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Nationale

La mosquée de Paris dans les bras d’Alger

La mosquée de Paris dans les bras d’Alger

Si les experts de l’Hexagone ne sont toujours pas unanimes pour qualifier la nature et la place de la religion musulmane dans leur pays : Islam de France ou Islam en France, une question paraît néanmoins consensuelle ; celle de la place de la Mosquée de Paris dans le dispositif d’appropriation de la troisième religion monothéiste par la France républicaine.

Mais l’histoire de ce haut lieu culturel et cultuel n’a pas été exempte de convoitises, voire de sourdes rivalités traditionnelles entre l’Algérie et le Maroc, mais aussi de luttes plus souterraines entre ces deux pays et la Libye, l’Arabie saoudite et le Pakistan.

Ces dernières années, l’Algérie paraissait en perte de vitesse dans le dossier de la gestion de la Mosquée de Paris et surtout du Conseil français du culte musulman (CFCM) créé en 2003 sous les auspices du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy.

Le grand bénéficiaire de ce repli algérien n’était autre que le Maroc, qui a pu placer à la tête du CFCM Mohamed Moussaoui en 2008 en remplacement du recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, algérien d’origine.

Influencer l’Islam de France ou l’Islam en France est devenu donc un enjeu dans la rivalité régionale intermaghrébine par différents organismes interposés. 

La Grande Mosquée de Paris (GMP) était traditionnellement dans l’orbite algérienne depuis son premier recteur, Si Kaddour Benghebrit (1922-1954). D’ailleurs, tous les recteurs de ce lieu de culte étaient, soit des Algériens, soit des Français d’origine algérienne : Si Ahmed Benghebrit (1954-1956), Hamza Boubakeur (1957-1982), Cheïkh Abbas Bencheïkh Al-Hocine (1982-1989), Tidjani Haddam (1989-1992) qui fut membre du Haut Comité de l’Etat (HCE) en Algérie entre 1992 et 1994, et enfin Dalil Boubakeur (depuis 1992), fils de Hamza Boubakeur. C’est dire le poids de l’Algérie dans la gestion du culte musulman dans l’ancienne métropole coloniale. Et c’est justement ce rôle qui dérange certains cercles en France et à l’étranger.

Dans l’Hexagone, c’est l’ancien ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua qui, parmi les premiers, a montré son mécontentement de voir la religion musulmane en France gérée par une puissance étrangère, l’Algérie en l’occurrence.

Celle-ci était frappée de plein fouet par l’hydre terroriste durant la décennie 1990 et le risque de débordement en France était perçu comme réel sinon imminent par quelques hommes politiques, notamment de droite. En 1995, Pasqua a même menacé de revoir les accords d’Evian avec l’Algérie et d’empêcher l’envoi d’imams algériens dans les mosquées françaises.

Cette attitude alimentait justement le concurrent direct de l’Algérie sur ce terrain, le Maroc. Ce dernier pensait, grâce au titre symbolique de son roi, « Commandeur des Croyants », et à la contribution du sultan Mohamed Ben Youcef (futur roi Mohamed V) à la construction de la Mosquée de Paris, qu’il avait un droit « naturel » dans la gestion des affaires musulmanes en France. Ainsi, et pour contrer l’influence algérienne par le biais de la GMP, le roi Hassan II inspire la création de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) avec pour ancrage la deuxième ville du pays, Lyon.

En 2006, des dissidents de la FNMF, créent, toujours dans le giron marocain, le Rassemblement des musulmans de France (RMF) dont sera issu Mohamed Moussaoui, président du CFCM entre 2008 et 2013.

La réélection du recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, à la tête du CFCM marque le retour de l’Algérie dans la gestion de l’Islam en France. Quoique ce conseil soit majoritairement composé de personnalités du RMF – 25 sur 34 – on remarque la forte présence marocaine dans cette instance.

Quoi qu’il en soit, la visite du Premier ministre Abdelmalek Sellal à Paris et sa visite, une première historique, à la Mosquée de la capitale française, marque sans aucun doute un accord entre Paris et Alger pour l’implication effective, sinon décisive, de l’Algérie dans la réorientation de l’Islam de France vers plus de traditionalisme et de tolérance avec la montée de l’idéologie jihadiste takfiriste qui menace la cohésion de la communauté musulmane de France et même la sécurité de ce pays.

L’image de ces jeunes français néo-musulmans (nouveaux convertis) en train de décapiter des personnes en Syrie et combattant sous la houlette du groupe terroriste Etat islamique ou Daech a été un véritable électrochoc en France.

Ces Français jihadistes sont près de 2 000 à combattre en Syrie et en Irak. Leur contamination en banlieues directement par des prêches ou via les réseaux sociaux marque un tournant dans la perception qu’ont les Français de l’Islam et de sa place dans leur société.

Le concours de l’Algérie est souhaité par Paris dans la promotion d’un Islam de paix et de tolérance. C’est le message du ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, dans son cours avant la prière de vendredi à la Mosquée de Paris. Une autre première dans les annales des relations entre les deux pays. La retransmission en direct de ce cours, du prêche et de la prière du vendredi à partir de la Mosquée de Paris par les télévisions publiques algériennes est un ultime signal fort. L’Algérie s’implique directement et de façon officielle dans la gestion de l’Islam de France et de la place que doit avoir l’Islam en France.

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