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Nationale

Tirs législatifs contre manœuvre outre-mer ?

Tirs législatifs contre manœuvre outre-mer ?

Il y a mille raisons de s’interroger sur le timing choisi pour l’actualisation de nos textes de loi relatifs à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

En effet, à première vue, l’explication du ministre de la Justice, Tayeb Louh, paraît tout à fait fondée lorsqu’elle invoque « l’urgence » de l’adoption d’une loi pour honorer des engagements internationaux de l’Algérie.

Quoi de plus normal que de s’empresser de tenir ses engagements vis-à-vis des pays membres du GALFI, cet organisme intergouvernemental qui a pour mission essentielle « l’élaboration des normes et la promotion de l’efficace application de mesures législatives, réglementaires et opérationnelles en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et les autres menaces liées pour l’intégrité du système financier international », selon les termes qu’on peut lire sur le site de cette institution ? Toutefois, il n’est point besoin de se faire spécialiste de l’antiterrorisme pour se poser un certain nombre de questions.

Expertise et faiblesse

Comment se fait-il que l’Algérie, dont l’expertise dans la lutte antiterroriste est avérée sur la scène internationale, accuse tant de retard en son arsenal législatif quand on la pensait à l’avant-garde dans ce domaine ?

Il semblerait que l’intertextualité entre la problématique du contrôle de l’argent sale et la menace terroriste ait compliqué la donne dans un pays qui peine à exorciser ses démons en matière de détournements, de corruption et de blanchiment d’argent.

On se souvient des différents scandales politico-financiers de l’actualité et de la difficulté toujours vive d’instaurer une traçabilité des flux financiers face aux lobbies qui s’opposent à l’exigence du paiement par chèque à partir d’un certain montant des transactions. De là à considérer que les turpitudes de l’économie informelle ont pu bloquer la lutte antiterroriste en Algérie, il y a peut-être un examen de conscience à faire. 

Payer l’anti-rançon 

Surtout qu’Alger peut se targuer a contrario de peser de tout son poids pour un alignement international dans l’adoption des mesures les plus efficaces contre le terrorisme et le crime organisé de façon générale. Tout le monde a suivi le dossier au sujet des rançons et le travail considérable de la diplomatie algérienne pour pénaliser le paiement de ces rançons qui a participé au financement du terrorisme dans plusieurs régions du monde dont la Corne de l’Afrique et la bande sahélo-saharienne.

Le projet de loi qui vient de passer devant l’APN et qui a été soumis hier au Conseil de la nation paraît donc bien dérisoire. Par contre, il est à craindre que des pressions extérieures se soient exercées sur le gouvernement algérien pour éviter, comme cela a été rapporté dans nombre de journaux, de se voir classer parmi les pays indulgents envers le terrorisme.

Mais cette obligation juridico-politique ne suffit pas à appréhender totalement la diligence du département de Tayeb Louh ces derniers jours. Le contexte régional caractérisé par une montée au créneau de certaines capitales occidentales qui semblent, à chaque événement, découvrir le terrorisme, notamment depuis les attentats meurtriers à Paris contre le journal satirique Charlie Hebdo, pourrait avoir poussé les responsables algériens à anticiper quelque mauvais scénario venant de l’extérieur.

Eliminer le trouble-fête

Parce que l’Algérie n’a pas que des amis sur le front antiterroriste et son approche « trop raffinée » qui refuse de confondre crime et jihad ou coopération avec ingérence, a fini par convaincre nombre de pays impliqués (et l’UA) ralliés à son approche.

On l’a constaté au sujet de la crise libyenne où les velléités interventionnistes de la France et de ses alliés ont buté contre la coalition anti-ingérence du groupe de Hammamet, les pays voisins de la Libye qui ont mis en garde la communauté internationale en déclarant unanimement que la voie militaire n’était pas la solution pour en finir avec le chaos libyen d’aujourd’hui. Une réaction déterminée qui a conduit le Conseil de sécurité de l’ONU à faire sien ce credo et à parrainer le processus de négociation interlibyen en cours à Genève.

Cependant, en raison de la duplicité évidente des Etats qui exploitent allègrement le terrorisme international pour en tirer des dividendes, la démarche algérienne s’affirme comme une entrave à leur dessein. Mettre à l’index Alger pour son non-respect des engagements internationaux au sujet de la lutte antiterroriste aurait été une aubaine pour décrédibiliser le trouble-fête.

Avec quelques dossiers de délinquants financiers faciles à obtenir sur la plateforme d’Interpol, en plus d’une opération médiatisée contre des ressortissants algériens, des personnalités si possibles soupçonnées d’activités terroristes, le montage aurait suffi à confondre le gouvernement algérien. Les alertes des services de renseignements du MDN ont-elles signalé la vulnérabilité du pays face à de telles manigances ? Les jours qui viennent nous le diront. 

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