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Nationale

Un bilan de Bouteflika ou de Sellal ?

Un bilan de Bouteflika ou de Sellal ?

« Année blanche », « la solitude du président », les qualificatifs sont aussi nombreux que les 365 jours qui ont suivi sa victoire aux dernières élections présidentielles. Une année après, on est en droit de se demander si le président Abdelaziz Bouteflika devrait répondre aux promesses électorales, ou bien aux « mandataires » qui ont animé sa campagne électorale ? 

Car, depuis avril 2014, il est devenu inutile de dresser un bilan d’une gestion, dont le chef d’Etat est totalement absent. Effacé des actions de terrains et taciturne, le président Bouteflika donne l’impression qu’il occupe plutôt un poste honorifique, laissant tout à son premier ministre Abdelmalek Sellal. Ce dernier est omniprésent, allant jusqu’à être reçu avec son épouse comme un chef d’Etat par le puissant chef d’Etat américain Barack Obama ou par le président français Francois Hollande.

Sellal, sans être un parfait politicien, récoltera à travers ses visites ou ses présences aux sommets africains et arabes, l’aura d’une personnalité incontournable, et réussi, sans peut-être le vouloir, à devenir un homme puissant, celui dont la décision finale lui est attribuée.

Finalement, ils ont bien raison ceux qui parmi les détracteurs, avaient rétorqué qu’il faut bien faire un bilan non pas à Bouteflika, mais plutôt à Sellal, tant celui-ci a dominé politiquement la première année du quatrième mandat qui s’achève. S’il est vrai que Bouteflika continue de traîner les séquelles de son AVC de 2013, alors qu’il était déjà affaibli par une première maladie apparue en 2005, il faut bien croire que son activité fut des plus réduite, institutionnellement et politiquement. L’homme, jadis beau parleur et fin tacticien, au bagout certain et à l’allure sereine, le diplomate qui a le sens de la répartie et de la réplique, devient l’ombre de lui-même.

Avec quelques apparitions protocolaires et de rares présences aux deux ou trois conseils de ministres, Bouteflika s’est contenté du strict minimum. Même ses messages, lus en son nom par des conseillers attitrés, n’ont plus la même veine, la même force et la même charge politique.

En fait, Bouteflika risque de commencer son plus mauvais mandat pour deux raisons essentielles, économique et politique : la première a trait à la chute vertigineuse des cours du pétrole, alors que la seconde est l’échec patent de son chantier sur la révision, une promesse qu’il traîne depuis 16 ans.

Car, il est évident que la crise qui se profile à l’horizon a mis en déroute pratiquement tous les calculs de sa gestion. La dégringolade des prix du brut et ses conséquences sur les politiques budgétaires a obligé Bouteflika à instaurer un timide plan d’austérité, timide pour ne pas paniquer l’opinion publique.

Annulant des projets, fermant des chantiers, gelant des recrutements dans la fonction publique, son gouvernement tente de réguler, d’atténuer les dégâts, de colmater les brèches et tente de survivre en maintenant la rente pétrolière et en achetant cette paix sociale si fragile. C’est avec la crise du pétrole que le Président instruit son Premier Ministre d’envisager « autre chose », de « lancer une autre vision économique », plus diversifiée et non plus otage des importations sauvages.

C’est aussi avec cette crise que bon nombre d’observateurs font le constat que le bilan économique de Bouteflika est désastreux en trois mandats et un an. En plus des faibles chiffres réalisés par-ci par-là, la stagnation de notre taux de croissance, l’essor de l’informel et des circuits de la spéculation en tous genres, l’inflation grandissante dans les secteurs des fruits et légumes, ainsi que dans les secteurs du médicament et du transport et la perte incroyable des pouvoirs d’achats des ménages, le pays fait face à d’autres dangers bien réels qui menacent les institutions étatiques, comme la corruption et l’impunité. Deux grandes maladies qui sapent et détruisent sournoisement les services de l’Etat algérien.

L’autre échec est politique, car il dénote clairement que la victoire des présidentielles avec plus de 80% des voix a plutôt créé une rupture politique et creusé davantage les clivages. Bouteflika a bien voulu, à travers sa révision de la Constitution, remodeler un autre consensus patriotique, une autre entente nationale, à remobiliser les sensibilités nationales et les mouvances politiques dans un front commun. Son pari qu’Ouyahia a mené l’an passé juste après la prestation du serment, fut un vrai échec.

Pire, il encouragera l’opposition à se constituer en un seul et unique bloc, dit la coordination nationale des libertés, à stimuler des élites universitaires à rejoindre cette opposition ou à lancer de nouvelles militances.

Des analystes estiment que si « Bouteflika est incapable de délivrer publiquement une copie du texte d’une constitution remaniée après un an de tergiversations et d’atermoiements, cela veut dire que sa principale promesse n’est pas tenue, et elle ne le sera pas de sitôt ».

Ainsi, sur ce plan, on est au point mort. Même ses propres partisans n’arrivent plus à « chanter en chœur », ni à défendre, sans contradictions, ses visées ou ses plans. Pire encore, on en vient à interdire à l’opposition reconnue et officielle le droit de se réunir ou de manifester.

Celle-ci n’est plus autorisée à activer comme le stipule la loi sur les partis politiques, mais plutôt elle est la cible d’invectives et d’insultes, voire d’accusations. Impossible de faire le bilan de cette année qui ne ressemble à aucune autre des mandats de Bouteflika, sans évoquer la nouvelle tendance citoyenne de la contestation, comme celle sur le gaz de schiste dans les villes du Sud, ou ces grèves-chantages des syndicats de l’Education, ou les menaces des autres corps ou corporations.

Pour rappel, il y a quelques mois, des milliers de policiers avaient manifesté pour la première fois devant le palais d’El Mouradia. Pour l’Algérie indépendante, ce fut un choc. Et un tournant, pour ne pas dire un signe fort d’un dérèglement ou d’une défaillance grave.

Muet face à ses agitations, Bouteflika ne semble plus être capable de gouverner ou de gérer un pays avec ses millions de tourbillons, lui qui refusait, au summum de sa santé, les « trois quarts président « et exigeait les pouvoirs absolus. Mais c’était, il y a bien longtemps. Il y a seize ans.

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