Diversification économique : Le véritable enjeu de 2026 et au-delà
À l’horizon 2026, les hydrocarbures continueront de peser lourd dans l’économie nationale mais ne constituent plus, selon l’analyste économique et financier Mahfoud Kaoubi, le véritable enjeu stratégique. Pour l’expert, la priorité doit désormais porter sur la diversification des ressources, l’intégration économique et la création de richesse, dans un contexte marqué par des contraintes techniques, une fiscalité globalement stable et des réformes encore freinées par des lourdeurs administratives.
S’exprimant sur une éventuelle augmentation de la production nationale de pétrole, M. Kaoubi a estimé que si une hausse est théoriquement envisagée, elle demeure conditionnée, selon lui, aux capacités techniques du pays. « La question n’est pas tant celle de la volonté que celle des capacités techniques », a-t-il souligné, rappelant que les prévisions inscrites dans la loi de finances 2026 tablent, au contraire, sur un recul de la croissance du secteur des hydrocarbures.
Dans ce contexte, l’expert appelle à un changement de paradigme. Certes, les hydrocarbures restent le principal pourvoyeur de devises pour l’Algérie, comme le confirment l’ensemble des indicateurs disponibles. Mais « la réelle bataille en 2026 et au-delà serait de diversifier nos ressources et d’aller vers plus d’intégration et vers plus de création de richesse. Ça, c’est le véritable débat à mon sens », a-t-il insisté lors de son intervention, ce dimanche, à la Radio nationale.
S’agissant de la diversification économique et du développement de la production nationale, M. Kaoubi a estimé que le processus est déjà enclenché, conformément aux orientations annoncées par le président de la République. Pour 2026, les dispositifs d’incitation existants sont maintenus, à savoir la bonification des taux d’intérêt, les exonérations fiscales et les mesures de soutien à l’investissement.
Il a également noté la réduction de l’impôt sur le revenu global (IRG) sur les dividendes, ramené de 15 % à 10 %, une mesure visant à encourager le réinvestissement. « L’Etat poursuit ses efforts, que ce soit à travers la dépense fiscale, les mécanismes d’incitation ou encore l’accompagnement en matière de foncier industriel », a-t-il précisé.
Toutefois, l’analyste s’est interrogé sur l’efficacité réelle de ces mesures. Malgré l’arsenal d’incitations, la dynamique de croissance demeure en deçà des attentes, ce qui pose, selon lui, la question de leur évaluation et de leur impact concret sur l’économie.
Pour lui, les entraves sont avant tout d’ordre institutionnel. « Les instruments de régulation restent dominés par une logique administrative, voire bureaucratique », a-t-il déploré. Cette approche se manifeste, selon lui, dans la gestion des importations, le système de change et les mécanismes de régulation du marché, souvent éloignés des logiques économiques et des réalités du marché.
Ces dysfonctionnements alourdissent les processus, rendent les facteurs de production peu lisibles et peu mesurables, et favorisent la dualité des prix et des marchés. Une situation qui engendre, selon l’expert, une forme de « myopie » dans la prise de décision économique, dans un contexte mondial de plus en plus contraignant.
Kaoubi a également pointé le manque de planification stratégique répondant aux besoins de développement des différentes filières. A ce titre, il s’est dit satisfait de la promulgation du code de l’investissement, qui a réhabilité la planification à travers l’introduction d’un plan national de développement et de plans locaux de développement.
Concernant l’impact de la loi de finances 2026 sur le citoyen, l’analyste a affirmé qu’il n’y a pas de changements majeurs en matière de fiscalité, tant pour les particuliers que pour les entreprises. Le législateur a privilégié la stabilité.
Par ailleurs, certaines augmentations sont à noter, notamment en matière de droits de timbre, de vignette automobile pour certaines catégories de véhicules, de taxe d’habitation, révisée à la hausse ainsi que de droits d’enregistrement. Des ajustements qui toucheront « d’une manière ou d’une autre la poche du citoyen ».
Évoquant la transformation numérique appelée à se poursuivre en 2026, M. Kaoubi a salué les efforts du Haut-Commissariat à la numérisation, estimant que l’architecture de cette transformation est à un stade de parachèvement très avancé.
Il a toutefois plaidé pour une mise en œuvre progressive, afin de garantir son efficacité. Selon lui, cette transformation doit impérativement s’accompagner d’une réorganisation profonde de l’administration publique. « Il faut préparer la sphère économique et opérer les ajustements nécessaires pour que le passage à la numérisation soit adopté facilement », a-t-il expliqué.
Revenant sur l’augmentation des prix des carburants, annoncée le 31 décembre, l’analyste a expliqué que « cette hausse n’est pas liée à une augmentation de taxes et n’a donc pas été intégrée au débat sur la loi de finances 2026 », a-t-il affirmé. Il a précisé que l’ajustement a été décidé par l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH) afin de couvrir certaines charges. Si le prix du produit brut reste fortement subventionné, les coûts liés au raffinage et à la distribution augmentent d’année en année. « L’objectif est de rattraper la hausse de ces charges », a-t-il souligné, ajoutant que l’ajustement vise principalement à compenser l’augmentation des coûts de distribution et de raffinage.