-- -- -- / -- -- --
Monde

Une zone tampon à l’intérieur du territoire syrien

Une zone tampon à l’intérieur du territoire syrien

La Turquie a affirmé hier que son offensive contre les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le groupe terroriste Etat islamique (EI) pourrait « changer l’équilibre » dans la région, alors qu’Ankara est accusé d’avoir bombardé les Kurdes de Syrie. Ce qui complique davantage toute action turque susceptible d’être perçue comme un nouvel impérialisme chez les populations syriennes et irakiennes qui ont supporté le joug ottoman durant cinq siècles.

En effet, l’optimisme d’Ankara est loin d’apporter les solutions nécessaires aux grands maux de la région. Des maux que la Turquie a contribué à entretenir par des années de laxisme en faveur des groupes terroristes qui activent en Syrie, mais surtout son acharnement à vouloir renverser par la force et contre toute logique le gouvernement syrien légitime.

Et la déclaration d’Ahmet Davutoglu a de quoi laisser perplexe. « La présence d’une Turquie susceptible d’utiliser efficacement la force peut permettre de changer l’équilibre en Syrie, en Irak et dans toute la région », a déclaré le Premier ministre turc dans un entretien publié par la presse.

A la pointe du combat contre les terroristes sur le sol syrien, les milices kurdes syriennes ont accusé hier les blindés turcs d’avoir ouvert le feu deux villages de la province d’Alep (nord de la Syrie) tenus par ses combattants, blessant quatre d’entre eux. Ces tirs ont été confirmés par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une ONG qui dispose d’un large réseau de militants en Syrie. Ce qui équivaut à une agression turque contre le territoire syrien.  « Au lieu de s’en prendre aux positions occupées par les terroristes de l’EI, les forces turques attaquent nos positions de défense », ont dénoncé les Unités de protection du peuple (YPG) kurdes dans une déclaration. « Nous disons à l’armée turque de cesser de tirer sur nos combattants et leurs positions ».
Mais un responsable turc a démenti ces informations. « Le PYD (principal parti kurde de Syrie), comme d’autres, ne fait pas partie des objectifs de nos opérations militaires », a-t-il assuré sous couvert de l’anonymat. « Il est impossible que ce village ait été bombardé », a insisté un responsable du ministère turc des Affaires étrangères, qui a précisé que le bombardement turc avait répondu à des tirs venus de la Syrie.

Ce nouveau développement survient alors que la Turquie est passée à l’offensive contre l’EI en menant des raids aériens contre ses positions en Syrie.

Longtemps accusée de complaisance envers les groupes radicaux qui combattent le gouvernement légitime de la République arabe syrienne, le gouvernement turc a opéré un virage après l’attentat suicide meurtrier, attribué aux djihadistes, qui a fait 32 morts parmi des militants de la cause kurde dans la ville de Suruç (sud).
« Nous ne voulons pas voir Daech à la frontière turque », répété Ahmet Davutoglu. « Nous n’enverrons pas de troupes terrestres », a-t-il toutefois ajouté. Une affirmation qui peut ne pas résister à la feuille de route américaine qui envisage de concéder à la Turquie une zone tampon à l’intérieur du territoire syrien afin de sécuriser ses frontières.

D’ailleurs, cette question se précise davantage. Ainsi, les Etats-Unis et la Turquie ont décidé de travailler conjointement à « débarrasser » le nord de la Syrie, le long de la frontière turque, du groupe Etat islamique (EI), a annoncé hier un responsable. « Le but est d’établir une zone débarrassée de l’EI et d’améliorer la sécurité et la stabilité le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie », a déclaré ce responsable.

Le mot « zone » et lâché ! Washington et Ankara s’apprêtent vraisemblablement à « nettoyer » les frontières turco-syriennes des éléments terroristes. Le but est double : assécher les sources d’approvisionnement des terroristes et couper les points de passage, mais surtout pour la Turquie prévenir une éventuelle entité kurde qui viendrait se greffer sur son flanc Sud selon le modèle du Kurdistan irakien. Une hantise pour les Turcs qui anticipent en bombardant les Kurdes du PKK.
Ainsi, Ankara a ordonné une série de bombardements contre les bases arrières du PKK dans le nord de l’Irak. Dimanche soir encore, les F-16 turcs ont mené une nouvelle série de frappes contre des cibles rebelles.

Dans la foulée de l’attentat de Suruç, le mouvement kurde a revendiqué une série d’attaques meurtrières contre des policiers et des soldats turcs. Et quelques heures après les premiers raids turcs, il a proclamé la fin de la trêve qu’il respectait depuis 2013 et revendiqué en représailles la mort de deux soldats, tués dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie par une voiture piégée.
« Ces attaques menacent la démocratie », a expliqué le Premier ministre turc.

Dans cet entretien réalisé samedi, Ahmet Davutoglu a assuré n’entretenir aucune animosité particulière contre les Kurdes de Syrie. Son problème est tout simplement avec l’ensemble des Kurdes, surtout ceux de Turquie.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email