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Monde

Vingt ans de guerre en Afghanistan, l’échec de l’interventionnisme américain

Vingt ans de guerre en Afghanistan, l’échec de l’interventionnisme américain

Le commandement américain en Afghanistan a affirmé récemment que les troupes américaines et de l’OTAN seront tirées de l’Afghanistan avant la date du 11 septembre 2021. Ce qui sonne la fin précipitée d’une guerre qui a duré 20 ans, laissant derrière un pays, l’Afghanistan, cicatrisé.

Il y a 20 ans, sous couvert de la lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis avaient déclenché la guerre en Afghanistan, causant d’importantes pertes en vies humaines et de lourds dégâts matériels. Selon les statistiques de l’Université de Boston, depuis 2001, la guerre en Afghanistan a fait quelque 241 000 morts, dont plus de 71 000 civiles. A Kaboul, capitale afghane, les explosions et attaques terroristes étaient devenues monnaie courante. C’est une vie difficile que les Afghans étaient malheureusement obligés d’accepter.

Catastrophique. Il y a bien entendu les 165 000 morts au moins, les millions de blessés et de déplacés. Un bilan aussi terrible que les résultats politiques sont nuls. Le pari des néoconservateurs américains d’implanter la démocratie par la force des baïonnettes et des dollars était une illusion, à l’image de la présidence d’Hamid Karzaï (2004-2014), qui a concentré incompétence et corruption.

Certes, les camps afghans d’al-Qaïda ont été rasés et l’organisation éclipsée. Mais c’est davantage parce que sa stratégie de soulever les masses musulmanes, grâce à des attentats spectaculaires en Occident, a échoué et qu’un nouvel acteur, Daech, a pris sa place. Quant à Ben Laden, il a été tué en 2011… au Pakistan.

Malgré le déploiement de jusqu’à 150 000 militaires (en 2012), pour épauler l’armée du gouvernement de Kaboul, la coalition internationale n’a jamais pu éradiquer la guérilla. Les talibans, qui mixent fondamentalisme musulman et nationalisme pachtoune (l’ethnie majoritaire) font partie de l’équation afghane. Créé et armé par le Pakistan, auquel il a depuis largement échappé, le mouvement taliban était arrivé au pouvoir en 1996 en mettant fin aux guerres des chefs de milices ethniques qui ravageaient le pays.

Ainsi, la mort peut arriver à tout moment, le développement social connaît la stagnation. Aujourd’hui, l’Afghanistan demeure l’un des pays les moins avancés du monde. Selon les chiffres de la Banque asiatique du Développement, 54, 5% des Afghans vivent au-dessous du seuil de la pauvreté, tandis que 40, 1% de la population active vivent avec moins de deux dollars par jour.

Ce qui est plus incroyable c’est que les Talibans, raison principale du déclenchement par les Etats-Unis de la guerre en Afghanistan, ne cessent de monter en puissance malgré les attaques américaines. Les Talibans sont maintenant une menace sérieuse contre le gouvernement afghan soutenu par les Américains. Le Council for Foreign Relations américain a reconnu, début 2021, que les Talibans afghans sont devenus plus puissants depuis l’invasion américaine en Afghanistan, en 2001.

La Brookings Institution craint que la guerre civile actuellement en Afghanistan ne se transforme en une guerre sanglante sans fin suite au retrait total des troupes étrangères dans ce pays.

Dr. Sajjan Gohel de l’Asia Pacific Foundation s’est montré encore plus pessimiste. Pour lui, l’Afghanistan risque de devenir l’incubateur de l’extrémisme un peu à l’image de la situation qui a prévalu dans les années 90.

Ces résultats catastrophiques qui se profilent à l’horizon en Afghanistan, sonnera sans doute la défaite définitive des Etats-Unis qui auront lancé la guerre en Afghanistan sans la terminer. Ce sera aussi un constat d’échec en matière d’implémentation de la soi-disant « démocratie américaine ».

Au demeurant, l’intervention américaine en Afghanistan n’aura été qu’une manière d’exporter le chaos et d’ingérer dans les affaires intérieures de ce pays. Que l’Afghanistan redevienne une terre fertile aux forces terroristes, cela représentera la plus grande ironie de cette longue guerre lancée par les Américains.

La guerre en Afghanistan n’est que la partie visible de l’iceberg qui révèle les intentions des Etats-Unis d’intervenir et de semer les troubles partout à travers le monde. C’est le cas de l’Irak, de la Syrie, de la Libye et d’autres pays agressés militairement par les Etats-Unis qui sont actuellement plongés dans le chaos politique, la récession économique à laquelle s’ajoute la misère de leurs populations. La communauté internationale est lucide : sous prétexte de la « démocratie », les Etats-Unis interviennent dans les affaires intérieures des autres pays ; hissant le drapeau des « droits de l’homme », le pays fabrique le désastre en matière des droits de l’homme. Tous ces faits ont fait des Etats-Unis le plus grand fauteur de troubles dans le monde.

Il est à noter que le retrait des troupes américaines en Afghanistan décidé par l’actuelle administration américaine n’est pas un fait isolé. Derrière cette décision, se cache la volonté des Etats-Unis de se concentrer dans d’autres affaires beaucoup plus prioritaires pour eux, notamment les questions de la Chine.

Le fait de vouloir se déconnecter de l’Afghanistan pour « réagir » aux soi-disant menaces qui viendraient de la Chine, montre à l’évidence que les décideurs américains se font toujours prisonniers de la mentalité de la guerre froide. De l’ingérence armée à la confrontation idéologique, l’hégémonie américaine déstabilise le monde comme elle déstabilise également les Etats-Unis.

Aucune parole qui sortirait de la bouche des Etats-Unis pour justifier leur présence en Afghanistan, ne sera en mesure d’occulter l’absurdité, l’atrocité et la défaite de cette guerre. Impossible d’oublier les crimes des Etats-Unis qui ont sapé les efforts de paix dans le monde.

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