Hocine Aït Ahmed, dix ans après : Le moudjahid qui a porté l’Algérie sur la scène mondiale
Le colloque international d’Alger a retracé hier le parcours exceptionnel du moudjahid et intellectuel, de la lutte anticoloniale à la construction d’une opposition démocratique post-indépendance, soulignant son engagement pour la démocratie, l’éducation et les droits des peuples africains.
La matinée a débuté par une série de communications revisitant l’action politique et l’engagement intellectuel de Hocine Aït Ahmed. L’historien Gilles Manceron a ouvert la session en présentant « L’action politique et diplomatique de Hocine Aït Ahmed pour l’internationalisation de la cause algérienne », soulignant que « Aït Ahmed faisait partie des grandes figures ayant marqué l’histoire, non seulement de l’Algérie, mais du monde, dans le cadre du mouvement pour l’émancipation des peuples, dont l’un des fruits a été l’indépendance de l’Algérie. C’était un combat légitime, et il faut le rappeler, même si c’est difficile à dire dans un pays comme la France, qui semble aujourd’hui traverser une période de repli, avec un regain de nationalisme et d’identitarisme extrêmement préoccupant ».
Selon lui, « Ait Ahmed a aussi compté dans ce qu’est devenue l’Algérie ou doit devenir, il a continué à intervenir à différents moments importants sur certaines notions, comme la démocratie, l’éducation, l’internationaliste, auxquels il était attaché ». Manceron a souligné que pour Hocine Aït Ahmed, la lutte pour l’indépendance passait autant par l’action armée que par la diplomatie et la réflexion stratégique, comme l’illustre son usage du filibustering dans les parlements pour faire entendre la cause algérienne.
Plusieurs intervenants ont mis en lumière la portée de son action politique et de son héritage intellectuel. Le politologue Nedjib Sidi Moussa a invité à « relire l’Afro-fascisme de Hocine Aït Ahmed », soulignant son engagement pour les libertés et les droits des peuples africains, au-delà du cadre national.
La sociologue Aissa Kadri a rappelé son rôle d’« actrice intellectuelle » dans la lutte anticoloniale, mettant en évidence l’influence de sa réflexion politique dans la région maghrébine. L’historien Smail Tahi a quant à lui évoqué ses positions et contributions pendant son emprisonnement, de la conférence de la Soummam aux accords d’Évian, en passant par la création du GPRA, illustrant sa capacité à maintenir un leadership intellectuel malgré la détention.
Mélinda Seridj, doctorante en histoire, a analysé la genèse du Front des forces socialistes (FFS), rappelant le rôle central de Hocine Aït Ahmed dans l’émergence d’une opposition démocratique post-indépendance. Enfin, Djamel Baloul, ancien député du FFS, a retracé le combat démocratique de Hocine Aït Ahmed pour la paix civile, la réconciliation et le consensus national entre 1965 et 2013, insistant sur la vision politique qui a contribué à la stabilité et au dialogue national.