-- -- -- / -- -- --
Nationale

L’alibi de la publicité pour imposer quel diktat ?

L’alibi de la publicité pour imposer quel diktat ?

L’histoire de la presse a démontré qu’il n’existe pas de grande presse ou de petite presse, de grands journaux et des petits, il y a uniquement cette presse qui garantit la notion service public et qui reflète l’intérêt général des citoyens.

L’histoire de la presse algérienne nous enseigne qu’au-delà de la presse coloniale, grande promotrice des intérêts des colons, antinationaliste et criminelle, la presse dite « indigène », toute tendance confondue, avait un seul idéal : la promotion de l’esprit « algérien », nonobstant toutes les différences idéologiques et politiques.

La grandeur de cette presse nationale était sa défense des valeurs algériennes, son caractère pluriel qui faisait d’elle une grande école non seulement de journalisme mais surtout de militantisme politique.

Aujourd’hui que reste-t-il de ce legs ? Après avoir payé un lourd tribut pour arracher le droit d’exister, d’affirmer haut et fort la différence, de garantir la liberté d’informer, la presse algérienne des années 2000 est confrontée, comme partout à travers le monde, à de nouveaux défis.

La montée en puissance du data journalisme, du journalisme citoyen, des journaux « online », fragilise plus que jamais, une profession, traditionnellement adossée sur le support papier. Si la planète « presse écrite » voit disparaître, quasi-quotidiennement, plusieurs titres, de nouvelles versions frayent leur chemin à travers la toile. Là réside, peut-être, le nouveau combat de la presse algérienne.

Certains titres auto-proclamés « grands » par rapport aux autres, aux « petits », selon leur vision très subjective et donc arbitraire, prétendent détenir le monopole de la liberté d’expression, selon un critère : l’indépendance de leur régie publicitaire par rapport à la pub « distribuée » par l’Anep. Ne pas être soumis directement au « diktat » du politique par pubs de l’Anep interposées, signifie-t-il que ces « grands » titres n’obéissent pas au « diktat » des groupes d’intérêt économiques ?

Lorsqu’on sait que le couple politique-économique va de pair, passer d’un diktat à un autre n’est qu’une simple formalité !
Alors pourquoi certains s’acharnent-ils contre les titres destinataires de la publicité de l’Anep ? Pourquoi cette manne est-elle considérée comme un moyen de pression pour faire taire les voix dissonantes alors que la « dictature » de la publicité peut s’exercer via les groupes économiques qui, eux aussi sont souvent soumis aux considérations politiques ?

Pour un enseignant chercheur à l’Ecole Nationale Supérieure de Journalisme et des Sciences de l’Information (ENSJSI), une autre lecture s’impose.

« Dans une économie de marché, le marché publicitaire doit être ouvert et régulé. Cette régulation se fait à travers des mécanismes, notamment, la loi sur la publicité ».
Selon lui, la problématique de la publicité peut être interprétée de deux manières. « Via l’Anep, l’Etat assure une pondération, une distribution équitable de la recette publicitaire entre tous les titres de la presse », affirme-t-il. Cependant, cette première lecture ne suffit pas.

Pour lui, il y a « un usage politique d’un produit économique et commercial qu’est la publicité. Là, on peut l’interpréter comme un levier politique ».

La circulaire Ouyahia de 2004 instruit les entreprises publiques à acheminer leurs annonces et autres publicités par le canal de l’Anep. Cette circulaire pénalise-t-elle les titres à grands tirage ? Pour le chercheur à l’ENSJSI, « la publicité institutionnelle n’étouffe pas tout à fait les titres à grand tirage.

Ces derniers ne survivent pas uniquement grâce à cette publicité. Ici, les opérateurs économiques privés entrent en jeu. Les opérateurs de téléphonie mobile et d’automobile notamment permettent à ces titres de compenser largement la publicité institutionnelle ».

Le débat se situe ailleurs. A travers le monde, les pouvoirs publics octroient des aides à la presse pour que celle-ci puisse faire face aux mutations technologiques et aux changements et du type de lectorat, et des supports et vecteurs. Pour l’exemple français, plusieurs critères régissent cette aide.

En effet, les aides à la presse se subdivisent en une dizaine de programmes distincts, accordées aux titres et agences de presse en fonction de divers critères : contribution aux développements numériques, aide au pluralisme, aide à la presse régionale, aide aux quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires.

Ainsi, une multitude de règles et d’exceptions président au calcul final des subventions, elles-mêmes réparties en trois catégories :les aides directes (les sommes effectivement versées), les aides indirectes (réductions fiscales et sociales, tarifs préférentiels avec La Poste, niche fiscale des journalistes, etc.), et enfin, les aides aux tiers (kiosquiers, notamment). Toujours en France, les titres récipiendaires de l’aide sont les titres à grand tirage (Le Figaro et Le Monde) qui caracolent à plus de 16 millions d’euros d’aides. La presse locale est également subventionnée par l’Etat : 65 titres qui totalisent 96 millions d’euros.

On comprend ici que le débat en Algérie est plus politique qu’économique. La presse algérienne sans aucune distinction, sinon celle de la logique commerciale et économique, est appelée à être au diapason des grandes mutations du secteur.

Les milliers de jeunes diplômés qui font souvent leurs armes dans les titres à petit tirage avant de « migrer » vers de nouveaux horizons journalistiques méritent toujours, et plus que jamais, de s’aguerrir au sein de cette presse dite « petite ». Vouloir sa mort signifie hypothéquer l’avenir de ces milliers de jeunes journalistes. Dommage pour la grandeur de la presse algérienne.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email