UNESCO : Le GEHIMAB (Béjaïa) intègre le cercle restreint des ONG expertes
Trente ans d’efforts récompensés pour l’association scientifique de Béjaïa. En devenant partenaire officiel de l’UNESCO, le GEHIMAB prend du galon et évaluera désormais les candidatures au patrimoine immatériel de l’humanité, tout en continuant à valoriser les trésors historiques et archéologiques de la Kabylie. Une consécration historique qui place l’association parmi les 59 structures mondiales dotées de ce statut, dont seulement quatre sur le sol algérien.
Cette accréditation officielle ne doit rien au hasard : elle couronne trois décennies de recherches de terrain et de rigueur académique. Pour valider ce statut, l’institution onusienne a scrupuleusement évalué la transparence managériale, la solidité structurelle et la crédibilité de l’association.
Cette alliance s’est forgée dès 1996 à travers des programmes de recherche conjoints, avant de se consolider en 2000 autour d’un projet théâtral d’envergure dédié à Leonardo Fibonacci, soutenu par les commissions nationales algérienne et italienne. Au fil des ans, le GEHIMAB s’est imposé comme une référence en publiant des travaux traduits en une douzaine de langues, mettant en lumière l’histoire des sciences et l’évolution des idées au sein de la wilaya de Béjaïa, de l’Algérie et, plus largement, des espaces maghrébin et méditerranéen.
« Cette reconnaissance internationale est un accomplissement majeur qui vient couronner 30 ans d’efforts continus », se réjouit le président de l’association, le professeur Djamil Aïssani.
De la robe kabyle au patrimoine mondial
Désormais investi d’une fonction de consulting stratégique, le groupe agira en qualité d’expert international pour le compte de l’UNESCO. L’association aura ainsi la prestigieuse mission d’évaluer les dossiers de candidature soumis par les États désireux d’inscrire leurs biens au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Sur le plan national, cette expertise pointue est déjà à l’œuvre. L’association a récemment collaboré avec le ministère de la Culture pour porter un dossier hautement symbolique : l’inscription de la robe kabyle et de ses bijoux en argent émaillé. En plus d’apporter son éclairage sur l’orfèvrerie de la région, le GEHIMAB a rédigé la lettre de recommandation officielle requise par l’UNESCO. Selon le professeur Aïssani, « ce dossier, déposé par l’Algérie, devrait être examiné en 2028 dans le cadre d’une stratégie globale de sauvegarde et de visibilité du patrimoine immatériel national ».
Un « musée-circuit » dans la vallée de la Soummam
Loin de se contenter de ce succès, le GEHIMAB prépare déjà son prochain grand chantier : la création d’un ambitieux musée-circuit dans la haute vallée de la Soummam. Ce projet à vocation culturelle et touristique englobera 15 communes réparties autour de la région d’Akbou, prévoyant une halte thématique dans chaque localité.
Conçu pour attirer chercheurs, intellectuels et touristes, ce parcours mettra en valeur la pluralité historique de la région. Il mettra en lumière son patrimoine spirituel, illustré par les zaouïas Boudaoud de Tazmalt et Sidi-Yahia El-Aïdli de Tamokra, ainsi que son patrimoine préhistorique porté par la célèbre grotte du mont Gueldamen à Akbou, un site archéologique exceptionnel datant de 8 000 ans avant J-C.
Le circuit valorisera également les vestiges antiques et industriels de la vallée, notamment les sites de Tavlazt (Tazmalt), Mellakou (Seddouk), le célèbre chemin des Moulins à céréales (Ighzer n Tisyar), ainsi que l’aqueduc romain de Saldae, un chef-d’œuvre d’ingénierie antique qui acheminait l’eau depuis les sources de Toudja jusqu’à l’actuelle Béjaïa.