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Nationale

Villepin a-t-il agacé les Algériens ?

Villepin a-t-il agacé les Algériens ?

Près de soixante ans après l’indépendance, le sujet est toujours tabou. Et les rancœurs sont souvent légitimes…

Même s’il y a mis les formes de peur de froisser la sensibilité à fleur de peau des autorités algériennes, beaucoup trop pointilleuses sur la question du retour des harkis en Algérie, Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, a appelé « à la réconciliation des Algériens, des harkis et des Pieds-noir » à travers des « gestes ambitieux », comme la « levée de l’obligation de visas pour les deux dernières catégories » citées qui « continuent d’aimer l’Algérie et souhaiteraient s’y rendre, peut-être une dernière fois, avant que leur génération ne s’efface à jamais », a-t-il avancé lors de la conférence qu’il a donnée mardi dernier à Alger, à l’École supérieure algérienne des affaires (ESAA) sous le thème « Réconcilier les silences : donner sa parole pour la paix. » L’ex-chef de gouvernement français est allé jusqu’à citer une phrase du président Emmanuel Macron prononcée lors de sa première visite officielle en Algérie pour appuyer ses propos : « Ce sont tant de natifs d’avant 1962 (harkis) qui continuent d’aimer l’Algérie et souhaiteraient s’y rendre, peut-être une dernière fois, avant que leur génération ne s’efface à jamais. Un geste de l’Algérie sur la levée d’obligation de visa pour ces personnes n’en aurait que plus de poids. » Le conférencier, pour prouver sa bonne foi et éviter ainsi d’être partial dans son plaidoyer tentera d’atténuer la demande en prônaut la constitution d’une institution commune entre l’Algérie et la France pour recueillir « les témoignages d’une génération qui est en train de disparaître et d’emporter avec elle une partie vivante de cette mémoire collective » que partagent Algériens et Français de l’époque de la colonisation française de l’Algérie : « Il n’y a que la parole qui guérit et qui ouvre la voie au pardon. Réconcilier les silences c’est aller au bout de ce qu’il y a à se dire, agir ensemble en donnant, tout d’abord, la parole aux témoins et ainsi à l’histoire. Nous avons besoin de parole claire, forte et qui a un sens », a-t-il ajouté. Selon lui, la France et l’Algérie « entretiennent des rapports complexes et passionnels faits de déchirements, de rapprochements et de silences et nous commençons tout juste à sortir de cette logique d’enfermement près de six décennies après l’indépendance », a-t-il noté avant de poursuivre : « La réconciliation entre les peuples, entre Algériens et Français notamment, passe aussi par un dialogue sincère. » La première réaction est venue du SG du FLN, Djamel Ould Abbès, qui a opposé un niet catégorique au souhait exprimé par Emmanuel Macron de voir les harkis et leurs familles « revenir dans les terres qui les ont vus naître. Pour nous, un harki reste un harki. Ils ont fait un choix, celui de combattre aux côtés de la France, au moment où nos enfants, nos mères, nos pères étaient bombardés par le napalm », dit-il. Si pour l’instant les hautes autorités algériennes n’ont pas réagi, il faut s’attendre à des levées de boucliers de la part de ceux qui croient détenir le monopole de parler sur la guerre d’Algérie. Près de soixante ans après l’indépendance, le sujet est toujours tabou.

Les rancœurs sont souvent légitimes. On se rappelle des propos du président Bouteflika qualifiant les harkis de « collabos », mais aussi d’autres propos plus apaisés, comme à Oran, où il a dit : « Le traitement du dossier des familles des harkis après l’indépendance est l’une des plus graves erreurs commises dans le passé. Nous avons suscité en eux un sentiment de haine et de rancœur, portant ainsi un préjudice au pays. » Il parlait des enfants de harkis devenus membres du FIS puis terroristes pour venger le sort réservé à leurs parents.

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