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Nationale

Walis ou walou l’avenir nous le dira

Walis ou walou l’avenir nous le dira

L’Etat veut attaquer de front la mafia politico-financière qui a pris racine ces dix dernières années. Sellal semble avoir mis toute son attention dans sa sortie médiatique devant les walis.

Mesurant les mots et les paroles, accentuant les phrases, marquant les intonations, Sellal n’a pas cherché à marquer les esprits mais à donner une dose d’optimisme, à semer la confiance et surtout à refuser tout alarmisme ou pessimisme.

Pourtant, le président Bouteflika fustigea à Tipasa, quelques mois seulement après son accession au pouvoir en 1999, et sans complaisance, les tenants du système militaro-mercantile. « Des bandits ont pris en main le marché de l’importation par la force et parfois par la menace et la terreur. » Indigné par l’ampleur de ce phénomène, il lâcha : 

« L’Algérie est un pays miné par la corruption. » Le constat ne paraît pas avoir nettement changé depuis, après trois mandats présidentiels. La mise en place d’organes de lutte contre la corruption, soutenus par un discours rassembleur contre ce fléau social n’a pas eu les résultats escomptés. Bien au contraire, le phénomène de la corruption est devenu, aujourd’hui, plus dévastateur qu’avant son accession au pouvoir.


Ce phénomène s’est accéléré et répandu à travers tout le territoire national, en passant par les entreprises publiques et privées. La grande corruption se manifeste par des scandales financiers lors des passations de contrats de réalisation de projets d’infrastructures, de l’achat d’équipements collectifs, de prêts bancaires. Le gré à gré, au lieu d’être l’exception, est devenu la règle dans ces transactions commerciales.

Le véritable problème, c’est que ces « patriotes » blanchissent de l’argent détourné dans des biens immobiliers et autres à l’étranger. Cette fuite de capitaux porte un lourd préjudice à l’intérêt national et appauvrit davantage le pays. Comme des vautours, l’empire politico-financier qui s’est créé est devenu un monstre difficile à combattre.

Hier, le Premier ministre Abdelmalek Sellal, dans son discours prononcé à l’ouverture de la réunion gouvernement-walis, a affirmé que « toutes ces décisions pour relancer notre économie et absorber le choc pétrolier toucheront des habitudes, de vieux réflexes et des intérêts. Elles recevront, donc, des résistances plus au moins fortes ». Sellal n’a pas énuméré les nouvelles mesures qui empêcheront ces barons de l’informel ou ces tout-puissants d’accaparer les richesses du pays. 

L’Etat dans tous ses états


Pourtant l’Etat a beau multiplier les discours sur la lutte contre les barons du commerce informel, celui-ci reste finalement le « poumon » de l’économie nationale. « Difficile de le combattre, car le combattre frontalement, c’est la stabilité du pays qui est remise en cause », avait déclaré Ouyahia alors Premier ministre. Attestation formelle d’impuissance et encore un aveu d’échec de l’équipe au pouvoir. L’économie « formelle » est gangrenée par l’informelle. La majorité des agents économiques détenteurs d’un registre de commerce ont des pratiques liées à l’informel. 

Il y a donc lieu de s’alarmer de la taille du phénomène, qui a fini par envahir la sphère « officielle » de l’économie, créant ainsi une sorte d’Etat dans l’Etat. Ce dernier n’a pas été capable d’imposer le chèque comme seul moyen de paiement des transactions dépassant 500 000 dinars. Pour cause, les barons de l’import-import qui ont noyauté les rouages de l’administration ont fini par peser lourdement sur la décision politique. Le chèque de Ouyahia fut alors remisé au placard de la République.

Ces « barons » ne veulent point que leurs transactions douteuses, desquelles ils tirent des milliards de centimes de dividendes, puissent être déclarées au fisc. Et c’est forcément un terrible manque à gagner pour le Trésor public. Et à défaut de pouvoir endiguer le phénomène, les pouvoirs publics semblent avoir appris à faire avec.

Dernièrement, le gouvernement a décidé de faire un cadeau aux détenteurs de fonds informels. En effet, la loi de finances complémentaire 2015 a instauré une procédure pour intégrer les fonds informels dans la sphère bancaire.

Dans son article 43, la LFC 2015 note qu’il est institué un « programme de conformité fiscale volontaire » en précisant que « les sommes déposées dans ce cadre auprès des banques par toute personne, quelle que soit sa situation, feront l’objet d’une taxation forfaitaire libératoire au taux de 7% ».

Les sources de ces fonds ou les transactions qui en sont l’origine doivent être légitimes, et ne correspondre à aucun acte incriminé par le code pénal et la législation régissant la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme », précise le même article. La même disposition de la LFC 2015 fixe au 31 décembre 2016 la date limite de mise en œuvre de ce dispositif. Est-il besoin de rappeler que le pouvoir politique veut dire gouvernance économique ? De ce fait, la responsabilité de l’Etat est entière.

Les barons de l’informel sont-ils à ce point puissants ? Capables donc de mettre en péril la stabilité du pays ? Près de 4 700 milliardaires algériens ont été recensés par la New world Wealth, organisation sud-africaine ; une information qui n’a pas suscité l’intérêt de l’IGF (Inspection générale des finances) ni la curiosité de l’observatoire national de la lutte contre la corruption. Comment de telles fortunes se sont-elles bâties et sur le dos de quelle activité économique ?

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