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Nationale

Haftar contre une solution politique ?

Haftar contre une solution politique ?

Du côté d’Alger, aucun démenti ni commentaire officiel n’a été rendu public au sujet des déclarations du général libyen Khalifa Haftar, en guerre contre le terrorisme qui menace son pays depuis la chute de Kadhafi.

Il y a quelques jours, ce haut gradé retraité qui a repris du service, déclarait dans les colonnes d’un journal italien,
El Corriere della Sera, que l’Algérie fait partie des pays qui lui ont apporté une aide militaire dans son combat contre les milices en rébellion et les groupes terroristes d’Ansar El Charia.

Loin de l’exprimer qu’une simple formule de gratitude, cette « fuite » précoce de renseignement, alors que la paix civile n’est pas encore garantie en Libye, pose quelques interrogations quant aux intentions du général un peu trop bavard. Focus.

« L’Algérie, l’Egypte, les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite nous ont envoyé des armes et des munitions, mais d’une vieille technologie » a-t-on pu lire dans l’entretien accordé à un confrère du quotidien italien.

C’est le vieux général, âgé de plus de soixante-dix ans et menant la contre-offensive face à la nébuleuse terroriste en Tripolitaine et dans la région de Benghazi en Cyrénaïque, qui le prétend. L’Algérie aurait apporté un soutien militaire en armant les troupes républicaines, à l’instar d’autres pays dont l’Egypte.

Nonobstant la remarque critique sur la qualité du matériel fourni, le général Haftar témoigne d’une solidarité effective de la part de ses deux voisins, algériens et égyptiens, qui ne tergiversent point quand il s’agit de la lutte antiterroriste. Pour autant, était-il nécessaire de vendre la mèche quand ces pays, en particulier, ne cessent d’affirmer leur engagement pour une solution politique en Libye par la voie du dialogue ? 

Haftar contre le dialogue ?

Les observateurs avertis n’y verront pas forcément une contradiction, mais l’implication, même indirecte, de pays tiers dans la tragédie qui oppose des Libyens, peut froisser des parties en conflit. D’ailleurs dans cette même interview, Khalifa Haftar précise : « Nous ne demandons pas que vous nous envoyiez des troupes au sol ou des bombardiers. Si nous avons les équipements militaires adéquats, nous nous débrouillerons. » Une façon habile de rejeter toute intervention étrangère, en écho à la position de principe de la diplomatie algérienne viscéralement hostile à l’ingérence dans les affaires internes de pays souverains.
On est donc en droit de s’interroger sur pareille bévue au sujet de l’origine de son armement.

D’aucuns pourraient supposer que Haftar a délibérément menti pour compromettre une option pacifique qui pourrait le disqualifier de la scène politique où l’ancien bras droit de Mouammar Kadhafi pourrait nourrir des ambitions. Dans ce cas, les autorités algériennes devraient savoir nuancer les propos du héros libyen quant au type de soutien qu’Alger assume vis-à-vis du peuple frère libyen.
 
Silence tactique

On se souvient que lors du renversement de l’ex-guide de la Jamahiriya, l’Algérie avait été la cible d’attaques de la part des « révolutionnaires du CNT » et de certaines capitales occidentales dont Paris, qui reprochait une position « pas assez claire d’Alger » par rapport à ce qui se tramait contre ce pays au fil du scénario des printemps arabes.

Le silence de la diplomatie algérienne durant ces troubles a fini par prendre valeur de réserves visionnaires puisque quelques mois plus tard, le chaos s’est installé en Libye.
Aujourd’hui, l’absence de réaction des responsables politiques algériens quant aux affirmations du général Haftar pourrait donc signifier, encore une fois, la volonté d’Alger d’éviter quelque traquenard politicien.

Confrontée à plusieurs crises sécuritaires gravissimes et simultanées dans des pays frontaliers, la diplomatie algérienne ne peut pas se permettre des erreurs de communication qui pourraient entamer son rôle de stabilisateur régional.
Qu’elle ait fourni des armes ou non contre le terrorisme qui frappe chaque jour en Libye, l’Algérie demeure convaincue que seules les réponses pacifiques aux crises internes qui secouent le continent pourront éloigner le spectre du néocolonialisme. 

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