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Nationale

Une légende saharienne

Une légende saharienne

A In Salah, capitale nationale du vent et du néant, du premier puits de gaz de schiste, les vieilles racontent une belle légende de résistance au mal absolu. Hadjrat El-Anissa, le rocher de la demoiselle, évoque une région où la nature a cette force extraordinaire qui permet à ses habitants d’accomplir
des prouesses inégalables, voire inconnues de leurs propres détenteurs.

D’aucuns s’interrogent sur cette détermination qui anime ces 35 000 habitants qui s’opposent depuis voilà plus de 200 jours aux autorités algériennes.

La main de l’étranger ? Des manipulateurs intra-muros ? In Salah. Géographiquement au cœur de l’Algérie, là où le cœur uni d’une petite minorité a fait rebattre le cœur des Algériens depuis début 2015.

C’est donc au cœur de l’Algérie, aux confins du Tidikelt et dans l’immense plaine du Tademaït, là où le vent souffle à longueur d’année, là où l’ardeur estivale emprunte celle de la géhenne, que vous pouvez apercevoir de loin Hadjret El-Anissa, le rocher de la belle demoiselle recroquevillée qui tourne le dos à son agresseur et dont le corps pétrifié affronte le temps.

C’est dans le pays des bois pétrifiés par excellence, dans le massif rocailleux volcanique de l’Ahaggar que cette renaissance a pris forme. A In Salah, des kilomètres de bois pétrifiés offrent à qui sait regarder le témoignage d’une résistance au temps et à la nature. Les anciens racontent que ce phénomène naturel continue à se produire dans certaines conditions.

Certains se rappellent de la bataille d’In Ghar en 1900 et de la prise de Ksar Bajouda par l’armée française. Cette année-là, des dizaines de dépouilles de moudjahidine ainsi que leurs montures se sont pétrifiées sous le regard ébahis des habitants qui n’en croyaient pas leurs yeux. Leurs dépouilles, qui se trouvaient encore à Taghbara, la forêt surplombant In Ghar, sont à présent au cimetière de Deghamcha, près d’In Salah.

De la légende d’El-Anissa, on connaît peu de choses. A In Salah, où grands et petits vous dévoileront l’existence du site à mots déguisés, on n’ose guère s’en approcher. Mais n’importe qui voudra bien vous y emmener si vous insistez, car dans la ville des soixante-dix marabouts, celle qui porte le nom de Salah – celui qui creusa le premier puits de la contrée –, on sera heureux de vous montrer le rocher de la demoiselle, le site d’une sainte, une saliha qui a su garder sa vertu en se transformant en pierre.

Son auguste rocher a immortalisé un moment de peur extrême d’une jeune fille affolée par l’insistance agressive d’un inconnu. On raconte donc, dans le pays d’In Salah, qu’El-Anissa serait une m’rabta, c’est-à-dire une jeune fille issue de la tribu des m’rabtine.

D’une beauté fabuleuse, le teint mat basané par le soleil, elle aimait sortir au crépuscule admirer le coucher du soleil. Le plus beau moment de la vie de cet astre est celui de sa chute dans ce coin du désert. Et c’est les yeux et le visage fardé de khôl et de nila que la demoiselle partait à la rencontre de la nature. D’El-Anissa, tout le monde était amoureux.

Très convoitée, elle ne manquait pas de demandes en mariage, mais celle-ci voulait un homme d’exception. Elle rejetait toute demande sous prétexte que seul le plus beau, le plus spirituel, le plus riche et le plus pieux des hommes l’épouserait. Sa famille ne voulait pas la forcer mais sa mère n’était pas sans s’interroger sur les raisons de ces atermoiements fussent-ils l’attente du roi des Touareg !

En fait, ce que l’honorable Zinouba ignorait, c’est que sa fille avait entendu parler d’un vénérable imam de la zaouïa de Sali, un village à trois jours de distance à dos de chameau. Un homme d’un grand savoir qui dédiait le plus gros de son temps à l’instruction des gens venus de tout le Sahara.

Un imam soufi de grande renommée dont la jeune fille était tombé amoureuse sans l’avoir vu. Elle attendait patiemment le jour, qu’elle espérait proche, où il viendrait demander sa main.
El-Anissa n’avait pas que sa beauté hors du commun pour plaire, elle était l’une des rares jeunes filles lettrées du pays. Elle avait appris très tôt le Coran et la théologie, en plus des sciences du langage et des poèmes classiques.

Son professeur ne cessait de lui répéter qu’en d’autres temps et d’autres mœurs, sous d’autres cieux, elle aurait été une célèbre savante. Mais le destin réservait un autre avenir à notre héroïne.

Elle ne passait pas son temps à écouter les commérages de femmes, elle lisait beaucoup et dédiait ses fins de journées à la méditation.
Et en attendant cette demande en mariage, dont elle seule avait le pressentiment, elle redoublait ses prières et brûlait bougies et encens de toutes sortes.

Ainsi, dans l’attente que ses vœux les plus chers soient exaucés, El-Anissa consacrait ses journées à faire l’aumône
et la bienfaisance et à tenir compagnie à sa mère qui cultivait un jardin d’aromates, une sorte de potager jouxtant la palmeraie de ses ancêtres, où elle restait jusqu’au crépuscule à cueillir toutes sortes de condiments et de céréales. Sa mère adorait les épices, qu’elle disait filles du soleil. Leur couleur, leur diversité la passionnaient ; aussi, elle essayait d’initier sa fille à sa passion.

El-Anissa adorait ces randonnées, non pas pour les épices mais par amour du grand air et des espaces verts qui l’inspiraient et c’est en cherchant un coin tranquille au-delà des parcelles habituelles que la jeune fille s’est un jour éloignée des siens.

Très loin, bien loin de sa mère, elle marchait vers le soleil couchant et rêvassait quand elle sentit une présence. En fait, un des jeunes du village la suivait depuis un moment à son insu et c’est bien trop tard qu’elle s’en rendit compte. La jeune fille sentant le danger pressa le pas. Les foulées de l’étranger se firent plus appuyées, plus rapides.

Elle courait dans la plaine sans se retourner. Les pas devenaient encore plus proches. Elle croyait son cœur lâché. Ses jambes ne la tenaient plus. Elle réussit tout de même à tourner la tête. Il était là, ce violeur potentiel courant à grandes enjambées. Elle récitait à tue-tête des supplications pour conjurer le sort et faire cesser cette traque infinie.

Pantelante, la jeune fille s’arrêta tout à coup pour se replier, tournant le dos à son poursuiveur ; elle s’est tout d’un coup pétrifiée.

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