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Diabète : Apprendre à vivre, et non subir

Diabète : Apprendre à vivre, et non subir
Quand le diabète cesse d’être une fatalité.

Touchant près de 16 % des adultes en Algérie, le diabète n’est plus l’inévitable fatalité redoutée d’autrefois. Longtemps perçue comme une maladie redoutable et synonyme de complications graves, cette pathologie chronique connaît une progression importante, portée par les transformations sociales, l’urbanisation et les changements alimentaires.

Pourtant, les avancées thérapeutiques, l’essor de la production locale d’insuline et une meilleure éducation des patients ouvrent de nouvelles perspectives. Contacté par le Jeune Indépendant, le Dr Mohamed Laifa, diabétologue et président de la Société algérienne des recherches médicales (SARM), dresse un état des lieux lucide, tout en soulignant les avancées qui permettent aujourd’hui d’envisager une prise en charge du diabète plus efficace en Algérie.

Pendant longtemps, le diabète a suscité une véritable crainte dans l’imaginaire collectif. La maladie était souvent perçue comme une fatalité conduisant inexorablement à une dégradation progressive de l’état de santé.

Selon le Dr Mohamed Laifa, cette peur s’expliquait par la visibilité des complications graves associées à la maladie. « Autrefois, le diabète terrifiait parce qu’il était synonyme de déchéance physique et de complications quasi inévitables », explique-t-il.

Parmi les images les plus marquantes figurait, précise le Dr Laifa, la gangrène, qui pouvait conduire à l’amputation d’un membre et entraîner une perte d’autonomie pour des personnes auparavant actives. Les complications oculaires, notamment la rétinopathie diabétique pouvant conduire à la cécité, ou encore la néphropathie diabétique, menant parfois à l’insuffisance rénale et à la dialyse, ont également contribué à forger cette perception d’une maladie redoutable.

« Dans l’imaginaire social, le diabète était ainsi assimilé à une pathologie silencieuse, évoluant inexorablement vers un pronostic défavorable », ajoute-t-il.

Pour lui, la situation a, aujourd’hui, profondément changé grâce aux progrès thérapeutiques et aux innovations technologiques qui ont transformé la prise en charge du diabète et de ses complications.

« La métamorphose est réelle. Même si la maladie continue de progresser, la réponse thérapeutique existe désormais à chaque étape de son évolution », souligne le président de la SARM.

En Algérie, l’un des changements majeurs, explique-t-il, concerne la production locale d’insuline. Le partenariat entre le groupe pharmaceutique Novo Nordisk et le groupe public Saidal a permis la fabrication de stylos injecteurs d’insuline sur le territoire national.

Cette avancée a considérablement renforcé la sécurité d’approvisionnement du pays. « L’angoisse récurrente liée à la disponibilité de l’insuline appartient désormais au passé », affirme le Dr Laifa, ajoutant que cette production nationale constitue une véritable garantie de souveraineté sanitaire.

La prise en charge ne se limite plus aux médicaments. L’Algérie développe également la production locale de bandelettes de mesure glycémique ainsi que des capteurs modernes permettant un suivi continu de la glycémie sans piqûre.

« Même si leur remboursement par les caisses de sécurité sociale reste encore limité, ces technologies sont désormais disponibles et représentent un progrès majeur pour les patients », s’est-il réjoui.

En outre, un autre changement fondamental s’opère, celui de la relation entre le patient et sa maladie. « L’éducation thérapeutique est devenue une arme essentielle dans la lutte contre le diabète », explique le Dr Laifa.

Les patients sont aujourd’hui mieux informés, notamment grâce au travail des associations de malades et à la diffusion d’informations médicales sur les réseaux sociaux par les professionnels de santé. « Cette évolution contribue à transformer la perception du diabète dans la société. La maladie n’est plus considérée comme une fatalité honteuse ou une malédiction cachée, mais comme un problème de santé publique pouvant être maîtrisé grâce à la connaissance, à la prévention et aux traitements disponibles », estime le Dr Laifa.

Malgré ces progrès, l’annonce du diagnostic reste un moment particulièrement délicat pour les patients. « Apprendre que l’on est atteint d’une maladie chronique incurable comme le diabète constitue souvent un choc », reconnaît le Dr Laifa. Pour beaucoup de patients, le mot « diabète » ne renvoie pas seulement à une réalité médicale, mais à la peur d’une vie désormais différente.

Dans ce contexte, le rôle du médecin est déterminant. L’annonce du diagnostic ne doit jamais être faite de manière expéditive, souligne-t-il. Elle nécessite du temps, de l’écoute et des explications.

« Les patients se souviennent toujours très précisément des mots prononcés par leur médecin le jour où la maladie leur a été annoncée », rappelle-t-il.

Pour le spécialiste, le praticien ne se limite plus à prescrire un traitement, mais il accompagne le patient dans l’acceptation de la maladie et l’aide à construire un nouvel équilibre de vie. Ainsi, remplacer le terme de « régime » par celui d’« équilibre alimentaire » contribue souvent à dédramatiser la situation et à redonner au patient une certaine liberté dans la gestion de son quotidien.

 

Peut-on vivre normalement avec le diabète ?

Selon le Dr Mohamed Laifa, les progrès de la médecine permettent aujourd’hui aux personnes diabétiques de vivre presque normalement. « Une personne diabétique peut mener une vie active et épanouie, comparable à celle d’une personne non diabétique », affirme-t-il.

Le président de la Société algérienne des recherches médicales souligne également que les traitements ont beaucoup évolué ces dernières années. Les nouvelles insulines sont plus précises et les stylos injecteurs rendent leur utilisation plus simple. Il évoque aussi l’existence des pompes à insuline et des capteurs permettant de suivre la glycémie presque en continu.

Le Dr Laifa précise que ces technologies sont désormais disponibles en Algérie, même si leur remboursement par la CNASCNAS Caisse nationale de la sécurité sociale et la CASNOS reste encore limité. « Des discussions sont en cours pour permettre leur intégration progressive dans le système de prise en charge, notamment pour certaines catégories de patients », indique-t-il.

Par ailleurs, ajoute-t-il, les traitements oraux et injectables destinés au diabète de type 2 sont aujourd’hui plus efficaces et mieux tolérés, ce qui contribue à stabiliser la glycémie et à réduire le risque de complications.

Par conséquent, l’espérance de vie des personnes diabétiques s’est nettement améliorée. « Il y a vingt ans, les diabétiques vivaient en moyenne huit ans de moins que la population générale. Aujourd’hui, lorsque la maladie est bien contrôlée, cette différence tend à disparaître », souligne le spécialiste.

 L’équilibre du diabète repose également sur l’hygiène de vie. Mais contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas d’imposer une succession d’interdictions alimentaires.

Pour le Dr Laifa, l’alimentation doit plutôt être envisagée comme un équilibre. Les fibres ralentissent l’absorption des sucres, les protéines stabilisent la glycémie et les bonnes graisses contribuent à maintenir cet équilibre métabolique

Les glucides ne sont pas des ennemis à bannir, insiste-t-il. Ils doivent simplement être choisis avec discernement et intégrés de manière adaptée dans les repas. « Rien n’est interdit, tout est réglementé », résume-t-il.

L’activité physique joue également un rôle fondamental. Marcher régulièrement, solliciter les muscles et maintenir une activité corporelle permet d’améliorer la sensibilité à l’insuline et de stabiliser la glycémie.

D’autres facteurs influencent également l’équilibre métabolique, notamment le sommeil et la gestion du stress. Ce dernier peut perturber la régulation hormonale et augmenter le taux de cortisol, influençant ainsi la glycémie.

Pour le président de la SARM, vivre avec le diabète ne signifie pas rechercher la perfection absolue, mais plutôt maintenir une constance dans les habitudes de vie. « L’équilibre glycémique est un processus vivant et souple », explique-t-il. « Il ne repose ni sur l’austérité ni sur le laxisme, mais sur une attention continue portée à son mode de vie », ajoute-t-il.

« On dit souvent que tout le monde devrait manger comme un diabétique. Finalement, le patient diabétique devient lui-même un exemple de discipline et d’équilibre alimentaire », conclut le Dr Laifa.



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