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Nationale

Sécurité hydrique en Algérie : L’inévitable challenge

Sécurité hydrique en Algérie :  L’inévitable challenge
La difficile conciliation.

L’Algérie, pays semi-aride et aride, selon que l’on évoque le Nord ou le Sud, se trouve devant un défi majeur, celui d’assurer sa sécurité hydrique face à une pluviométrie de plus en plus incertaine. Dotée d’une population de 46 millions et d’une superficie de 2,3 millions de km2, l’Algérie fait ainsi face à une consommation qui va crescendo, que ce soit celle des ménages, de l’agriculture ou encore de l’industrie. 

Le dérèglement climatique a engendré une situation de stress hydrique à telle enseigne que tous les plans pour assurer cette ressource vitale doivent faire l’objet de mises à jour à chaque fois que la situation l’exige, tellement les variables sont nombreuses et les conséquences fort préjudiciables. La stratégie payante de l’Algérie pour sécuriser son approvisionnement a été de miser sur les stations de dessalement de l’eau de mer.

La sécheresse a fini par accaparer chaque année un peu plus de terrain. La situation préoccupe au plus haut sommet de l’Etat. En plus d’en parler à chaque occasion, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en a fait état lors de l’un des Conseils des ministres de façon explicite, ce qui ne laisse aucune place au doute qu’il y a une réelle préoccupation quant à la disponibilité de l’eau.

Le président Tebboune a mis en garde contre les effets de la sécheresse, ordonnant l’élaboration d’études scientifiques rigoureuses qui prennent en considération les moyennes et les chiffres réels de la consommation d’eau potable, tout en tenant compte de la spécificité pluviométrique de chaque région. Il ne devrait pas s’agir d’approximation, mais d’études prospectives précises, devant être menées de façon à « épargner à l’Etat de potentielles catastrophes environnementales, notamment l’épuisement des nappes phréatiques, qui mettrait la sécurité hydrique en péril ». Les instructions du Président sont on ne peut plus claires. 

De surcroît, il n’a pas passé sous silence un mal que tout un chacun a eu à constater, impuissant : celui de la déperdition de l’eau, de son gaspillage. Il a mis en avant l’impératif de s’atteler immédiatement à la réparation de toutes les sources de fuites d’eau, qui entraînent des pertes considérables dans la réserve nationale d’eau potable, impactant ainsi la distribution de cette ressource vitale. Toujours dans l’optique de n’épargner aucun effort pour assurer la disponibilité de l’eau potable, le Président a assuré que l’Algérie poursuivra ses investissements en matière de réalisation de stations de dessalement d’eau de mer le long du littoral, le plus gros étant déjà réalisé et le reste s’étalant jusqu’à 2029 pour atteindre 65 % des besoins nationaux en eau potable. Le coût global de ces réalisations est de 2,4 milliards de dollars.

Mais le dessalement ne saurait être la panacée au vu de la forte demande sur la consommation et l’immensité du pays, cela outre les quelques couacs qui apparaissent parfois au niveau des stations. Pour vaincre un tant soit peu la sécheresse, le pays veut tirer profit de toutes les ressources hydriques dont il dispose, tout en gardant un œil avisé sur les aléas auxquels elles pourraient être confrontées et sur les limites de chacune d’elles, notamment s’agissant des eaux souterraines lorsqu’elles sont fortement sollicitées et les barrages. Car il y a trois ressources dont il faut connaître le fonctionnement pour pouvoir conscientiser sur leurs limites. Il y a d’abord les nappes phréatiques et les barrages pour les eaux conventionnelles, ensuite les stations de dessalement pour la production de l’eau non conventionnelle.

Les eaux souterraines connaissent une forte baisse en raison des précipitations qui se font de plus en plus rares. Il y a également le pompage de ces eaux et une multiplication des forages (288 000 à travers le pays), aussi bien pour l’alimentation en eau potable que pour l’agriculture, socle de la sécurité alimentaire. Ce qui accentue davantage la baisse des eaux souterraines. Les experts recommandent la prudence car une utilisation intensive de cette ressource sensible peut affecter sa durabilité.

Les barrages, pour leur part, ne sont pas mieux nantis, en raison de la rareté de la pluie. A cela s’ajoutent les phénomènes climatiques qui se caractérisent par des températures extrêmes durant l’été. Ce qui provoque une évaporation de l’eau, induisant une diminution drastique du contenu des barrages. Il convient de noter que le taux national de remplissage était de 33 % à la fin décembre, en baisse de 2 % par rapport à la même période de l’année dernière, selon les chiffres officiels. Ce taux varie d’une wilaya à une autre, avec un score relativement meilleur pour la région Est, alors que la région Ouest enregistre une baisse inquiétante. C’est pourquoi à l’Ouest, le pays ne peut même plus compter sur l’interconnexion des barrages, ces derniers présentant un faible taux de remplissage.

La stratégie de l’Etat était alors d’avoir recours aux eaux non conventionnelles par la réalisation de nombreuses stations de dessalement, et ce afin de s’adapter au stress hydrique. Ainsi, le problème d’eau potable pouvait être réglé non seulement pour les wilayas côtières mais aussi pour les wilayas voisines. C’est le cas, à titre d’exemple, de la station de Koudiat Eddraouch, dans la wilaya d’El-Tarf, d’une capacité de production de 300 000 m3/jour. Pour distribuer l’eau potable de manière équitable dans la région, des canalisations totalisant 642 km sont réalisées, approvisionnant pas moins de trois autres wilayas, à savoir Guelma, Annaba et Skikda. La station de dessalement de Béjaïa, qui a atteint sa pleine capacité de 300 000 m3/jour en décembre, devrait également approvisionner Sétif, Bordj Bou Arréridj et Bouira.

 

Le droit d’accès à l’eau

Tous les efforts fournis ne sont parfois pas à même de garantir en continu ce liquide vital à toute la population. Le dernier exemple en date est celui de la wilaya d’Oran, où le ministre a dû se déplacer le 11 décembre pour veiller à ce que l’approvisionnement soit rétabli.  

Ce sont surtout les wilayas de l’Ouest qui sont les plus vulnérables en matière d’alimentation en eau potable, car ce sont celles qui sont le moins arrosées de pluie, la sécheresse étant encore plus accentuée qu’au Centre et à l’Est. Pour la région Est, il existe une interconnexion des barrages ainsi que l’alimentation en eau dessalée, ce qui fait qu’elles sont moins touchées par la pénurie d’eau potable. A l’Ouest, la situation interpelle à un plus haut point, en attendant la réalisation de trois nouvelles stations de dessalement prévues à Tlemcen, Mostaganem et Chlef, le premier coup de pioche des travaux de cette dernière ayant été donné à la mi-décembre.

Mais en plus de leur coût élevé, les stations de dessalement sont hautement énergivores, outre qu’elles peuvent être vulnérables face à des pannes ou autres problèmes pouvant influer sur le niveau de production, dont celui de la pièce de rechange, comme cela s’est passé pour la station de TMM censée alimenter Oran, Mostaganem et Mascara, qui a rencontré un problème d’acquisition de membrane, ou encore celle de Béjaïa qui produisait une eau d’une couleur douteuse. Malgré ces quelques couacs, les stations de dessalement réalisées ont permis de porter la part de l’eau dessalée destinée à la consommation à 33 % actuellement, contre 20 % en 2024. Un taux qui devrait atteindre 42 % en 2026 et 60 % à l’horizon 2030, selon les prévisions du gouvernement.

Le devoir de l’économie de l’eau

En plus des ressources susmentionnées, d’autres moyens peuvent être utilisés pour économiser l’eau, comme la récupération des eaux pluviales et l’épuration des eaux usées, qui peuvent être destinées à l’agriculture et à l’industrie pour faire face au stress hydrique, et ne pas gaspiller l’eau souterraine ou celle provenant du dessalement, cette dernière étant prévue exclusivement pour l’alimentation des ménages en eau potable. Cependant, le traitement des eaux usées par les 240 stations dédiées est faible, car moins de la moitié de l’eau produite actuellement subit un traitement pour sa réutilisation. C’est une perte colossale alors que chaque goutte d’eau est précieuse dans un pays où la pluie se raréfie et l’ensoleillement devient quasi prédominant. Même s’il est impossible de récupérer toute la quantité des eaux usées, le pays prévoit toutefois d’en traiter 60 % à l’horizon 2030.

Par ailleurs, les déperditions auxquelles fait référence avec insistance le président de la République sont endémiques. La célérité dans la réhabilitation des réseaux de distribution lorsqu’ils sont endommagés ne semble pas être le maître mot. Lorsque des fuites d’eau apparaissent au niveau des canalisations, elles ne sont pas toujours prises en charge à temps. C’est un gaspillage pur et simple qui pourrait être quantifié au moins à des dizaines de milliers de mètres cubes de la substance vitale, dont le coût revient très cher à l’Etat. C’est sur quoi le Président met aussi l’accent lorsqu’il exige des études précises sur tout ce qui a trait à l’eau.

Par ailleurs, le fossé entre le coût de production d’un mètre cube d’eau et sa facturation au citoyen est insoupçonnable que ce soit pour l’eau conventionnelle que pour l’eau non conventionnelle. N’étaient les subventions de l’Etat, les factures seraient intenables pour les faibles ménages.  

Dans ce sens, il y a lieu de rappeler que le mètre cube de l’eau conventionnelle revient à 75 DA à l’Etat qui le cède à 6,30 DA au consommateur. L’eau dessalée, elle, est bien plus chère. Son coût de production est de 220 DA/m3, alors que le prix de cession au consommateur est également de 6,30 DA/m3, selon les chiffres officiels. Les subventions dont les citoyens bénéficient sont énormes même s’il ne s’agit que de l’eau conventionnelle. C’est dire que les efforts de l’Etat sont grandioses en matière de politique tarifaire. C’est pourquoi la réparation de toutes les sources de fuites qui entraînent des pertes considérables dans la réserve nationale d’eau potable devient vitale, de qu’une consommation modérée. Car l’eau est source de vie. Et c’est loin d’être un simple dicton. 



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