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Nationale

Une authentique épopée algérienne

Une authentique épopée algérienne

L’année 2019 a été pour les Algériens celle de la révolte par excellence contre un système qui a régné trop longtemps, et dont le poids devenait insoutenable. Une année très mouvementée marquée par un bras de fer entre l’Algérie « d’en haut » et celle « d’en bas », donnant naissance à une épopée inédite. Il en reste des acquis à valoriser et des enseignements à tirer.

Provoqué par l’annonce d’un 5e mandat d’un Président malade et affaibli, considéré comme un mandat de trop, le peuple algérien s’est soulevé comme un seul homme le 22 février 2019 pour dire halte à cette mascarade. Un élan populaire extraordinaire qu’ont vu les 48 wilayas du pays en ce premier vendredi du hirak avec un seul mot d’ordre : « Non au 5e mandat » « non au mandat de la honte ! » Décidément, ce mouvement de contestation, qui a entamé son onzième mois, s’amplifiait et devenait un raz-de -marée contre le système en place.
Face à ce bouillonnement et à la grogne de la rue, l’institution militaire a pris les rênes et décidé d’accompagner le peuple dans son mouvement. Des voix se sont soulevées pour l’application de l’article 102 de la Constitution sur l’état d’empêchement du président Bouteflika. Une revendication que le chef de l’état-major, feu Ahmed Gaïd Salah, jugeait légitime et appelait, le 26 mars 2019, à l’application de l’article en question comme solution à la crise que traverse le pays.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Après réunion du conseil Constitutionnel le Parlement, siégeant en chambres réunies, déclare l’état d’empêchement et charge de l’intérim du chef de l’Etat le président du Conseil de la nation pour une période maximale de 90 jours. Après vingt ans de règne, le président Bouteflika démissionne le 2 avril, quelques jours avant la fin de son 4e mandat et Abdelkader Bensalah prend ses fonctions de chef de l’Etat le 9 avril. On parle à ce moment des forces extraconstitutionnelles dites « 3issaba », qui ont pris le peuple et le pays en otages, et décidaient pendant des années à la place du Président.
L’arrivée de Bensalah, qui garde le gouvernement désigné le 11 mars par la « 3issaba » pour la gestion des affaires courantes exacerbe la colère de la rue, qui lance une campagne de « dégagisme » sans précédent contre les trois « B » à savoir Bensalah, Bouchareb et Bedoui, et insiste sur une revendication cruciale : « Le peuple source de tout pouvoir » comme le disposent les articles 7 et 8 de la Constitution. 

L’éveil éphémère des corporations
Par ailleurs, le mouvement de contestation poursuit la mobilisation et fait tache d’huile gagnant toutes les sphères. Ainsi les magistrats, les avocats et les syndicats de la santé et de l’éducation investissent la rue dans un soubresaut passager, laissant le terrain aux seuls étudiants, qui continuent à battre le pavé jusqu’à d’aujourd’hui.
Libérés par cet élan de révolte, plusieurs dynamiques de la société civile, des personnalités nationales, ainsi que des partis politiques de l’opposition se sont précipités à la recherche d’une solution à la crise politique, à même de rompre radicalement avec l’ancien ordre et aller vers une véritable transition démocratique. De fait, plusieurs initiatives ont vu le jour et l’on dénombre même plus d’une cinquantaine de propositions de sortie de crise.
Les débats publics battent leur plein dans les médias, alors ouverts à toutes les couleurs politiques et obédiences idéologiques. L’espace public est réapproprié en force par les citoyens débattant la situation du pays et les solutions possibles. Mais beaucoup d’encre a coulé sur les imposteurs et autres surfeurs du hirak qui contraient les bonnes volontés aspirant à faire de ce mouvement un porteur d’alternative.
Il faut dire aussi que l’annonce, le 2 juin, de l’annulation de l’élection présidentielle de juillet et l’attachement exprimé, plus d’une fois, par le pouvoir « effectif » à « la solution constitutionnelle » par le biais d’une élection et le rejet de toute autre solution en dehors de ce cadre, se voulait un « recadrage » des porteurs d’initiative soutenant une période de transition. Une position qui conditionnait et, par ricochet, entravait le processus du dialogue national auquel a appelé le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah le 2 juin 2019. 
De ce fait, les visions se sont multipliées pour faire sortir le pays de la crise qui se compliquait, les chances de trouver un terrain d’entente auquel adhère la majorité des acteurs, s’épuisant progressivement.

Des initiatives pour une sortie de crise
La toute première initiative était celle de la société civile, qui a dévoilé une feuille de route lors de sa conférence nationale le 15 juin avec la participation du Collectif de la société civile, du forum civil pour le changement et de la Confédération des syndicats autonomes au siège du Cnapest à Alger. Selon les congressistes, la transition démocratique devrait se faire via une période transitoire.
Dans le même ordre d’idée, les partis de l’opposition dits les forces pour l’alternative démocratique, qui comptent sous leur bannière le PT, le RCD, FFS, UCP, PLD, MDS, et LADDH, se sont réunis le 26 juin 2019 pour tenter de concevoir ensemble un sortie de crise, optant pour un processus nécessitant une période de transition.
Quelques jours après, les forces du changement pour le triomphe du choix du peuple, qui englobent sous leur enseigne les partis politiques issus pour la plupart de la mouvances islamiste, ont tenu une rencontre à Ain Benian le 6 juillet, dont les travaux ont été sanctionnés par « la plateforme de Ain Benian ». Un document qui a suscité un tollé suite aux modifications introduites à la dernière minute lors des coulisses de son élaboration.
Les événements s’accélèrent, notamment du côté du pourvoir, qui a déjà sa feuille de route à mettre en place. On installe une instance de dialogue et de médiation conduite par l’ancien président de l’APN, Karim Younes, suite à une rencontre le 25 juillet à la présidence de la République entre le panel du dialogue et le chef de l’Etat.
Quoique décriée par le hirak et boycottée par plusieurs dynamiques de la société, cette démarche a conduit, au bout d’un mois, à la mise en place de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), dont le président était Mohamed Chorfi , ancien ministre de la Justice. Cela ayant été décidé juste après la convocation du corps électoral par le chef de l’Etat à la mi-septembre, en prévision d’une présidentielle au mois de décembre.
Dans ce contexte très tendu et un champ médiatique verrouillé plus que jamais, les dynamiques de la société peinaient à exercer un « contrepouvoir » et s’imposer sur l’échiquier national. Elles se trouvaient en effet dans une situation d’incapacité d’aller vers un consensus, et toutes ses initiatives faites ont été phagocytées.
Ainsi, le regain d’activité constaté au sein de la société civile ou encore de la classe politique, s’éteignait au fur et à mesure que le scrutin présidentiel, annoncé officiellement pour le 12 décembre, approchait.
Un rendez-vous qu’ont boycotté plusieurs partis politiques et personnalités nationales, faute des mesures d’apaisements. D’autres personnalités et formations politiques ont décidé de participer à la course électorale, voyant en ce choix l’unique solution pour mettre fin à l’instabilité politique.
Devant cet état de fait, le mouvement de contestation s’amplifiait, mettant la rue dans face à face avec les autorités, qui ont pu finalement tenir les élections dans les délais impartis, avec un taux de participation global qui a frôlé à peine 40%.
Mais le hirak aura réussi à remuer des consciences et en éveiller d’autres. Il a créé une nouvelle mobilisation et tenté de façonner une responsabilité citoyenne. Il n’a pas vraiment perdu. Il a éliminé un régime corrompu certes, mais pas encore le système de gouvernance. En aspirant à vivre dans un Etat de droit, ce mouvement populaire sait que le chemin est long, coûteux en sacrifices.
Mais l’espoir demeure. L’année 2020 sera-t-elle celle du changement et des reformes pour une Algérie forte et souveraine ?

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