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Nationale

Volonté politique ou nécessité sociale ?

Volonté politique ou nécessité sociale ?

Cela fait des années que le président Abdelaziz Bouteflika clame son engagement de mener une lutte sans merci contre le phénomène de la corruption.

Bien plus qu’une satisfaction des recommandations internationales ou des exigences onusiennes à travers les conventions et les traités, cet engagement semble être dicté par l’ampleur d’un fléau qui n’en finit pas de gangrener la société et surtout les rapports sociaux et politiques.

Aucun secteur n’est épargné, ni les échanges commerciaux ou les soumissions publiques, ni les rapports avec l’administration locale et régionale, ni les autres relations bureaucratiques en lien avec la fonction publique, comme les Impôts, les Domaines, les banques ou les Douanes. Même la fonction électorale, pourtant plus noble et plus saine, est tombée dans le filet de la honte.

Les politiques séduisent l’argent sale et ce dernier le leur rend bien. Pratiquement, tout le pays subit cet ouragan qui, en dépit d’une vieille existence sans risques, a fini par devenir depuis quelques années une tradition bien établie. D’ailleurs, certaines entreprises ont fini par créer un fonds secret destiné à alimenter l’activité de la « tchipa », à instituer une caisse noire en consacrant un budget spécial pour arracher des marchés ou obtenir des contrats.

Des élus locaux et des cadres supérieurs de l’Etat se sont enrichis grâce à cette corruption généralisée. Des réseaux se sont constitués, allant du délit d’initié à la signature de l’ODS (ordre de service), en passant par l’ouverture des plis et l’analyse des offres techniques et financières.

Il n’y a qu’à suivre les récents procès de scandales pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts et surtout des dérives, comme les affaires Khalifa Bank, Sonatrach 1 et 2, autoroute Est-Ouest. En « constitutionnalisant » la lutte contre la corruption, le chef de l’Etat n’a fait que concrétiser sa promesse électorale, inscrite dans son programme.

On se rappelle que dans son discours d’investiture de mai 2014, Bouteflika a affirmé que « d’autres chantiers seront ouverts pour améliorer la qualité de la gouvernance, faire reculer la bureaucratie et promouvoir une décentralisation appuyée sur une démocratie participative qui associera la société civile à la gestion locale ». « Il en sera ainsi, dira-t-il, de la lutte contre les crimes économiques, à leur tête le fléau de la corruption », soulignant qu’il en « sera de même pour protéger les cadres gestionnaires ».

Lors de son premier Conseil des ministres après la présidentielle, Bouteflika a souligné « l’urgence de préserver les deniers publics de tout gaspillage, de lutter contre la corruption et toute forme d’atteinte à l’économie nationale ».

Bien plus marquante est sans doute cette affirmation de Bouteflika à l’adresse des magistrats, quand il dira que « l’engagement de l’Algérie contre le terrorisme est une réalité, il doit en être de même pour la prévention du blanchiment d’argent dans le cadre de la lutte contre la corruption et le crime organisé ».

L’arsenal juridique et législatif est assez riche et conséquent pour permettre aux juges et autres agents publics de mener les investigations nécessaires et surtout de faire aboutir les nombreuses dénonciations et autres enquêtes.

La répression, mais aussi la prévention, comme le recommandent les experts et les consultants des ONG spécialisées dans la lutte contre la corruption dans les pays sous-développés et moins avancés.

De plus, la transition à la hussarde entre un système centralisé administrativement et économiquement vers un autre plus moderne, pragmatique et surtout transparent et participatif exige une volonté politique à toute épreuve.

C’est sans doute cette exigence qui poussa le président Bouteflika à « constitutionnaliser » ce combat à travers la révision, en instituant un organe national de prévention et de lutte contre la corruption. A cet effet, l’article 173-5 du projet de révision constitutionnelle stipule qu’il est « institué cet organe (…), autorité administrative indépendante, placée auprès du président de la République.

Cet organe « jouit de l’autonomie administrative et financière », et que cette indépendance est garantie par la prestation de serment de ses membres et fonctionnaires, ainsi que par la protection qui leur est assurée contre toute forme de pression ou d’intimidation, de menaces, outrages, injures ou attaques de quelque nature que ce soit ».

L’alinéa 6 énonce que cet organe « a pour mission de proposer et de contribuer à animer une politique globale de prévention de la corruption, consacrant les principes de l’Etat de droit et reflétant l’intégrité, la transparence ainsi que la responsabilité dans la gestion des biens et des deniers publics ».

Cet organe s’ajoute donc à d’autres mécanismes et leviers mis en place auparavant, mais dont le succès et surtout l’apport restent insuffisants, comme l’Office central de répression de la corruption (OCRC), créé en 2011 et devenu opérationnel en 2013, ou l’Organe national de prévention et de lutte contre la corruption (ONPLC), actif depuis 2011 et dont le rôle est d’assurer la coordination et le suivi des actions en se basant sur des rapports réguliers, assortis de statistiques et d’analyses relatives au domaine de la prévention.

Aujourd’hui, il semble bien que les pouvoirs publics, à travers le premier magistrat du pays, sont décidés à en découdre. Volonté politique bien plus visible à travers ces projets et les nombreuses instructions, la lutte contre ce fléau est devenue une nécessité sociale qui dépasse bien plus l’exigence éthique ou religieuse.

Nécessité de mettre fin aux comportements maffieux, aux attitudes corruptibles et corruptrices et d’établir surtout une transparence à toute épreuve dans tous les rapports ayant trait aux deniers publics et à l’argent du peuple.

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