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Nationale

Services de maternité : Maltraitance et bavures à ciel ouvert

Services de maternité : Maltraitance et bavures à ciel ouvert

Lors de son passage dans une clinique très connue à Bab El-Oued (Alger), au service de maternité, la jeune maman Mounia H., âgée de 25 ans, avait la boule au ventre à l’idée d’accoucher dans une clinique publique.

Craignant de ne pas être prise en charge comme il se doit, elle n’a cependant pas eu le choix que d’accoucher dans cet établissement. Angoissée tout le long du chemin, la future maman est enfin arrivée à la clinique. Une fois sur place, l’accueil n’était pas au rendez-vous. D’ailleurs, l’une des sages-femmes présentes ne cessait de crier sur les patientes quand celles-ci éprouvaient des douleurs. A ce moment-là, les craintes de la maman devenaient réalité, a confié cette future jeune maman au Jeune Indépendant.  

L’accouchement, censé être la plus belle expérience dans la vie d’une femme, constitue malheureusement un véritable calvaire et un événement tant redouté en Algérie eu égard aux conditions lamentables qui caractérisent les services de maternité.

En Algérie, certaines polycliniques ont une mauvaise réputation, en raison du comportement d’une partie de leurs personnels ou à leurs gestions des différents services qui laissent à désirer. Il n’est guère aisé pour une femme enceinte de trouver, dans les différentes structures de santé publique, les conditions idoines pour une bonne prise en charge.

D’ailleurs, ces structures ont été le théâtre de plusieurs scandales qui ont fait les choux gras des médias et des réseaux sociaux. Certaines patientes se sont heurtées à un refus d’admission pour surcharge des services, d’autres ont souffert le martyre à cause des conditions lamentables qu’elles ont dû endurer. Les témoignages fusent de partout. Et c’est devenue une banalité de soulever les cas de bavures ou de maltraitance avant, durant et après l’accouchement.

Si la majorité des cliniques privées font de l’accouchement un commerce florissant, en recourant le plus souvent à la césarienne, les services de maternité du secteur public offrent une image peu réjouissante et reflète l’image d’un système de santé défaillant.

Les couples les moins nantis n’ont d’autre choix que de s’orienter vers le secteur public, accompagnés de toutes les appréhensions. Que ce soit à Alger ou ailleurs dans le pays, les mêmes conditions déplorables d’accouchement sont constatées. La situation dans ces infrastructures ne cesse de se dégrader, et ce en dépit des nombreuses promesses faites par les différents ministres qui se sont succédé à la tête du département de la Santé.

La jeune maman Mounia H. a déclaré : « Mon mari et moi avions prévu mon accouchement dans une clinique privée. Malheureusement, nous n’avons pas les moyens. Avec tout ce que j’ai entendu sur les services de maternité du secteur public, j’avais la peur au ventre. Ensuite, ma mère m’a quelque peu rassuré parce que son cousin était chef de service de maternité dans cette clinique de Bab El-Oued (Alger). J’ai finalement accepté mais le cousin de ma mère était bloqué au Sahara à cause d’un vent de sable. J’ai senti la peur m’envahir davantage. J’ai pris mon courage à deux mains. J’ai appelé la sage-femme pour m’installer mais cette dernière ne m’a même pas prêté attention. Elle ne cessé de crier sur les patientes quand celles-ci éprouvaient des douleurs. La tension est montée et l’angoisse était à son comble. » 

Mounia H. a poursuivi : « Après avoir accouché de ma petite fille, j’ai dû partager le lit avec une autre maman et son bébé. A cause du manque d’hygiène, j’ai dû prolonger mon séjour à la clinique car j’ai attrapé un microbe. Le jour de ma sortie, c’était une délivrance pour moi. J’ai juré de ne plus remettre les pieds dans cet établissement. » 

Même constat dans un autre hôpital au cœur de la capitale, pourtant pourvu de moyens et du personnel. Amel A., la trentaine, nous a raconté son douloureux passage en des termes violents qui renvoient à l’état primaire et qui dénotent des atrocités commises à l’égard des femmes qui viennent accoucher. « J’aimerais tirer la sonnette d’alarme sur le carnage qui arrive dans cet hôpital, spécialement le service de maternité. Et je défie quiconque parmi les sages-femmes de nier cette terrible situation. Etant à ma 36e semaine de grossesse, je me sentais un peu bizarre. C’est pourquoi j’ai voulu consulter. La sage-femme m’a ausculté et m’a fait un toucher vaginal si profond et si violent que j’ai senti mon bébé bouger. J’ai senti la poche des eaux se déchirer et cela m’a fait très mal. Je n’ai rien compris. J’ai commencé à pleurer à la vue du sang qui coulait », a-t-elle confié.

Une autre femme, tout aussi déçue, a tenu à faire au Jeune Indépendant ce témoignage : « Au service de maternité de l’hôpital, on m’a mise dans une salle où plusieurs femmes criaient de douleur. Elles attendaient leur accouchement comme moi. Il y avait partout de la saleté et du sang par terre. Certaines femmes accouchaient devant nous. Les sages-femmes étaient odieuses avec les futures mamans. Les portes des salles de travail étaient ouvertes, les femmes accouchaient devant nous dans des douleurs atroces. Les sages-femmes insultaient les pauvres femmes. Dans la même salle se trouve une petite chambre entourée de cafards ! Dans cette salle se trouvaient toutes les femmes qui ont accouché. Elles étaient plus d’une vingtaine avec leurs bébés. Dans chaque lit, on retrouvait deux femmes avec leurs bébés, les autres étaient à même le sol ! »

Bavures et scandales 

Il y a deux ans, à Ouargla, un père de famille a adressé une plainte au département de la Santé, dans laquelle il a expliqué que son fils, un nouveau-né, a été confié à une autre personne, a rapporté un site électronique.

Selon la même source, la femme a subi une césarienne aux environs de 16 h. Le nouveau-né devait faire des tests et un vaccin avant qu’il ne soit remis au papa.

Ce dernier a expliqué, dans sa lettre publiée sur les réseaux sociaux, que l’attente a duré 16 heures. Vers 21 h, il a surpris son bébé dans les bras d’un inconnu. Il a informé la direction de la maternité qui a immédiatement convoqué la personne ayant pris son enfant en prétendant devoir faire un vaccin au petit. Le directeur de la santé de Ouargla a indiqué, dans une déclaration à une chaîne privée, qu’une enquête a été ouverte.

 

Une erreur qui coûte la vie à une femme 

Au niveau de l’hôpital Nafissa-Hamoud (ex-Parnet), un autre drame est venu s’ajouter à la longue liste des scandales et bavures. En effet, une affaire similaire à celle de Djelfa a défrayé la chronique en plein cœur de la capitale. Il s’agit du décès d’une jeune dame de 33 ans, le 10 août 2020. Selon les parents de la victime, qui se sont exprimés dans les médias, la jeune femme a été victime d’« une hémorragie ».

Mais ce qui leur fait mal c’est que leur fille, qui s’est déplacée dans un premier temps à l’hôpital Mustapha puis à Kouba, s’est plainte de douleurs alors qu’elle était enceinte de 6 mois et demi. Elle a dû courir dans tous les hôpitaux d’Alger, en vain. Il semblerait que la patiente se soit heurtée soit au sureffectif des structures hospitalières, soit à l’absence de médecins spécialistes. Son admission dans une clinique privée n’a rien changé à la situation de la parturiente. La structure ne disposait pas de moyens lui permettant de prendre en charge un cas aussi délicat. Elle fut donc renvoyée à l’hôpital Parnet, à Hussein Dey.

Durant 3 heures, la dame a attendu une prise en charge. Une sage-femme l’a malmenée alors qu’elle perdait du sang. En fin de journée seulement, un médecin l’a auscultée. Il a décidé de la faire accoucher. Sa fille, prématurée, est ainsi née, mais la maman est décédée. Contactés par les médias, les responsables de l’hôpital ont reconnu une « négligence ». 

Ce qui se passe dans la capitale n’est qu’un échantillon d’une réalité amère qui sévit partout à travers le territoire national. En matière d’accueil, par exemple, les patientes souffrent le martyre. Pour sa part, le responsable de l’hôpital Parnet a précisé avoir pris des mesures de suspension provisoire visant trois infirmières ainsi qu’une sage-femme, et ce jusqu’à leur comparution devant la commission disciplinaire, laquelle déterminera les modalités de la sanction.

Donner la vie est une offrande divine. Pour les jeunes mamans, donner naissance, pour la première fois, est un moment de bonheur absolu. Malheureusement, l’accouchement, vécu comme un instant de délivrance, se transforme parfois en épreuve difficile et les traumatismes ne sont pas rares. Mauvaises conditions d’hospitalisation, mauvaise prise en charge, erreurs médicales, absence de personnels professionnels et avenants, le passage par le service de maternité est synonyme, pour certaines femmes, de véritables cauchemars.

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