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Nationale

8 mai 1945: Vers la reconnaissance officielle de l’Etat français ?

8 mai 1945: Vers la reconnaissance officielle de l’Etat français ?

Le Conseil de Paris a adopté lundi dernier un vœu demandant que l’Etat français reconnaisse les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata en Algérie, a annoncé mardi son initiatrice, la conseillère de Paris PG Danielle Simonnet.

Le vœu demande que la ville sollicite le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants et à la Mémoire, et le président de la République, pour la reconnaissance par l’Etat des massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, et l’ouverture de toutes les archives relatives à ces terribles événements.

Parallèlement, le secrétaire d’Etat français chargé des Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini, se rendra à Sétif. C’est une première. Il effectuera un voyage mémoriel du 19 au 21 avril à Sétif puis Mers El-Kébir et Alger, a indiqué son cabinet.

Le message du gouvernement sera : aucune mémoire n’est oubliée, on est dans une mémoire apaisée, a-t-on ajouté de même source. Le massacre de Sétif reste l’une des pages les plus noires de l’Algérie française. Le 8 mai 1945, alors que la France célébrait la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, les festivités tournèrent au drame à Sétif, Guelma et Kheratta, dans l’est de l’Algérie, où des nationalistes défilèrent, drapeaux algériens à la main.

La répression des manifestations, considérées comme les prémices de la guerre d’indépendance, fit plusieurs milliers de morts parmi les Algériens – jusqu’à 45.000 selon la mémoire collective algérienne – victimes de la police, de l’armée ou de milices de colons.

Une centaine d’Européens, pris à partie par des nationalistes algériens, furent également tués. Les massacres, qui virent l’Etat français réprimer dans le sang des manifestations d’Algériens demandant l’indépendance du pays.

Le gouvernement algérien avance le nombre de 45.000 morts, et les travaux de la très grande majorité des historiens français attestent d’un « bilan de dizaines de milliers de victimes arrêtées, torturées et exécutées sommairement », est-il rapporté dans le vœu.

De nombreux Algériens se sont rassemblés pacifiquement pour défendre « l’Algérie libre ». Ces crimes contre l’humanité, ont été commis par l’armée, la police et les milices armées par les autorités préfectorales locales qui organisèrent ces assassinats, ne sont toujours pas reconnus comme tels, ni condamnés. 

Lors d’une visite à Sétif, le 27 février 2005, Hubert Colin de Verdière, alors ambassadeur de France à Alger, a qualifié les massacres du 8 mai 1945 de « tragédie inexcusable, à la suite d’un climat de peur, de manifestations ».

Son successeur Bernard Bajolet a déclaré à Guelma en avril 2008 devant des étudiants algériens que « le temps de la dénégation des massacres perpétrés par la colonisation en Algérie est terminé ».

Lors de sa campagne électorale, François Hollande avait promis que l’Etat Français procéderait à la reconnaissance des crimes coloniaux et lors de son voyage à Alger en décembre 2012, il avait évoqué « les souffrances de la colonisation ».

Tout commence par un drapeau levé…

Les Algériens, dont 60 000 d’entre eux avaient combattu sur le front contre les Allemands et 12 000 étaient morts pour la France, espèrent que la fin de la guerre signifie pour eux des droits non reconnus jusqu’alors. C’est pourquoi, profitant des manifestations prévues à Sétif, Guelma et Kherrata, des drapeaux (vert et blanc) sont brandis et des slogans proclamés : « Nous voulons être vos égaux », « A bas le colonialisme ».

Tôt dans la matinée, à Sétif, les Scouts musulmans, une organisation légale créée par le Parti du Peuple Algérien (PPA) se réunit pour aller déposer une gerbe aux pieds du monument aux morts, situé dans le quartier des Européens. Alors que le cortège gros de 7 000 à 8 000 personnes arrive au quartier français, un drapeau algérien est levé par un jeune porteur de 20 ans. Refusant de le baisser devant l’ordre français, il est abattu. La nouvelle se répand rapidement dans la province.

C’est le début d’un soulèvement généralisé, dans plusieurs dizaines de villages du Constantinois, ainsi qu’à Blida et Berrouaghia dans l’Algérois, et Sidi-Bel-Abbès dans l’Oranais. A Guelma, située à 150 kilomètres de Sétif, toute « manifestation musulmane » avait été interdite pour l’armistice. La reconnaissance officielle est un minimum pour l’Algérie, qui demande désormais des excuses à la France.
 

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