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Nationale

Wilaya de Sétif : Aït-Tizi, la commune oubliée

Wilaya de Sétif  : Aït-Tizi, la commune oubliée

En cette deuxième décade du 3e millénaire, il existe encore en Algérie des communes qui traînent un grand déficit en matière de développement. C’est le cas de la commune d’Aït-Tizi, daïra de Bouandas, wilaya de Sétif. Son chef-lieu culmine à 1380 mètres d’altitude.

Géographiquement, Aït-Tizi se trouve à la limite de la wilaya de Béjaia par le sud et à la limite de la wilaya de Sétif par le nord. Pour y accéder en arrivant par le littoral par l’ouest, il faut atteindre la limite de Tychy (Béjaia) pour tourner ensuite à droite.

A partir de là, on a devant soi, une distance de 32 km à parcourir. Si l’on veut gagner quelques km et quelque temps, il est toujours possible de faire un raccourci. Un raccourci ? Il est suggéré pour ceux et celles aimant des sensations fortes. Mais pour ceux et celles qui ne sont pas renseignés sur l’état de ce chemin constituant un raccourci, c’est quasi certain qu’ils sauront dorénavant avec exactitude l’effet de l’adrénaline. Et comment !

C’est une piste d’une distance de 15 km qu’il faut suivre pour atteindre le chef-lieu de la commune d’Aït-Tizi. Cette piste en question est tracée à flanc d’une montagne à la morphologie presque d’un à pic.

Sa largeur est celle d’à peine un véhicule. Si deux engins, par malheur, venaient à circuler dans deux directions différentes, ce serait l’impasse pour les deux. Un conducteur étranger à la région n’aurait jamais le courage d’y circuler à moins qu’il n’appartienne au monde des téméraires ou à celui recherchant les sensations fortes.

En effet, la moindre fausse manœuvre, le véhicule se retrouverait à plus de 300 mètres plus bas dans le ravin. La dense forêt, où des bosquets de lentisque, de myrte, d’aubépine, d’alaterne et des ronces, la bruyère, la fougère et tant d’autres végétaux s’y mêlent, donne au paysage un aspect lugubre.

A un endroit, il faut traverser un ruisseau, dont le débit en cette saison automnale n’est pas négligeable, à gué. Au bout d’une éternité, nous voilà enfin au chef-lieu de commune.

A peine pied à terre, voilà qu’un froid glacial remplace l’air ambiant du vaillant 4+4 ayant traversé la piste en cahotant. Et quelque temps plus tard, une bruine viendra ajouter son effet au paysage déjà trop triste.

Le sol sera bientôt boueux même s’il est cimenté. Il n’en demeure pas moins cependant que la présence de la presse au chef-lieu d’Aït-Tizi poussera les vaillants habitants de cette commune à braver le froid et la pluie. Jeunes gens, hommes d’âge mûr et vieux forment un rassemblement.

C’est que tout le monde a quelque chose à dire. A dénoncer plutôt. Les gendarmes aussi ont été informés de la présence « d’étrangers « au chef-lieu d’Aït-Tizi. Les voilà donc eux aussi sur les lieux. Une fois informés qu’il n’est question que d’un travail journalistique et non de quelque campagne de propagande, ils se sont tenus à l’écart. Nos interlocuteurs, dont le désir de crier leur douleur est plus fort que tout, prennent, l’un après l’autre, la parole.

Une commune en quête de développement

Dans la commune d’Aït-Tizi, il n’existe aucune structure pouvant symbolisant, ne serait-ce que d’un atome, le développement. L’entreprise économique, symbole d’offre d’emploi, aux jeunes, pourtant en âge de travailler, n’est qu’une simple vue de l’esprit. Juste devant nous, se trouve le centre de santé.

A vrai dire, cette structure ne mérite pas l’appellation de centre de santé. A l’entrée déjà, on est accueilli par d’importantes fuite d’eau dans la salle d’eau. Les murs sont lézardés. Cela dénote que ça fait des années qu’ils ne sont pas badigeonnés. En ce qui est des éléments de soins, le seul infirmier y officiant en permanence a reconnu que les outils de soins sont extrêmement limités.

Un médecin passe une ou deux fois par semaine pour consulter les malades, mais lui aussi, faute de matériel médical idoine ne peut que prescrire sur une ordonnance à son patient les médicaments à acheter dans une pharmacie.

Si le patient nécessite une évacuation, c’est aux parents ou quelque âme charitable de l’évacuer vers l’hôpital. En effet, au niveau de ce centre de santé, il n’existe ni ambulance et ni chauffeur. Dans pareil cas, un médecin, aussi compétent et aussi humaniste soit-il, ne peut rien pour soulager son malade.

C’est à Bouandas, à une quinzaine de KM d’Aït-Tizi que se trouve une polyclinique où sont souvent orientés les malades. Il se trouve qu’au sein même de polyclinique de Bouandas, l’ambulance devant évacuer le patient vers l’hôpital du chef-lieu de wilaya est souvent indisponible ou carrément en panne.

C’est donc aux parents d’évacuer encore à partir de cette structure leur malade ailleurs. Au cours de cet hiver rigoureux de 2012, une jeune femme et un garçon de 14 ans sont morts faute de prise en charge médicale en urgence. L’épaisseur de la couche nivale ayant recouvert le sol a dépassé les deux mètres. Donc, même les véhicules des particuliers ne pouvaient circuler.

Concernant justement le routes et pistes durant les saisons hivernales, les niveleuses sont inexistantes à Aït-Tizi.
Ce sont les habitants, même grelottant de froid et aux membres engourdis, qui se mobilisent pour nettoyer les chemins à coup de pelles recouverts plus que généreusement d’une couche nivale.

Nous rappelons qu’Aït-Tizi culmine à 1380 mètres d’altitude. Pour celui se hasardant sur la piste ou dans la forêt, il encourt même le risque de subir une avalanche. Les infrastructures de jeunesse sont également inexistantes.

Absence des loisirs pour les jeunes

En effet, pas de stade, pas de maison de jeunes, par de cybercafé, pas de bibliothèque et pas le moindre autre espace pour se cultiver l’esprit.

Pourtant, une bibliothèque a été construite à un moment donné. Cependant, pour des raisons, qui restent à déterminer avec exactitude, est fermée depuis trois longues années.

Nos interlocuteurs ont affirmé que c’est le Président de l’APC qui a décidé de la fermer, et ce pour des raisons connues « de lui seul « . Celui-ci nous dira plus tard, après avoir déclaré d’abord que cette bibliothèque était disponible, que si elle est fermée, c’est par absence de lecteurs. « Quoi, s’insurgea le premier magistrat de commune d’Aït-Tizi, ouvrir une bibliothèque à des gens qui ne lisent pas ?

« Nous devons relever que la première fois, ce premier responsable de la commune, Zahir Moussaoui en l’occurrence, a tenté de nous faire croire que la bibliothèque en question était opérationnelle. Ce n’est qu’après avoir découvert que nous avions déjà pris connaissance de sa fermeture depuis longtemps qu’il songea à « rectifier « le tir.

Cependant, au fait de correctif, il ne fit qu’aggraver son discours. Car selon la connotation de phrase, il est à comprendre que ses administrés ne méritaient pas une bibliothèque. Décidément, le Premier magistrat de la commune d’Aït-Tizi, encore candidat pour un autre mandat comme élu, traîne un dangereux déficit en matière de communication.

Les citoyens mécontents nous déclaré également un retard dans l’assainissement. Concernant l’AEP, la conduite existante est vétuste. Plus grave encore puisqu’à chaque fois qu’elle nécessite réparation, ce sont ces braves citoyens qui prennent le taureau par les cornes en effectuant les réparations eux-mêmes.

A comprendre par-là, le financement de la main d’œuvre et l’achat des pièces neuves pour remplacer celles qui sont usées. L’entretien de la piste, sur toute sa longueur, relève aussi du seul apport des citoyens.

« Le président de l’APC a toujours fait la sourde oreille à nos appels de détresse d’où notre contrainte à parer nous-mêmes aux situations d’urgence « , ont souligné à l’unanimité nos interlocuteurs.

Un septuagénaire (octogénaire ?), répondant au nom de Abdellah Azzouz, en dépit de son état d’alité, a quitté son lit pour rencontrer la presse. Nous préférons reprendre intégralement les déclarations de ce vénérable vieillard : « Ici à Aït-Tizi, nous, les pauvres citoyens, qui, pourtant nous ne sommes pas moins Algériens que les autres, subissons la politique et la gestion d’une grande mafia. Nous savons que l’Etat débloque des enveloppes financières pour le développement de notre commune.

Il n’en demeure pas moins cependant que jusqu’à maintenant, nous n’avons pas un quelconque développement. Aussi, vu la situation très grave que nous vivons depuis des années, je lance un appel solennel à notre président de la République afin qu’il use de son pouvoir quant l’amélioration de notre sort. Le calvaire que nous endurons a trop duré « .

Un autre citoyen, la cinquantaine ou la soixantaine, répondant au nom d’Adel Zahi, a déclaré au Jeune Indépendant que cela fait cinq années au moins depuis qu’il effectue bénévolement des travaux d’entretien aux villages enclavés de sa commune, notamment durant les saisons hivernales. « Une fois, avoue notre interlocuteur, j’ai dépensé de ma poche plus de I50.000, 00 DA pour ces travaux d’entretien. « 

Quand la misère règne en maître

A notre question de savoir pourquoi cette forte implication de sa part, Aït Ouali répond : « Quand les responsables ignorent la misère de leurs administrés, il est normal que je me solidarise avec mes concitoyens.

« La solidarité entre les citoyens d’Aït-Tizi est effectivement bien réelle. Car sans cette solidarité, la population connaîtrait une situation pire. L’entretien de la piste de I5 km est également assurée par les citoyens d’Aït-Tizi.

Et pourtant, une partie de cette piste fait partie de l’espace géographique de la wilaya de Béjaia et l’autre partie du territoire de la wilaya de Sétif. Le président du comité du village de Tizrarine, Abdelghfas Cherif, à l’instar des autres n’a pas caché son amertume devant l’indigence flagrante de sa commune et sa gestion.

Celui-ci, à l’instar de beaucoup d’autres de ses concitoyens a dénoncé le refus du premier magistrat de sa commune d’inscrire sur la liste électorale beaucoup d’électeurs, et ce pour parce que « ces électeurs en question ne lui sont pas favorables « .

« Une partie de la population, c’est-à-dire les habitants demeurant dans le deuxième versant de notre commune, est honnie par le président d’APC « , ont déclaré à l’unanimité nos interlocuteurs.

Les habitants du deuxième versant ? Qu’est-ce donc cela veut dire ? La question est très complexe. A vrai dire, une partie de la population d’Aït-Tizi veut dépendre administrativement de la wilaya de Béjaia.

Et l’autre moitié veut rester dépendante de Sétif. Notre enquête révélera plus tard que cela est justifié par trois raisons principales. La première : les résidences de ces citoyens favorables à leur rattachement à la wilaya de Béjaia sont plus près géographiquement de cette wilaya des Hamadites. La deuxième : La wilaya de Béjaia est jugée plus positive économiquement.

D’ailleurs, bon nombre des jeunes d’Aït-Tizi travaillent à Béjaia. Et la troisième enfin est d’ordre sociologique. Ethniquement et linguistiquement, les habitants d’Aït-Tizi, l’autre versant, se sentent plus proches de leurs frères de Béjaia. D’ailleurs, les mariages sont plus fréquents entre les familles de Béjaia et Aït-Tizi qu’avec Sétif.

L’autre partie considère qu’elle tire des avantages sur tous les plans en restant dans le giron de la wilaya des Hauts-Plateaux. Autrement dit, les motivations des uns et des autres sont les mêmes excepté le choix dans la dépendance administrative. Cette réalité, même le Président d’APC, Zahir Moussaoui, confirmera cette existence de « deux versants « dans sa commune.

Mais au-delà des avis des uns et des autres sur l’avenir administratif d’Aït-Tizi, qu’en est-il en matière de développement lequel développement est assuré par des projets sectoriels (PS), des projets communaux de développement (PCD) et projets communaux (PC) ?

Les citoyens en colère ont signalé qu’une enveloppe financière de deux milliards de centimes a été dégagée par l’Etat depuis longtemps pour assurer l’opération d’assainissement, mais sans pour autant voir jusqu’à maintenant le début de cette opération.

« En tout, ont-ils ajouté, c’est dix et douze projets de développements qui ont fait l’objet d’un blocage, et ce depuis de très longues années. « Bien plus tard, le président d’APC ne niera pas l’existence d’argent nécessaire pour le financement de certains projets, mais si rien ne bouge, « c’est à cause des appels d’offres infructueux « .

La faute aux appels d’offres…

Pour les travaux des routes, la wilaya (Sétif) a débloqué de sa trésorerie un montant de 50 milliards de centimes. Pour les travaux de réfection du centre de santé, qui n’est centre de santé que l’appellation, c’est un chèque de pas moins de 2.000.000, 00 DA qui est signé, mais qui attend depuis plus d’un attend dans les services de comptabilité de l’APC.

Motif ? Appels d’offres infructueux. En 20I2, c’est une enveloppe financière de 20 milliards de centimes qui a été dégagée dans le cadre de ses PCD au profit de la commune d’Aït-Tizi. Aujourd’hui encore, aucun PCD n’est lancé.

A notre question au Président d’APC sur ce paradoxe existant, à savoir la disponibilité financière et l’absence de tout développement de sa commune, il répond tout de go : « Je ne pouvais quand même pas faire usage de ma force physique ou de quelque autre procédé musclé pour forcer les gens à accepter les marchés. « Notons que la commune d’Aït-Tizi est issue du découpage électoral de 1984.

Ses habitants sont au nombre de 7.028 et répartis à travers quatorze villages. Il s’agit de Tanari, Izrane, Ighil-Imzi, Tizrarine, Azzouguène, Aït-Aïssa-Oudi, Hemmama, Tarmilth, Agouni-Izourane, Iguer-Ali, Aït-Ouali, Taourirt-Ouakli et Alma-Khlef. Quant à la fameuse piste d’une distance de 15 km et qui constitue un danger permanent pour les automobilistes, son origine remonte à l’époque coloniale.

L’administration forestière coloniale a songé à ouvrir une piste d’une distance de 7 km à partir de l’espace actuel appartenant à la wilaya de Béjaia aux fins d’y construire une guérite ou une échauguette à ses gardes forestiers.

Beaucoup d’habitants ont quitté la commune

Au cours des années 1972-1973, l’administration forestière algérienne a poursuivi l’ouverture de la piste jusqu’à la pauvreté de la commune, beaucoup de ses habitants l’ont quittée pour d’autres cieux.

Certains se sont éparpillés à travers le pays, Alger notamment, et d’autres se sont installés carrément outre-mer. Le célèbre homme d’affaires, Azzoug, est originaire du village Azzouguène. Notons, par ailleurs, que les wilayas de Sétif et Béjaia se les partagent d’où leur rivalité. Chacune de ces deux wilayas veut les avoir à elle toute seule.

C’est pourquoi aussi l’existence de deux « versants « ou tout simplement l’existence de deux clans à Aït-Tizi. Le seul point donnant satisfaction à Aït-Tizi est incontestablement la sainteté de l’environnement. Pas le moindre déchet ménager ou plastique n’est présent au bord la route.

Sur la question environnementale, la ministre de l’environnement ressentirait une véritable bouffée d’oxygène en essayant d’emprunter ce chemin menant vers Aït-Tizi à partir de la capitale des Hammadites.

L’autre élément devant certainement l’ONM et le ministère des Moudjahidine est le passé révolutionnaire et héroïque d’Aït-Tizi. « Nous avons commencé la révolution ici à Aït-Tizi dès l’année 1945 « , a commenté un Moudjahid qui a perdu un frère au cours de cette tragédie du mois de mai 1945.

De par son enclavement et son terrain très accidenté en sus d’être boisé, presque tous les Algériens qui se sont rebellés contre l’ordre colonial avant que le FLN ne sonne le tocsin ont trouvé refuse à Aït-Tizi. Et en novembre 1954, tous ces vaillants habitants ont rejoint naturellement les couleurs du FLN.

Au cours de cette année 1954, le tout Aït-Tizi comptait juste quelques familles. Et pourtant, il a compté plus d’une quarantaine de Moudjahidine et plus d’une quinzaine de martyrs. Rien que pour cela, Aït-Tizi mérite une enveloppe spéciale pour son développement. Et naturellement des contrôles rigoureux et itératifs concernant les dépenses budgétaires.

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