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Nationale

Quand des gosses syriens tombent en martyrs pour l’Algérie

Quand des gosses syriens tombent en martyrs pour l’Algérie

Alors que le Canada et d’autres pays se recueillent à la mémoire des anciens combattants ayant fait le sacrifice suprême et que l’Algérie commémore le soixantième anniversaire du déclenchement de la guerre de libération, une ville Kurde en Syrie commémore, elle aussi, un douloureux anniversaire: celui de la disparition de plus de 250 de ses enfants, morts pour l’Algérie.

À cette occasion, mes pensées et mes prières vont aux martyrs inconnus de la guerre d’Algérie. Les martyrs de Amouda…
Que vient faire la ville Syrienne de Amouda dans la guerre de libération Algérienne ? La réponse est sans equivoque: le lien existe depuis des décennies lorsque cette ville a payé de sa chaire son soutien pour liberté des Algériens .

Ainsi, les liens entre les deux peuples ne peuvent être que très solides. Le peuple algérien a-t-il eu connaissance de cet extraordinaire sacrifice?
Le hasard a voulu que je traduise le livre de l’auteur et traducteur Syrien, le Dr. Mohammad Abdou Najari, intitulé « le feu » dont la première partie retrace cette poignante tragédie.
Le livre commence ainsi :

– « Qui est Djamila Bouhired ?

— C’est une jeune algérienne qui porte le fusil et qui combat aux côtés des hommes pour libérer son pays de l’occupation.

– Qu’est-ce que c’est que l’occupation ?

— Je ne sais pas, mais j’ai entendu dire qu’elle était présente ici aussi dans le passé. Les hommes de Amouda l’ont combattue avec les fusils et les enfants avec les pierres !

 – Oui mais dis-moi, c’est quoi l’occupation ?

 — Je t’ai dit que je ne savais pas !

Nous avons éclaté de rire et nous sommes partis en direction du cinéma.

Nous étions cinq copains âgés entre neuf et douze ans. Nous avions dans les poches les billets qu’on nous a enjoints d’acheter. Heureux, nous avions hâte d’arriver au cinéma pour  regarder le film qui, nous à-t-on dit, retrace le parcours de Djamila Bouhired et dont le quart des recettes serait versé au profit de la révolution algérienne .

Le 13 novembre 1960, environ six cents enfants Syriens kurdes de la ville de Amouda se réjouissaient à l’idée de voir ce film sur la guerre de libération et dont les recettes iraient à une noble cause.

J’étais très flattée, comme le serait chacun de nous à la lecture d’un passage d’un livre qui évoquait notre cher pays, de notre guerre d’indépendance, du courage de la femme algérienne, tout cela à travers la plume d’un éminent homme de lettre Syrien et dans un ouvrage paru ailleurs qu’en Algérie.

Or, ce sentiment laissa vite place à un autre, plus intense et plus douloureux. Je fus submergée par une profonde et incommensurable tristesse, à mesure que ma lecture progressait. J’apprends qu’à peine la projection du film a commencé, un incendie ravageur s’était déclenché dans la salle vétuste et trop étroite dans laquelle les enfants étaient entassés. L’auteur, lui-même rescapé de cette horrible tragédie, raconte les faits tels qu’il les a vécus, décrivant la souffrance et le supplice de ces centaines d’enfants. Plus de 250 y ont péri, tous brulés vifs.

Les faits ont par la suite révélé que le film annoncé avait été remplacé par un film d’épouvante qui ne convenait pas du tout à ces jeunes spectateurs, que la salle de cinéma n’était ni équipée ni assez spacieuse pour accueillir un nombre aussi élevé d’enfants…

Pour les habitants d’Amouda, le nom de l’Algérie évoquera pour toujours le souvenir douloureux de cette tragédie qui n’avait épargné aucune famille. Une génération entière perdue dans les flammes pour une cause noble celle de soutenir un pays dans sa quête de la liberté.

Aujourd’hui, ces braves gens se demandent, à raison, si les Algériens connaissent l’histoire ? Leur arrive-t-il, lorsqu’ils prient pour leurs martyrs de prier pour ces anges-martyres morts pour une cause qui n’était pas la leur ?

Non, les Algériens ne savent pas ce qui est arrivé à Amouda le 13 Novembre 1960. Les Algériens ignorent tout de la mort tragique de ces êtres innocents,  de la souffrance et le deuil de centaines de mères et de familles. Ils ignorent tout du chagrin de cette population kurde ui a vu périr la chair de sa chair et qui a dû vivre avec l’odeur de ces corps calcinés pendant des mois.

Les Algériens ne savent pas que certaines mères ont perdu ce jour-là plus d’un enfant, que la superficie du cimetière de la petite ville a doublé du jour au lendemain.

Les Algériens ne savent pas qu’en plus de leur 1, 5 million de martyres morts pour leur liberté, il y a eu aussi ces 250 enfants âgés entre 7 et 14 ans.

Je ne peux qu’exprimer mes condoléances les plus sincères à toutes ces mères, à toutes les familles endeuillées par la tragédie, à la ville de Amouda, pour le lourd tribut payé à la guerre d’Algérie le 13 novembre 1960.

Je tiens à exprimer ma gratitude et à rendre hommage aux enfants de Amouda, à la mémoire de ces martyres qui sont aussi les nôtres.


Photo des martyrs


* Nadia Benmokhtar est une traductrice algérienne établie au Canada. Après avoir travaillé pour l’organisation de l’aviation Civile à Montréal, elle devient chargée des relations publiques chez le Groupe d’édition Almassa à Montréal.
Elle se charge des Préfaces et des Révision des traductions vers l’Arabe de ‘Maryse’ de Francine Noel et de ‘ La voix des choses vivantes’ de Élise Turcotte, De Mohammed Abdou Najari parus chez Dar El Hasad, Syrie. Elle a traduit de l’Arabe les romans: ‘Le Feu’ et ‘Récits d’un immigrant’.

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