Visite de Sayoud à Paris : Le rapprochement algéro-français à l’épreuve des crispations politiques
Alors que le ministre de l’Intérieur algérien est à Paris pour relancer la coopération bilatérale et aborder les questions épineuses des visas et des extraditions, sa présence suscite déjà l’agitation de l’extrême droite française. Décryptage d’une visite haute tension qui vise à tourner la page de deux ans de froid diplomatique.
C’est le premier déplacement d’un ministre algérien en France depuis plus de deux ans. Signe d’un dégel dans les relations algéro-françaises, le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, effectue depuis hier une visite de travail à Paris, accompagné d’une délégation de haut niveau.
Bien qu’aucune information officielle n’ait filtré sur les sujets précis qui seront traités entre M. Sayoud et son homologue français, Laurent Nuñez, tout porte à croire que l’agenda est particulièrement chargé. Les discussions devraient notamment porter sur la coopération sécuritaire, la lutte contre le terrorisme, la grande criminalité transfrontalière ainsi que sur la gestion de l’immigration clandestine.
Au cœur des entretiens entre les deux ministres, la coopération consulaire sera également abordée. Il s’agit sans doute du point le plus sensible, concernant la levée ou l’allègement des restrictions en matière de délivrance des visas et de circulation des détenteurs de passeports diplomatiques ou de service. Ces mesures avaient été prises par le prédécesseur de M. Nuñez dans le but d’attiser les tensions entre l’Algérie et la France et de saborder toute amorce de dialogue ou d’apaisement. Il convient de rappeler que ces restrictions ont considérablement freiné les déplacements des officiels et bloqué, de longs mois durant, les canaux consulaires habituels.
Comme à l’accoutumée, la droite dure et l’extrême droite françaises tentent de parasiter ce déplacement ministériel et de faire pression sur le locataire de Place Beauvau. Prétexte traditionnel servant de soubassement à leur idéologie xénophobe et foncièrement anti-algérienne, l’immigration est une nouvelle fois agitée par ces mouvances comme un épouvantail politique, dissimulant à peine des desseins purement électoraux.
Après Bruno Retailleau, sorti de ses gonds la veille en multipliant les déclarations hostiles, c’est au tour du président du Rassemblement national, Jordan Bardella, de s’agiter sur les plateaux de télévision. Ce dernier a de nouveau martelé que « le premier moyen pour rétablir la sécurité en France, c’est d’arrêter l’immigration », insinuant de manière outrancière qu’elle serait à l’origine de tous les maux sociaux du pays. Le programme politique de ce parti se résume à une rhétorique simpliste : expulser massivement, stopper les flux et afficher une fermeté pénale absolue.
Cependant, malgré ces agitations délétères, de nombreux observateurs soulignent que le déplacement du ministre Sayoud ouvre de nouvelles perspectives pour la résolution des multiples contentieux en suspens entre Alger et Paris. Plus qu’un simple réchauffement, cette visite pourrait paver la voie à d’autres initiatives d’envergure en faveur du rapprochement bilatéral.
Pour Saïd Sayoud, il s’agit aussi de porter haut les attentes d’Alger sur des dossiers hautement stratégiques, à l’instar de la récupération des avoirs et des fonds publics détournés sous l’ère de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, ou encore des demandes d’extradition visant des individus condamnés par la justice algérienne.
Pour rappel, ce voyage de M. Sayoud à Paris intervient après une série de visites de trois ministres français à Alger : celle du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, suivie de celle de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, et enfin, plus récemment, celle du ministre de la Justice et garde des Sceaux, Gérald Darmanin.