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Nationale

Le PDG d’une filiale de Sonatrach sur la sellette

Le PDG d’une filiale de Sonatrach sur la sellette
Sotraz dans des eaux troubles

La Société de Transport d’Arzew (SOTRAZ), filiale du holding Sonatrach, ne cesse de péricliter depuis deux ans en raison d’une mauvaise gestion, qui donne l’impression aux travailleurs et aux membres du Conseil d’administration qu’elle fait l’objet d’un assassinat programmé. Une équipe d’auditeurs dépêchée par la direction générale du groupe, en octobre dernier, s’est enquis minutieusement et pendant des jours sur la situation de Sotraz. Le verdict est sans appel: une défaillance avérée dans le management.

Créé en 1991, Sotraz dont le siège se trouve à Arzew (Wilaya d’Oran) assure le transport de tout le personnel de Sonatrach sur l’ensemble du territoire national et emploie quelque 1900 personnes.

Jusqu’à il y a deux ans, soit avant l’arrivée de l’actuelle administration, Sotraz s’était lancée dans un plan de redressement, mais aujourd’hui elle est en train de battre de l’ail. Une situation voulue qui profite au lobby privé selon un sentiment largement partagé par les travailleurs notamment les syndicalistes.

La raison de cette descente aux enfers est due en premier lieu à une anarchie caractérisée par des dépassements, d’abus de pouvoir et d’une transgression des lois de la République par le Président Directeur Général (PDG) Abdallah Arar, jure le syndicat de l’entreprise.

Elle s’est accentuée lorsque le PDG a décidé de recourir au privé pour assurer des prestations avec des clients suite au mouvement de contestation exigeant son départ.

Pour le secrétaire général de la section syndicale des travailleurs (UGTA) de SOTRAZ, M. Mohamed Mourad Bendaha, cette décision relève du «sabotage» d’une entreprise qui était l’un des fleurons de Sonatrach.

«Le seul objectif de ces pratiques est de faire baisser le chiffre d’affaire et de mettre à genoux l’entreprise en faisant valoir l’alibi selon lequel la grève a été la cause de la récession de l’entreprise», a déclaré M Bendaha au Jeune Indépendant.

Un assassinat programmé
A cela s’ajoute «le manque de pièces de rechange sciemment présenté par la direction générale en vue de paralyser les moyens de transport et baliser la voie aux opérateurs privés», at-il souligné assurant que 29 rapports en ce sens ont été transmis à la direction générale du holding, à la centrale syndicale à Alger, au Premier ministère y compris à la Présidence de la République.

Le syndicaliste évoque une volonté de mise à mort programmée de l’entreprise bien avant la grève soutenant que les débrayages sont venus justement pour contrarier ce plan.

Depuis le début de l’année, plusieurs mouvements de concours ont secoué l’entreprise demandant l’ouverture d’une enquête sur ce qu’ils ont qualifié de «dépassements prouvés» quant à la situation socio-professionnelle des travailleurs.

Sotraz

Une des grèves à Sotraz

Ou, le PDG a opté pour «la politique de la terre brûlée» et le rejet de tout dialogue.

Contacté par le Jeune Indépendant , le PDG, M. Arar a publié en bloc ces chagrins qualifiant la section UGTA de l’entreprise de «syndicat de chauffeurs», soutenant qu’il était pour le dialogue. Lors des négociations avec la section syndicale pour mettre fin à la grève, sous la supervision de l’Union UGTA de la wilaya, Arar a délégué des responsables de l’entreprise. Dans tous les PV de réunions même les plus ordinaires ne figure pas sa signature.

Le SG du syndicat accuse également le PDG d’afficher un mépris à l’égard des revendications légitimes des travailleurs.

«Après la dernière grèves, sept travailleurs ont été licenciés arbitrairement en violation des textes de loi et du règlement intérieur», relate le syndicaliste.

Bendaha s’est dit étonné du silence de la direction générale de Sonatrach et du complexe SIP Holding, quant à la situation périlleuse de SOTRAZ. «On a l’impression que le milieu de la situation générale du pays, personne ne veut prendre ses responsabilités quitte à ce que le navire coule», at-il déploré amèrement. «Ceux qui veulent sauver leur entreprise et qui ont l’amour du pays sont taxés de perturbateurs ou de hirakistes», at-il encore dit.

L’imbroglio de «demande démissionnaire»
Un autre cas est venu polluer l’atmosphère au sein de Sotraz. Il s’agit de l’implication totale de M. Arar pour recruter un employé contractuel qui a démissionné de l’entreprise. Ancien pompiste devenu acheteur au département d’approvisionnement, il démissionne en 2018 après que ses responsables directs à découvert son implication dans deux affaires de surfacturation.

Confondu, il reconnait par écrit son forfait dans le questionnaire (dont une copie a été remise au jeune indépendant). Cet employé n’est autre que l’époux de la secrétaire de direction du PDG.
«Pourquoi le PDG affiche un enthousiasme sidérant pour réintégrer un employé qui a démissionné de l’entreprise alors qu’en même temps l’entreprise est en difficulté financière, pourquoi s’est-il ingénié à licencier des travailleurs et en même temps il remue ciel et terre pour recruter à nouveau l’époux de son secrétaire tout en intimidant les responsables du département approvisionnements », s’interroge-t-on par ailleurs parmi les travailleurs.
«S’agit-il du sauveur de l’entreprise? Son retour va-t-il faire de Sotraz un exemple de réussite du groupe Sonatrach? », A encore rapporté un de ses collègues sur une ton dépité.

Sotraz

Un vrai malaise au sein de Sotraz

Interrogé sur ce sujet, M. Arar n’a pas nié les faits. Tout au contraire il s’est évertué à plaider la cause du «démissionnaire».

«Toute personne a le droit de travailler, et je préfère ramener quelqu’un qui connait la boite», a justifié le PDG. «Nous connaissons tous la boite, et Arar a renvoyé des employés qui connaissaient la boite», rétorque le syndicaliste.

Confronté par le dossier équivoque de son «protégé», le PDG a estimé précisé qu ‘«il ne s’agit que d’une tentative de surfacturation et tant que l’achat n’a pas été effectué, on ne peut pas parler de surfacturation ». Selon lui, la tentative de surfacturation n’est pas crime et ne mérite pas de questionnaire.

Le JI a appris au cours de ses investigations qu’après que la direction ADM, saisie par le PDG ait refusé la réintégration de la demande démissionnaire, ce dernier a fait appel à l’inspection de travail en s’appuyant sur une lettre d ‘approbation de recrutement signée par le PDG qui se dresse ainsi contre sa propre administration.
Le plus stupéfiant pour le syndicat est qu’Arar a encouragé une demande démissionnaire à saisir la justice pour forcer l’entreprise à le recruter à nouveau. Ces éléments ont, entre autres, ont été consignés par les auditeurs dépêchés par la direction générale.

«Le mis en cause a été appréhendé en flagrant délit de surfacturation, un questionnaire lui a été adressé par le chef de service du département approvisionnement le 20/12/2018, où il a reconnu les faits par écrit, suite à quoi il a déposé sa démission le 23/12/2018 pour éviter les poursuites judiciaires », lit-on dans un rapport transmis à la direction générale.

Beaucoup se dit étonné par l’acharnement du PDG à vouloir récupérer une personne qui devait être poursuivie pour l’atteinte aux intérêts de l’entreprise. «Depuis quand un PDG encourage un employé qui a démissionné à se pourvoir en justice contre l’entreprise de laquelle il a claqué la porte? Du Jamais vu », un rappel lancé M. Bendaha.
Ce qui est encore plus équivoque pour le syndicat est que le PDG a licencié 12 chauffeurs et suspendu 19 autres tandis qu’il a recruté une femme en tant que gestionnaire de stocks.

Le syndicat dénonce également, la pression exercée sur le département approvisionnement et le service achat par le PDG.

«M. Arar a autorisé sa secrétaire à faire partie d’une équipe d’audit pour inspecter le département approvisionnement» at-il fait savoir, estimant que «le but de Arar est de créer un climat de peur et de confusion au sein de ce département pour imposer son diktat et planter l’époux de sa secrétaire ».

Les auditeurs de Sonatrach ont été offusqués par le fait qu’un secrétaire accomplisse leur métier.

Suite aux mouvements de grève des travailleurs de SOTRAZ, un audit ordonné par le PDG de Sonatrach Toufik Hakkar a été effectué du 04/10/2020 au 15/10/2020.

Décisions individualistes et préjudiciables
Les décisions prises par le PDG sans consulter le Conseil d’administration n’ont fait qu’aggraver la situation financière de SOTRAZ et les travailleurs de l’entreprise se retrouvent sans salaire.

En mois de juin, M. Arar a procédé à une augmentation des salaires de 5%, que le Conseil d’administration avait alors refusé en raison de la situation financière critique de l’entreprise qui ne permet pas une telle dépense.

«Les décisions individualistes du PDG ont causé beaucoup de préjudices à la société et aux travailleurs», a révélé un membre du conseil d’administration de Sotraz qui a requis l’anonymat.

«SOTRAZ peine à se relever», at-il déploré, soulignant que la gestion chaotique de la direction actuelle a intoxiqué l’atmosphère au sein de cette filiale de Sonatrach.

Or, Arar ne reconnait pas le conseil d’administration, une structure clef de l’entreprise chargée de déterminer les orientations stratégiques puis de veiller à leur application, selon la même source qui déclare: «Nous avons découvert avec stupeur que le PDG ne connait même pas les procédures de passations des marchés. »

En outre, ce même membre du conseil d’administration qui brasse 30 années de services en tant que haut responsable à Sonatrach a mis en garde contre le capharnaüm dans lequel se trouve l’entreprise.
«Le PDG outrepasse ses prérogatives sans se soucier des travailleurs, de leur droit ou de leur bien-être», s’est inquiété ce cadre, avertissant, au demeurant, qu’en cas de l’entêtement du PDG à poursuivre ce mode de gestion, la société «fonce droit dans le mur».

Aux dernières nouvelles, la direction générale de Sonatrach a dépêché une équipe d’audit qui a passé au crible tous les services de Sotraz tout en discutant avec les travailleurs pour tâter le pouls de la situation interne. Le rapport qui est depuis une semaine sur le bureau du PDG dresse un tableau peu reluisant sur la gestion d’Arar. Le Jeune indépendant reviendra sur cette affaire dans les prochaines éditions.

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