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Vives critiques contre l’accord maritime turco-libyen

Vives critiques contre l’accord maritime turco-libyen

Les tensions montent en Méditerranée oriantale. Avec l’accord maritime turco-libyen, signé le 27 novembre dernier, la Turquie et la Libye, par la voix du chef du Gouvernement d’Union nationale (GNA), Fayez al-Sarradj, entendent sceller une alliance en faisant d’une pierre deux coup. Mettre à mal l’Egypte qui soutient le maréchal Khalifa Haftar, à l’Est du pays, sur le terrain libyen lui-même et en Méditerranée par rapport aux gisements off-shore de gaz et nuire aux intérêts de la Grèce, son grand rival, dans la région. Mais le plus surprenant dans cette affaire qui en cache plusieurs autres, c’est que la Libye ne partage pas de frontières maritimes avec la Turquie.

Erdogan et al-Sarradj se sont rencontré deux fois en quelques jours. Entre ces rencontres, le Premier ministre libyen s’est rendu à Doha pour un entretien avec l’émir du Qatar. Cet activisme diplomatique s’explique par les tentatives du maréchal Haftar de reprendre l’offensive sur Tripoli. Ainsi, le GNA a trouvé un appui militaire auprès d’Ankara qui s’est engagé à envoyer des troupes, selon la déclaration du président turc le 10 décembre. « Si la Libye formule une telle demande nous pourrons envoyer nos personnels (militaires), surtout que nous avons conclu un accord militaire », a déclaré Erdogan.
L’accord « de coopération militaire et sécuritaire » a été signé le 27 novembre lors d’une rencontre à Istanbul entre Erdogan et al-Sarradj. Selon Ankara, ce protocole « est une version plus large » d’un accord-cadre de coopération militaire existant entre les deux parties » et « renforce les liens entre les deux armées ». Fayez al-Sarradj est notamment soutenu par la Turquie et le Qatar.
Mais pour revenir à cette bizarrerie géopolitique qu’est l’accord maritime entre Ankara et Tripoli, le chef de l’Etat turc avait affirmé le 9 décembre que la Turquie et la Libye pourraient mener des activités d’exploration conjointes au large de Chypre, dans une zone qui recèle d’importants gisements de gaz, à la faveur de cet accord. Ce qui supposerait les deux pays partagerait un plateau continental à cheval entre l’Afrique du Nord et l’Asie de l’Ouest, faisant fi de l’existence même de l’Egypte, de la Grèce, de Chypre et d’Israël. Ce qui explique les réactions très vives de ces pays.
Comble de l’ironie, la Turquie a annoncé avoir envoyé l’accord aux Nations unies pour enregistrement. « Nous utiliserons l’intégralité de nos droits conformément au droit international et au droit maritime », a déclaré le président Erdogan lors d’une réunion de son parti, il y a quelques jours, à Istanbul. La réponse de la Grèce ne s’est pas fait attendre.

Le conseil de sécurite interpellé
Athènes « veut que l’accord soit porté à l’attention du Conseil de sécurité de l’ONU afin qu’il puisse être condamné », a déclaré le porte-parole du gouvernement grec Stelios Petsas devant la presse. Le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis a envoyé des lettres séparées soulevant la question auprès du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres et du Conseil de sécurité de l’ONU, a précisé Stelios Petsas.
La Grèce qui, entre temps, a renvoyé l’ambassadeur libyen à Athènes, ne cesse de monter au créneau. Cet accord, qui délimite des frontières maritimes entre la Libye et la Turquie, « ignore la présence des îles grecques dans cette zone maritime, y compris l’île de Crète, et viole leur droit à créer des zones maritimes comme n’importe quel territoire terrestre », a écrit l’ambassadrice grecque aux Nations unies, Maria Theofili, dans une lettre au secrétaire général de l’ONU.
« La Turquie et la Libye n’ont ni zones maritimes superposées ni frontières communes et par conséquent, il n’y a aucune base juridique pour conclure légalement un accord de délimitation maritime », peut-on encore lire dans ce courrier daté du 9 décembre. Il a été conclu « de mauvaise foi », selon le porte-parole du gouvernement grec, et demeure « invalide car il n’a pas été approuvé par le Parlement libyen », contrôlé par une faction rivale du gouvernement de Tripoli, en plus de la menace que fait peser le maréchal Haftar sur la capitale Tripoli.
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a estimé pour sa part que l’accord « a déjà entraîné l’isolement diplomatique de la Turquie ». L’accord a été « dénoncé par les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Égypte et Israël », avait-il dit devant le Parlement grec. Le Premier ministre doit rencontrer Donald Trump à la Maison Blanche le 7 janvier prochain.
Son ministre des Affaires étrangères Nikos Dendias, en contact avec ses partenaires européens et avec l’Égypte sur ce dossier, a estimé que la Turquie avait fait du « chantage » à la Libye pour signer cet accord. Il a jugé sur la chaîne télévisée ANT1 que l’entente turco-libyenne était « clairement » liée aux revers subis par le gouvernement de Tripoli face au maréchal Haftar. D’ailleurs, Athènes affirme que le président du Parlement libyen Aguila Saleh, allié du maréchal Haftar, est « contre cet accord ».
Un début d’explication par rapport à l’engouement de Fayez al-Sarradj pour la Turquie. L’affirmation de Seif al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien Guide Mouamar Kadhafi sur son compte Twitter. « Pour ceux qui ne connaissent pas qui est Fayez al-Sarradj, l’agent de la Turquie, c’est Fayez Fawzi Mohamed Agha (de la ville de Magnésia en Turquie). Son grand père était officier dans l’armée turque, ce qui explique sa trahison de la Libye en faveur de la Turquie », a écrit Seif al-Islam Kadhafi hier sur son compte.
Une deuxième explication. La pression de Haftar, aidé par l’Egypte, les Emirats arabes unis et la Russie, ces deniers jours sur Tripoli, ont poussé le Premier ministre du GNA a joué son va-tout avec la Turquie et le Qatar afin de sauver son gouvernement d’une défaite qui surviendrait en cas de reprise de l’offensive des troupes de Haftar sur la capitale. D’où l’accord maritime, une sorte de concession d’al-Sarradj pour garantir l’appui turc.
Chose est sure : l’accord entre Erdogan et al-Sarradj est incompatible avec les dispositions de la convention de Montego Bay de 1982 qui régit le droit maritime international. Les deux pays n’étant pas contigüe, ni n’ont de frontières communes terrestres et maritimes, ne peuvent pas se partager le plateau continental de la Méditerranée orientale. Au-delà de la bizarrerie géopolitique, ça serait clairement une hérésie diplomatique.
 

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