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Nationale

Tizi Ouzou : Les enfants trisomiques lancent un SOS

Tizi Ouzou : Les enfants trisomiques lancent un SOS

Combien d’enfants sont trisomiques dans la wilaya de Tizi Ouzou ? Il n’existe aucune donnée chiffrée réelle puisque beaucoup d’enfants souffrant de trisomie ne sont pas déclarés comme tels par leurs parents aux autorités concernées. Toutefois, leur nombre est considéré comme supérieur à 200.

C’est ce qu’a déclaré Mlle Adidi Chabane, étudiante de son état et cadre bénévole au sein de l’Association de wilaya pour l’insertion scolaire et professionnelle des enfants trisomiques de Tizi Ouzou (AWISPETWTO) au Jeune Indépendant hier, à Tizi Ouzou. Raconter l’univers des trisomiques en Algérie en général, particulièrement à Tizi Ouzou, nécessiterait une trilogie à coup sûr, car il y a tant de choses à dire.

L’espace d’expression étant réduit à ce modeste article journalistique, contentons-nous de raconter un tant soit peu l’enfer que subissent au quotidien les cadres de l’AWISPETWTO mais surtout les enfants trisomiques qu’ils prennent en charge.

Tout d’abord, on doit savoir que l’association en question prend en charge à l’heure actuelle 46 enfants trisomiques. Il n’y a pas longtemps, leur nombre était 66. Toutefois, une vingtaine d’enfants ont été retirés de l’association par leurs parents.

Et il serait faux de croire que ces 20 handicapés ont été retirés par leurs parents pour un environnement meilleur, car, en vérité, leur sort relève désormais de l’espace domiciliaire parental. Jusqu’à 2013, les choses allaient tant bien que mal pour les cadres de l’AWISPETWTO et leurs protégés puisqu’ils dépendaient de la tutelle directe de l’Association nationale pour l’insertion des trisomiques (ANIT), dont la direction se trouve à Alger.

En effet, antérieurement à 2013, les orthopédistes et psychologues ainsi que l’élément matériel indispensable à cette maladie ne manquaient pas pour une bonne prise en charge des enfants trisomiques de la wilaya de Tizi Ouzou puisque la trésorerie de l’ANIT, n’était pas indigente. Hélas, depuis que l’AWISPETWTO est privée de la « paternité « de l’ANIT, elle ne rencontre que des obstacles, lesquels sont liés directement à l’absence de finances nécessaires pour l’accomplissement de sa mission, ô combien humanitaire.

En effet, à partir de 2013, les seules recettes dont jouit l’AWISPETWTO proviennent des cotisations des parents d’enfants trisomiques et de l’aide financière annuelle que lui assure l’APW de Tizi Ouzou d’un montant deux cents mille dinars seulement. Or, la location du siège de l’association coûte, à elle seule, deux cent soixante-cinq mille dinars ; soit six mille cinq cents dinars de plus que l’aide assurée par l’APW. L’AWISPETWTO jouit du concours de deux orthopédistes et d’une psychologue.

Ces trois spécialistes sont employés dans le cadre du préemploi. Leur salaire ne dépasse guère 8 000 DA par mois. Selon Mlle Adidi Chabane, ni le temps ni les moyens matériels existants ne suffisent pour la prise en charge des enfants trisomiques de l’association. Selon notre interlocutrice, la séance d’accompagnement psychologique pour un enfant trisomique dure entre 45 minutes et 1 heure.

C’est à peu près le même laps de temps nécessaire qui est pour une séance orthopédique. S’agissant de la scolarité, ces enfants trisomiques suivent leurs cours scolaires dans les classes ordinaires, c’est-à-dire avec les enfants ne souffrant pas de handicap. Il se trouve que dans la plupart des cas, l’enfant trisomique, pour mieux comprendre sa leçon, a besoin de plus d’outils d’enseignement que ses autres camarades de classe, comme le papier à dessein, le papier pour écrire, des images reflétées sur un carton.

De son côté, la direction de l’établissement, freinée par la limitation du budget, ne peut effectuer de dépenses supplémentaires pour répondre aux besoins scolaires de ces enfants trisomiques. Le résultat : ce sont les enseignants eux-mêmes qui mettent la main à la poche pour acheter les éléments manquants. Il n’est pas rare aussi que ces achats soient effectués par les orthopédistes et la psychologue.

Cette situation a pour origine le manque de textes juridiques clairs à partir desquels le préparateur du budget pourrait prévoir des dépenses spéciales pour les enfants trisomiques scolarisés.
Autrement dit, pour l’heure, la pierre n’est certainement pas à jeter sur les chefs d’établissements scolaires respectant les autorisations budgétaires.

La disette financière se répercute aussi sur l’absence d’encadrement nécessaire au profit de ces enfants trisomiques. 

A l’école de Mekla, par exemple, les enfants trisomiques ne jouissent pas du concours d’orthopédistes. Seuls le soutien et le suivi psychologiques leur sont assurés. La Direction de l’action sociale (DAS) de la wilaya de Tizi Ouzou, elle aussi contrainte à la rigueur budgétaire, ne peut recruter d’orthopédistes et de psychologues en nombre nécessaire.

Nonobstant ces insuffisances criantes, Mlle Adidi Chabane s’alarme sur les enfants trisomiques non connus, n’étant pas déclarés comme tels par leurs parents. « Les parents d’enfants trisomiques qui se sont rapprochés de notre association sont ceux qui résident au niveau des localités proches du chef-lieu de wilaya « , nous confie notre interlocutrice, avant de s’interroger sur ceux habitant les localités comme Aïn El-Hammam, Iferhounène, Aït Zekki, etc.

Mlle Adidi Chabane fait part aussi de son autre désolation : il y a des parents qui ont honte de leur progéniture trisomique et, par conséquent, ne la déclare pas. Ceci relève sans doute de la psychanalyse : comment peut être la vie d’un enfant trisomique, vu et considéré comme la honte parentale ? Inutile d’être Pierre Dacot ou Edmund Freud pour deviner que la vie de l’enfant ne peut être qu’un enfer.

Y a-t-il des enfants trisomiques qui réussissent dans la vie, c’est-à-dire qui arrivent à acquérir un certain quotient intellectuel ? Oui, répond Mlle Adidi Chabane. « Il y en a même qui ont séduit leur entourage immédiat et lointain par leur savoir-faire, notamment dans le domaine de la culture et des arts, comme la peinture et la musique « , nous confie notre interlocutrice très émue.

« Notre préoccupation majeure pour l’heure – car il y a urgence – est de pouvoir recenser tous les enfants trisomiques de notre wilaya dès lors que s’il n’est pas encore possible en Algérie de les prendre en charge à partir de leur quatrième mois de naissance, je demeure convaincue qu’il nous est quand même possible de les prendre en charge à partir de cinq ans pour leur assurer au moins une scolarité de base », plaide Mlle Adidi Chabane.

Elle avoue ensuite que la réussite de cette mission dépend de l’implication de tout le monde, notamment des médias, puisque la communication constitue de nos jours le point nodal de tout projet. En définitive, les enfants trisomiques de Tizi Ouzou lancent un SOS.

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