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Nationale

Bouteflika hausse le ton

Bouteflika hausse le ton

Dans un discours inédit à l’occasion de la célébration du 19 mars 1962, le président de la République Abdelaziz Bouteflika hausse le ton et accuse l’opposition de s’adonner à la politique de la « terre brulée » pour parvenir au pouvoir. Pour contrer les ambitions de ses détracteurs, il promet rigueur et fermeté tout en prônant un dialogue qui ne remettrait pas en cause sa légitimité. Ce discours rompt avec sa position de réconciliateur qui marquant ses mandats depuis 1999.


C’est un virage important que vient de connaître la vie politique nationale après le message du président Abdelawziz Bouteflika lu en son nom à Ghardaïa à l’occasion des festivités commémoratives du 19 mars 1962. En effet, aux dires de nombreux observateurs, la sortie de Bouteflika tranche curieusement avec sa tradition épistolaire depuis son accession à la présidence en 1999. 


Son discours comporte non seulement des propos qualifiés de violents à l’endroit des personnalités de l’opposition ainsi que des menaces de « fermeté », mais aussi des préalables à tout dialogue futur.
« Je me dois, en vertu du poste où il (Le peuple, NDLR) m’a volontairement placé, de vous parler en toute franchise et de vous dire combien je redoute la nocivité de ceux, d’entre nous, qui se sont laissé glisser sur la dangereuse pente de la politique de la « terre brûlée » dans le dessein d’arriver au pouvoir, même en mettant notre Etat en ruines et en marchant sur les cadavres des enfants de notre peuple », souligne le chef de l’Etat, qui semble être agacé par le postulat de base de l’opposition qui « récuse » et « ne reconnaît » pas les résultats de la dernière présidentielle et qui exige un autre processus politique. 

Accusée de vouloir « effrayer » et « démoraliser » le peuple, la diabolisation de l’opposition par Bouteflika est allée jusqu’à qualifier les chefs de la Coordination nationale des libertés et pour la transition démocratique (CNLTD), ainsi que le pôle du Front du changement de « pseudo-hommes politiques », « soutenus par une presse qui n’a aucun souci de son éthique professionnelle ».

Un état de fait qui a poussé Bouteflika à user d’un autre langage plus menaçant et plus ferme. C’est ainsi qu’il déclare que l’attitude de cette opposition qu’il incrimine le met dans « l’extrême obligation d’user d’un surcroît de fermeté et de rigueur, pour défendre l’Etat.

C’est un devoir constitutionnel, légal, légitime et moral qui ne peut souffrir ni report ni dérobade », a-t-il indiqué avant d’appeler « les vaillants fils de cette Nation » à « se mobiliser et s’unir pour renforcer le front intérieur, afin de parer aux risques qui guettent, à l’heure actuelle, notre région qui grouille de troubles et de menaces ».
S’agissant d’un futur et improbable dialogue, le président Bouteflika pose ses conditions, dont le principe de base est la construction d’un front intérieur. « Le moyen d’y parvenir est le dialogue et la cohésion des rangs.

Etant partisans du dialogue et acquis à ses vertus, l’acceptant tant avec ceux qui divergent avec nous sur la conception politique de la conduite des affaires du pays qu’avec ceux qui préconisent des idées plus judicieuses que les nôtres, nous ne voyons aucun mal à aller à ce dialogue à la condition que l’on y vienne sans aucune intention préconçue de remettre en cause ce qui a été consacré conformément à la Constitution et par la volonté populaire clairement exprimée », a-t-il conclu.
Autrement dit, Bouteflika pose les mêmes conditions qu’Amar Saâdani et Abdelkader Bensalah avaient réclamées lors des consultations avec les dirigeants du FFS pour la tenue d’une conférence nationale sur le consensus, c’est-à-dire l’acceptation de la légitimité acquise par les urnes en avril 2014. Pour certains analystes, « réclamer une reconnaissance « équivaut pour l’opposition à un reniement douloureux de son discours qu’elle tient depuis déjà un an ».
D’ailleurs, la CNLTD s’est construite sur la base d’un refus de tout le processus électoral d’avril dernier, du refus du quatrième mandat de Bouteflika, de ses accusations de fraude et surtout de ses deux principales revendications : création d’un organe autonome chargé de l’organisation des élections et d’une présidentielle anticipée.

Des revendications que l’opposition maintient depuis des mois comme une feuille de route stable et comme points essentiels à la base de toute consultation avec le pouvoir ou ses partisans.

En fait, il apparaît clairement qu’aussi bien Bouteflika, qui réclame une sorte « d’accalmie politique » sur le front intérieur, que l’opposition qui demande une nouvelle légitimité, se retrouvent dans une situation de « rupture » totale, dans des voies inconciliables. Certains y voient déjà une situation de non-convergence qui comporte des risques de « dérapages ».

Le patron du RCD compare les propos de Bouteflika aux discours de « Kadhafi avant sa chute », alors que Mokri, le leader du MSP estime que cela ne lui fait pas peur en déclarant que « même le terrorisme ne nous a pas fait fléchir », tout comme Jil Jadid qui pense que le message de Bouteflika « exprime une forme de panique qui peut devenir dangereuse ».
 

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