Une wilaya sinistrée: Jijel au cœur de l’apocalypse de feu
Alors qu’un deuil national de trois jours a été décrété par la présidence de la République face à la violence inouïe des brasiers ravageant le nord et l’est du pays, la wilaya de Jijel paie un tribut particulièrement lourd. Entre pertes humaines tragiques, anéantissement de la faune et de la flore locales, et mobilisation générale des secours, le pays mesure une fois de plus la vulnérabilité dramatique de ses massifs forestiers face aux dérèglements climatiques.
Depuis plusieurs jours, le nord-est de l’Algérie traverse des heures sombres d’une intensité rare, transformant des paysages verdoyants et luxuriants en immenses étendues de cendres. La wilaya de Jijel, joyau de la côte méditerranéenne caractérisé par son relief escarpé et sa biodiversité riche, se trouve au cœur de cette catastrophe écologique.
Attisés par des conditions météorologiques extrêmes, combinant vagues de chaleur caniculaire et vents violents venus du sud du pays, les foyers se sont multipliés avec une fulgurance déconcertante, prenant de court les riverains et les autorités locales.
Les flammes, d’une hauteur impressionnante, selon le constat sur plance, ont dévoré des habitations entières dans plusieurs communes telles que Taksana, Ziama Mansouriah, El Milia, Sidi Maarouf, Ouled Yahia Khedrouche, Boudriaa Beni Yadjis, Ouled Rabah, Selma Benziada, Bousif Ouled Askeur et Chekfa, contraignant des milliers d’habitants à fuir dans l’urgence la plus absolue au milieu d’épais nuages de fumée noire. Les moins chanceux, piégés par les flammes rapides et expéditives, ont péri dans leurs hameaux.
Le bilan humain de ce drame s’avère lourd et bouleversant. Le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, dépêché d’urgence sur les lieux, a confirmé un décompte macabre à travers les wilayas sinistrées, avec au moins une trentaine de décès enregistrés dans la seule wilaya de Jijel, s’ajoutant aux victimes de Béjaïa et de Tizi Ouzou. Les structures hospitalières de la région, à l’instar de l’établissement public hospitalier Bachir-Mentouri d’El Milia visité par le Premier ministre Sifi Ghrieb venu s’enquérir de la situation, ont accueilli un flux incessant de blessés et de personnes intoxiquées par les fumées épaisses, dont plusieurs cas critiques nécessitant des transferts rapides vers des structures spécialisées et un accompagnement psychologique soutenu pour surmonter le choc traumatique.
L’anéantissement de la faune et des écosystèmes
Au-delà des vies humaines brisées et des infrastructures anéanties, c’est tout un patrimoine naturel et une biodiversité irremplaçable qui partent en fumée. Les massifs forestiers de Jijel, abritant une faune sauvage riche et des écosystèmes fragiles, subissent une saignée écologique incommensurable.
Des milliers d’hectares de maquis, de chênes-lièges et de pinèdes ont été réduits en néant, décimant instantanément les habitats naturels de nombreuses espèces endémiques sans évoquer les champs maraichers et les oliviers. Pris au piège de l’avancée fulgurante des flammes et asphyxiés par les fumées suffocantes, de nombreux animaux n’ont pu échapper au brasier, illustrant la violence aveugle de ce cataclysme environnemental.
Les experts en écologie soulignent que la disparition de cette faune et le dépérissement de la couverture végétale auront des répercussions durables sur l’équilibre écologique de la région. La destruction des sols forestiers, conjuguée aux futures intempéries automnales, fait planer la menace imminente de glissements de terrain et d’érosion massive, aggravant le calvaire des populations locales.
Face à cette situation d’urgence absolue, les services de la Protection civile, appuyés par les moyens colossaux de l’Armée nationale populaire incluant des avions bombardiers d’eau de type BE-200 et des appareils AT-802 ainsi que des hélicoptères Mi-26, mènent une lutte acharnée pour circonscrire les derniers foyers actifs et préserver ce qui peut encore l’être.
Un engagement de l’État au plus haut niveau
Suite à ce drame, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a décrété un deuil national de trois jours marqué par la mise en berne de l’emblème national et l’annulation de toutes les festivités, témoignant de la solidarité de toute la nation avec les familles endeuillées et les populations sinistrées.
Ce nouveau drame national relance avec une acuité poignante la question de la vulnérabilité chronique de l’Algérie face aux incendies de forêt récurrents, exacerbés par les changements climatiques globaux.
Les mémoires collectives restent profondément marquées par le traumatisme de juillet 2023, une période sombre où plus de trente personnes avaient péri dans la seule région de Béjaïa, consumant des milliers d’hectares de terres agricoles et de massifs forestiers. Chaque été, le scénario tragique se répète, alimenté par des épisodes de sécheresse prolongée et des canicules de plus en plus intenses.
Dès le mois de juillet de cette année, près de deux mille feux avaient déjà été recensés à travers l’ensemble du territoire national, témoignant d’une pression climatique et humaine extrême sur les écosystèmes forestiers.
Si les enquêtes judiciaires ordonnées par les autorités visent à déterminer les responsabilités et à traquer l’origine criminelle potentielle de certains départs de feu, la prévention et l’adaptation aux réalités climatiques s’imposent désormais comme des impératifs vitaux. La nation entière, unie dans le recueillement et l’épreuve, retient son souffle en espérant la maîtrise définitive de ces incendies dévastateurs.