Une première historique : Le Pape Léon XIV sur les traces de Saint Augustin
La visite est historique. C’est une première pour un souverain pontife en Algérie. Le Pape Léon XIV est attendu demain à Alger pour un séjour de trois jours, qui va le conduire jusqu’à Annaba. Depuis son élection, il y a presque un an, le Pape a déjà visité deux pays musulmans, la Turquie et le Liban.
Avec son déplacement en Algérie, le Pape a montré une autre politique dans ses rapports avec le monde musulman. Léon XIV a toujours privilégié l’établissement d’une nouvelle vision chrétienne, humaniste, éprise de paix et d’amour de l’autre, quelle que soit sa foi ou sa religion.
La visite pontificale en Algérie était dans l’air depuis son élection au Vatican, car Léon XIV n’avait nullement caché son intention de venir en Algérie pour une visite à la fois spirituelle, diplomatique, mais aussi très personnel. Il a révélé, à maintes reprises, son souhait de se rendre sur les lieux de vie de son penseur spirituel en Algérie.
Imprégné de la philosophie de Saint Augustin et de sa pensée chrétienne, ses premiers mots, le soir même de son élection, était clairs : « Je suis un fils de saint Augustin, un augustinien, qui a dit : « Avec vous je suis chrétien et pour vous évêque. » En ce sens, nous pouvons tous marcher ensemble vers cette patrie pour laquelle Dieu nous a préparés. ». C’est exactement tout le sens du déplacement à Annaba, l’ancienne Hippone, où Augustin, né à Souk Ahras, a officié dans l’Eglise bônoise. Un pèlerinage spirituel sur les traces de ce saint qui avait structuré toute la pensée chrétienne de l’époque à ce jour, grâce à ses livres, notamment Expositions sur les Psaumes, dont le Pape tire encore ses devises épiscopales.
Pour l’archevêque d’Alger, Jean-Paul Vesco, c’est d’abord « un frère qui vient visiter ses frères » et « rencontrer le peuple » d’un pays majoritairement musulman.
Interrogé récemment par des médias français, le cardinal Vesco a été franc et direct dans ses réponses, remettant les choses à leur place, lorsque des milieux anti-algériens n’ont pas hésité à critiquer cette visite, accusant l’Algérie de pays hostile, intégriste et contre la chrétienté. « L’Algérie est infiniment plus complexe que la façon dont elle est perçue depuis la France pour certains. Elle a une histoire ancienne. Le fait que le Pape Léon XIV vienne aussi pour saint Augustin donne une profondeur à cette histoire. Il y a une histoire chrétienne, pré-chrétienne, pré-islamique et pré-colonisation. Tout cela est dans l’âme des Algériens », a déclaré le cardinal à France 24, comme une mise au point sur les prétendues « intolérances algériennes » et sur les clichés abusivement distillés dans les médias d’extrême droite en France.
Ces derniers sont bien sûr gênés, dérangés, offusqués et très mal à l’aise avec cette visite pontificale, pensant que l’Algérie a un intérêt politique et des dividendes diplomatiques à tirer. Ils craignent que ce déplacement ne balaye définitivement leurs vains mensonges.
D’ailleurs, ils n’hésitent point à mêler cette visite du Pape à la crise actuelle entre Alger et Paris, suggérant même d’incroyables médiations sur différents dossiers. La visite ce du président français Emmanuel Macron au Saint-Siège a été abondamment couvert et reliée au déplacement pontifical à Alger, alors que la vision du Pape est « mondiale » et indépendante des enjeux plus complexes concernant deux pays.
Pour l’archevêque d’Alger, « l’Algérie est heureuse et honorée d’accueillir un pape et le fera le mieux possible ».
Pour rappel, dès l’annonce de cette visite en février dernier, l’Algérie a souligné que celle-ci « permettra de consolider les liens d’amitié, de confiance et d’entente unissant l’Algérie et l’Etat du Vatican et ouvrira, sans nul doute, de nouvelles perspectives de coopération, reflétant leur conviction commune quant à la nécessité de bâtir un monde fondé sur la paix et les valeurs du dialogue et de la justice, face aux différents défis actuels auxquels l’humanité est confrontée ».