Gaspillage scolaire: La seconde vie des cahiers est lancée
À l’approche de la fin de l’année scolaire, le ministère de l’Education nationale relance une initiative devenue incontournable, celle de la collecte des cahiers usagés. Le ministre, Mohamed Seghir Saâdaoui, a officiellement donné le coup d’envoi des préparatifs de la deuxième édition de la campagne nationale de récupération et de recyclage des cahiers et livres non réutilisables, en présence de plusieurs membres du gouvernement et partenaires institutionnels.
Chaque fin d’année scolaire, le même spectacle se répète aux abords des établissements éducatifs : des piles de cahiers abandonnés, parfois déchirés et dispersés, jonchent les trottoirs. Un geste banal pour certains élèves mais qui traduit un véritable problème de comportement et de sensibilisation à l’environnement.
Face à ce phénomène, les autorités entendent réagir en structurant davantage les initiatives de récupération. « Il ne s’agit pas seulement de nettoyer mais d’éduquer », a souligné le ministre Saâdaoui, insistant sur la nécessité d’ancrer des réflexes citoyens durables chez les élèves.
Sur le terrain, ce constat est largement partagé. « Chaque année, je récupère des sacs entiers de cahiers encore utilisables devant le lycée de mon fils. C’est du gaspillage pur et simple », déplore Ahmed, père de deux adolescents. Il estime que les écoles doivent mieux encadrer les élèves à la fin de l’année pour éviter ces scènes.
Même son de cloche chez les élèves. Yacine, lycéen en classe de terminale, reconnaît que « beaucoup jettent leurs cahiers par habitude, surtout après les examens, comme une manière de tourner la page ». Mais il ajoute : « On commence à comprendre que ce n’est pas un bon geste, surtout avec tout ce qu’on entend sur l’environnement. »
Du côté des enseignants, le constat est tout aussi préoccupant. « C’est un phénomène qui se répète chaque année. Malgré les consignes, certains élèves continuent de jeter leurs cahiers dès la fin des examens », observe une enseignante de français dans un lycée public. Elle insiste sur la nécessité d’intégrer davantage l’éducation environnementale dans les programmes, pas seulement à travers des campagnes ponctuelles.
Pour Kamel, professeur de sciences naturelles, le problème est aussi culturel. « Les élèves ne mesurent pas toujours l’impact de leurs gestes. Quand on leur explique que le papier peut être recyclé et réutilisé, certains changent de comportement. Mais cela demande un travail continu », souligne-t-il.
Placée sous le slogan « Campagne nationale de récupération et de recyclage des cahiers usagés », cette opération vise à collecter les cahiers, livres et fournitures scolaires détériorés afin de les réintroduire dans un circuit de transformation encadré par le ministère de l’Environnement.
L’objectif ne consiste pas seulement à réduire le gaspillage mais aussi à promouvoir la culture du recyclage en milieu scolaire. L’expérience de l’année passée semble avoir porté ses fruits. Le ministre a, d’ailleurs, salué « le niveau de conscience élevé » des élèves, qui ont été nombreux à remettre leurs cahiers aux administrations scolaires au lieu de les jeter.
Pour Tasnim, lycéenne, cette initiative change, petit à petit, les choses. « L’année dernière, notre établissement a installé des cartons pour récupérer les cahiers. Du coup, on réfléchit avant de jeter », raconte-t-elle.
Une directrice d’école primaire à Boudouaou témoigne également d’une évolution encourageante. « Nous avons organisé une petite campagne interne avec les enseignants et les parents. Les élèves étaient fiers de participer. Cela montre que lorsqu’on les implique, ils adhèrent facilement », souligne-t-elle.
Pour cette nouvelle édition, les pouvoirs publics misent sur une mobilisation élargie. Outre le ministère de l’Education, plusieurs départements sont impliqués, notamment ceux de l’Environnement, de l’Intérieur et de la Jeunesse. Les collectivités locales, les associations de parents d’élèves et les organisations de la société civile, dont les Scouts musulmans algériens, seront également mises à contribution.
Une commission de coordination permanente sera chargée de suivre la mise en œuvre de la campagne à tous les niveaux, établissements scolaires, communes et wilayas, afin de garantir une organisation efficace dès le début des examens de fin d’année.
Parmi les actions prévues, l’installation d’espaces dédiés à la collecte au sein des établissements scolaires figure en bonne place. Les cahiers et livres récupérés seront ensuite acheminés, en coordination avec les services de l’environnement, vers des unités de recyclage.
Le ministère de l’Environnement s’est engagé, de son côté, à assurer la transformation de ces déchets en produits valorisables, conformément aux nouvelles dispositions légales encadrant la gestion des déchets et la promotion de l’économie circulaire.
Pour certains parents, ces mesures doivent s’accompagner d’un suivi rigoureux. « Il faut que les établissements expliquent clairement aux élèves quoi faire de leurs cahiers en fin d’année. Sinon, ils continueront à les jeter dehors », estime Karim, père d’un collégien.
Un surveillant d’établissement ajoute : « Après les derniers jours de cours, on se retrouve souvent à nettoyer des quantités importantes de cahiers abandonnés. Cette campagne peut vraiment nous aider à mieux organiser les choses. » Selon lui, la réussite de cette campagne repose sur l’importance de changer durablement les mentalités.
Le ministère de la Jeunesse prévoit ainsi de mobiliser des réseaux de jeunes bénévoles pour mener des actions de sensibilisation, de formation et d’accompagnement sur le terrain, car le défi aujourd’hui est de faire en sorte que le geste de jeter les cahiers, longtemps banalisé, cède la place à une démarche responsable et citoyenne. « Si on les sensibilise davantage à l’école, je pense que les élèves vont suivre », affirme une enseignante de maths au cycle secondaire. « Les campagnes sont importantes, mais elles doivent s’inscrire dans la durée. C’est en répétant les messages et en impliquant tous les acteurs qu’on pourra réellement changer les comportements », ajoute-t-elle.
A travers cette initiative, les autorités espèrent non seulement préserver la propreté des établissements scolaires, mais aussi inculquer aux élèves les valeurs environnementales indispensables à la société de demain.