Violences urbaines: Le plan Sayoud pour briser les gangs
Face à la montée en puissance des bandes de quartiers, l’heure est à la contre-offensive. En installant officiellement la Commission nationale de lutte contre ce fléau, le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, a sonné la fin de l’approche classique. Désormais, la riposte de l’État s’articulera autour d’un nouveau paradigme : une prévention de terrain musclée et une communication de choc pour briser l’engrenage de la violence urbaine.
Dans une allocution ce mardi, le ministre n’a pas minimisé l’ampleur du phénomène, qualifié de « véritable fléau social ». Il a relevé des mutations profondes dans la nature de ces bandes, désormais plus structurées, mieux organisées et animées par des objectifs qui dépassent la simple délinquance. « Il ne s’agit plus d’actes isolés, mais de groupes cherchant à imposer leur emprise au sein des quartiers, en instaurant un climat de peur et d’insécurité », a-t-il averti.
La commission nouvellement installée se voit confier une mission stratégique : élaborer une feuille de route nationale à même d’endiguer durablement ce phénomène. Cette stratégie devra s’articuler autour de plusieurs leviers, à commencer par le renforcement des dispositifs de veille et d’alerte précoce, mais aussi par l’intensification des actions de sensibilisation.
L’objectif est de préserver la sécurité publique et protéger les citoyens, tout en agissant en amont pour dissuader l’adhésion des jeunes à ces groupes. Dans cette optique, la coordination entre les différents secteurs est appelée à être consolidée, notamment en lien avec les politiques publiques relatives à la jeunesse, au logement et à l’insertion sociale.
Même si les services de sécurité demeurent mobilisés sur le terrain, M. Sayoud a insisté sur le fait que « la véritable bataille est celle de la prévention ». Une orientation qui traduit la volonté des pouvoirs publics de traiter les causes profondes du phénomène, plutôt que de se limiter à ses manifestations visibles.
Le ministre a, dans ce sens, mis en avant l’importance d’un travail de fond, axé sur l’accompagnement social et éducatif des jeunes, considérés comme les premières cibles de ces réseaux.
L’autre axe évoqué est l’impact des réseaux sociaux. Devenus des espaces d’influence majeurs, ces plates-formes façonnent désormais comportements et représentations. D’où l’appel du ministre à développer un discours préventif « parlant le langage des jeunes », capable de capter leur attention et de contrer les discours de dérive.
Il s’agit, selon lui, d’investir ces canaux pour diffuser des messages de sensibilisation efficaces et promouvoir des valeurs positives, à même de faire barrage à la banalisation de la violence.
S’adressant aux membres de la commission, M. Sayoud a souligné la nécessité d’obtenir des résultats concrets. Il a exhorté à faire de cette instance un véritable « espace dynamique d’initiatives » et une « force de proposition » en mesure d’anticiper les évolutions du phénomène et d’y apporter des réponses adaptées.
Le ministre a fixé la barre en soulignant que la réussite de cette commission sera mesurée à son impact sur le terrain, notamment à travers la réduction des actes de violence, la restauration du sentiment de sécurité dans les quartiers et l’ouverture de nouvelles perspectives pour les jeunes. Il a rappelé que la lutte contre les bandes de quartiers ne peut être l’apanage des seules institutions sécuritaires. Elle implique l’ensemble des acteurs sociaux, de la famille à l’école, en passant par les médias, les mosquées et la société civile.
Une approche globale, coordonnée et inscrite dans la durée, que les pouvoirs publics entendent désormais traduire en actions concrètes sur le terrain.