs, en dépit de l’accord du conseil d’administration» , lit-on dans le même document.
Plus puissant que Hakkar
Afin d’entretenir ce climat de tension sociale et consolider sa politique népotique, Arar, en réunissant en urgence des cadres de son entreprise pour leur annoncer le limogeage de Mohamed Nabil Terr, président du Holding SIP (Société d’investissement et de participation), a déclaré explicitement : « je suis intouchable et je fais ce que je veux, hna imout Kaci », lance-t-il devant les cadres ahuris dont certains ont enregistré ses propos.
« Même Hakkar (Toufik Hakkar P-dg Sonatrach, ndlr) ne peut rien contre moi », a-t-il dit en affirmant qu’il a désormais les mains libres pour relever de leurs postes le directeur de l’administration générale et le directeur des finances pour les remplacer par des « cadres » inféodés à sa stratégie de terreur sans passer par le conseil d’administration encore moins la bourse de l’emploi de Sonatrach.
« En tenant ce genre de propos devant les cadres et en tirant sur l’ambulance alors que Terr l’a toujours aidé par des financements et des plans de sauvetage ce PDG démontre qu’il est irresponsable et ne connait pas ce que signifie l’obligation de réserve », dira de son côté un des cadres qui ont assisté à la réunion.
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Arar est le frère de l’ancien wali de Tarf Djilali Arar, radié du corps en 2011 suite à des démêlés avec la justice pour corruption et passations de marché de gré à gré qui lui ont valu trois ans de prison.
«Qui couvre Arar ?»
C’est ainsi que les syndicalistes et de nombreux cadres et travailleurs contactés par le Jeune indépendant, victimes de ses dépassements illégaux s’interrogent sur la couverture dont Arar bénéficie alors qu’il a conduit Sotraz au désastre.
Pour rappel, après de nombreux griefs et des rapports transmis par des cadres de l’entreprise sur les dépassements de Arar, notamment au sujet de l’affaire du fournisseur Hakoum ainsi que l’attribution de plusieurs marchés à des opérateurs privés, alors que l’entreprise est en pleine crise financière, le P-dg de Sonatrach a décidé d’enclencher « une enquête », mais celle ci est qualifiée par des cadres de l’entreprise et des syndicalistes de « poudre aux yeux et de perte de temps ».
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A noter que dans l’affaire du fournisseur Mohamed Amine Hakoum, Sotraz a été contrainte par la justice de payer un total de 9,2 millions de dinars en contrepartie d’une marchandise « fantôme » qu’elle n’a jamais réceptionné, selon le jugement rendu en première instance par le tribunal d’Arzew et dont le Jeune Indépendant détient une copie.
Une autre plainte a été déposée contre le P-DG Arar, par un fournisseur de pneus, la Sarl Boukhelf Distribution, le 23 septembre 2021, pour «manipulation des résultats d’attribution d’un marché public pour l’acquisition de pneus».
A cette affaire s’ajoute aussi celle de l’attribution du marché de gré à gré, en violation des conditions qu’exigent la loi et le code des marchés publics, d’une valeur de 2 380 800 000 DA (près de 2,4 millions de DA) à un sous-traitant privé.
Toutes ces affaires et bien d’autres sont passées sous la loupe des auditeurs et des commissaires aux comptes depuis plusieurs mois tandis que les tribulations de la direction générale de Sotraz se poursuivent. Contacté sur sa ligne directe pour donner sa version des faits, le pdg de Sotraz n’a pas répondu aux appels de la rédaction du Jeune Indépendant.