Nationale

Nunez à Alger: Dépasser le parasitage

Laurent Nuñez.

Après une longue tergiversation et des doutes, Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur français a entamé, ce lundi, sa visite en Algérie. Pour de nombreux observateurs, ce déplacement devrait mettre fin à un cycle de tension et de crise aigue entre Alger et Paris.

Suscitant des espoirs d’un dégel, la venue de Nunez est sans doute un tournant symbolique dans les rapports bilatéraux. D’abord, c’est le signe d’une défaite ou l’aveu de l’échec de la méthode de Bruno Retailleu, son prédécesseur à ce poste, qui s’est échiné pendant plus d’un an, à créer des champs de bataille, à se montrer hostile à l’Etat algérien et à ses ressortissants. Pour des calculs politiciens, l’ancien ministre de l’Intérieur français aura été finalement l’auteur du sabordage de ces relations délicates et pratiquement un pyromane, comme le décrivait l’un de ces compatriotes.

Mais, cette politique agressive de « bras de fer » et de conflit « permanent » a montré ses limites et a finalement poussé le président français à revoir sa copie et re-balisé son chemin vers l’apaisement. D’ailleurs, c’est aussi grâce à la sagesse et à la vision de Mme Ségolène Royal, ancienne ministre et présidente de l’Association France-Algérie, que Paris semble avoir compris que les relations avec l’Algérie se construisent sur des principes de respect de la souveraineté, sur une amitié d’égal à égal et sur un vrai partenariat. Que l’heure des chantages sur des dossiers bilatéraux, humains ou mémoriels ne produisent nullement une atmosphère de sérénité.

Il est vrai certes que la visite de Laurent Nunez a longtemps été dans la case de l’incertitude, en jouant sur les « conditions » ou les fameux « préalables », certainement mis sous pression par les discours algérophobes de l’extrême droite. Or, en acceptant de franchir le pas de rapprochement en venant à Alger, Nunez veut réussir à avancer dans les dossiers qui fâchent et qui continuent d’assombrir les relations bilatérales. Il sait aussi qu’il est attendu, en France, par des milieux et des lobbies hostiles à l’Algérie, guettant la moindre phrase de sa part, le moindre mot de désescalade.

Néanmoins, la visite de Nunez n’est pas, aux yeux des observateurs, une « mission impossible », car Alger a clairement défini le terrain qu’il faut « dépoussiérer » depuis le déclenchement de la crise en 2024, que ce soit sur la politique migratoire, les laissez passer consulaires pour les OQTF, les visas, le réexamen de l’accord de 1968 ou sa renégociation et bien d’autres questions sécuritaires et mémorielles, comme le rapatriement des dépouilles et des crânes des résistants algériens, des biens et des archives confisquées durant la période coloniale.

Il est évident aussi que ce déplacement du ministre français de l’Intérieur augure quelques espoirs d’un dénouement de la crise. Car, il renoue avant tout le dialogue, à redéfinir une nouvelle feuille de route, à relancer un processus de négociation dans le bon sens, dans le respect total de la souveraineté.

L’Algérie a des nombreuses attentes et des exigences de la part de l’ancienne puissance coloniale. Que va t-il apporter Nunez avec lui dans ce voyage à Alger? Quelles seront ses réponses aux multiples questions algériennes? Sur l’incarcération du diplomate algérien en dépit de son immunité, des refus des extraditions des condamnés par la justice algérienne pour des faits de détournements, ou par des faits de terrorisme, sur les délivrances des visas et la mobilité des ressortissants algériens sur le territoire français et le séjour de leurs familles.