Houssem Harzellah: « Il faut repenser le marché de l’art en Algérie » – Le Jeune Indépendant
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Culture

Houssem Harzellah: « Il faut repenser le marché de l’art en Algérie »

Houssem Harzellah: « Il faut repenser le marché de l’art en Algérie »

A l’origine du lancement du projet de la plateforme « Lawhati » des recommandations d’artistes réunis autour d’une commission chargée par la tutelle de réformer le marché de l’art en Algérie. Houssem Harzellah est chef du département communication et échanges culturels à l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel, Aarc, il a été chargé de veiller sur ce marché en ligne. Dans cet entretien accordé au Jeune Indépendant, il livre les aspects ayant entouré le lancement il y a à peine un mois de ce concept inédit en Algérie qui met en valeur des œuvres artistiques laissées souvent en jachère et sous la poussière des ateliers.

 

Le Jeune Indépendant:« Lawhati » a été lancé il y a moins d’un mois, y a-t-il un engouement ?

Houssam Harzallah: Oui, on ne s’y attendait pas d’ailleurs. Je dirais même que nous avons été submergés de demandes d’adhésion d’artistes issus des quatre coins du pays. Seulement, l’adhésion est soumise à des conditions, il va falloir étudier tous les dossiers avant de répondre favorablement ou pas, nous devons trier chaque cas à part.

 A l’origine de l’initiative ? 

Dans le cadre des réformes du secteur de la culture et des arts initiées par le ministre de la Culture et des Arts, une commission chargée de réformer le marché de l’art a été instaurée en juillet 2020. Le président de la commission est un cadre du ministère et ses membres sont  en majorité des artistes plasticiens et artistes visuels lesquels ont d’ailleurs contribué à étoffer le projet en soumettant justement à la commission des suggestions et recommandations, parmi ces dernières, la création d’une plateforme numérique pour le marché de l’art. Ce qui fut approuvé lors d’une session tenue fin 2020 par la commission de réforme du marché de l’art. Et donc une série de démarches a été prise afin de réaliser le projet de création de la plateforme « Lawhati »

 Comment le projet a atterri au niveau de l’Aarc

En tant qu’entreprise publique à caractère commercial, la réalisation du projet a été confiée à l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel, Aarc, laquelle active sous tutelle du ministère de la Culture et des Arts.

L’agence se charge d’assurer une visibilité pour les artistes et offrir une exposition-vente ininterrompue de leurs travaux, mais en même temps l’agence perçoit  une commission sur chaque vente pour les besoins du fonctionnement du site.

 Comment sont plafonnés les prix des œuvres ?

Les prix sont définis par les artistes eux-mêmes, selon la cotation de chacun. Sachant que la valeur d’une œuvre ou d’un artiste est cotée normalement dans les pays où le marché de l’art est développé par le biais de ventes aux enchères. Et, c’est justement lors de ces opérations qu’est définie la cote d’un artistes, cependant et vu qu’en Algérie on n’a pas encore un marché digne de ce nom, c’est donc l’artiste lui-même qui évalue son œuvre soit en se référant aux expositions qu’il a eu à tenir à travers les galeries ou bien sur la base, je dirais, de ventes réalisées à l’étranger.

Donc, il faudrait d’abord se mettre au diapason de ce qui se fait ailleurs. C’est la raison pour laquelle il va nous falloir organiser dans un futur assez proche des ventes aux enchères -virtuelles- pour le site pour justement pouvoir définir les cotations de chaque artiste.

Pour le moment nous venons de nous lancer, nous ne sommes qu’aux débuts, il faudrait d’abord attendre quelques semaines et plus si besoin pour avoir une meilleure visibilité du projet avant d’entamer d’autres initiatives.

Y a-t-il des garde-fous législatifs?

Effectivement, afin que de tels projets puissent trouver des débouchés intéressants, il faudrait aussi que la législation suive. Les textes tels qu’ils sont conçus présentement posent quelques verrous et le projet ne pourra pas évoluer au-delà de certaines limites, vous savez à titre d’exemple qu’une œuvre d’art créée ici en Algérie ne peut pas au vu des textes actuels être exportée définitivement vers l’étranger. Et, chaque artiste devant prendre part à une exposition sous d’autres cieux est tenu de rapatrier ses œuvres à la fin de la manifestation. Seule une attestation d’exportation provisoire lui est délivrée, donc, l’artiste est tenu de rapatrier toutes ses œuvres.

Actuellement, un chantier est en cours et un travail de fond se fait sur cet aspect et des promesses ont été données par la tutelle pour justement enlever ce type de verrous.

Houssam Harzallah

 En attendant..?

En attendant, cela nous contraint à nous contenter, du moins pour la première année, des ventes au niveau national.

L’artiste doit-il s’acquitter des frais de son adhésion?

Non, l’adhésion à la plateforme est totalement gratuite, l’artiste doit seulement s’engager à respecter les règlements auxquels il sera soumis durant la période de son contrat qui est d’une année renouvelable, bien entendu.

 C’est à la tutelle de prendre en charge les frais de gestion de la plateforme?

Pas du tout, les frais de gestion de « Lawhati » sont soustrait du prix de vente de chaque toile ou œuvre. L’artiste perçoit la totalité du prix de l’œuvre, même la commission réservée au site est additionnée au prix fixé par le plasticien ou le sculpteur. Nous n’avons pas à juger la valeur de l’œuvre.

La plateforme est en quelque sorte un intermédiaire entre l’artiste et les acquéreurs. Et si l’on voit après que l’œuvre ne trouve pas acquéreur on pourra alors la retirer cela ne posera aucun problème. L’artiste est libre de fixer la valeur de sa toile, maintenant si le prix est excessif, l’œuvre restera sur le site.

La commission a été fixée pour le moment à 15% elle couvre les frais la livraison, l’assurance des œuvres les frais de fonctionnement du site, dont la maintenance, la mise à jour et les autres aspects liés au bon fonctionnement de la plateforme tel que la communication et la publicité. Un écart qui reste tout compte fait très compétitif dans la mesure où la galerie la moins chère prend 25% de commission, c’est dire que l’opportunité offerte aussi bien aux artistes qu’aux initiés reste plutôt intéressante.

Je rappelle que le moyen traditionnel pour les artistes c’est d’aller vers des expositions physiques, c’est pourquoi on a essayé vu qu’on est en ligne d’être plus compétitif d’autant qu’on n’a pas de frais surtout en ce qui concerne les locaux, la taux de 15% est à notre sens raisonnable.

 La mise en ligne d’une toile sur plusieurs sites est-elle possible ?

Pas du tout. L’œuvre sera exclusivement mise en ligne sur la plateforme « Lawhati » durant la période du contrat, cela n’empêche pas bien entendu l’artiste d’ exposer d’autres œuvres que ce soit dans des galeries physiques  ou sur d’autres sites.

Quel gage avez-vous pour contrôler si la toile mise sur le site n’est pas exposée ailleurs ?

Justement, à notre niveau, la toile reste dans l’état virtuel et nous n’avons  aucun moyen de contrôler l’œuvre, par conséquent, l’artiste peut la céder en dehors du site. Je vous dirai que certains points restent encore à définir.

De toutes les façons, l’initiative a suscité un engouement intéressant, des dizaines d’artistes souhaitent déjà pouvoir prendre part au projet, qui je rappelle offre  en attendant que les textes législatifs suivent une visibilité à l’international des œuvres d’artistes algériens et beaucoup d’entre eux l’ont compris et cela est encourageant. Nous tenons ainsi à remercier tous ceux parmi eux qui nous ont fait confiance.

Lire aussi : La plateforme « Lawhati », nouvelle opportunité pour les artistes algériens

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