Une APN sans majorité absolue: Les partis face au miroir de l’abstention
Les élections du 2 juillet poussent les états-majors politiques à de profonds décryptages. Derrière les 90 sièges décrochés par le FLN qui préserve sa majorité relative, les analyses divergent radicalement sur l’état de l’échiquier politique, plaidant en faveur de l’urgence de réformer la législation électorale.
Le scrutin a livré son verdict, confirmant une tendance lourde marquée par une forte abstention qui a frôlé les 80 %. Selon les résultats provisoires, le Front de libération nationale (FLN) préserve sa position de première force politique du pays à l’Assemblée populaire nationale (APN) en obtenant 90 sièges. Il devance les candidats Indépendants, le Rassemblement national démocratique (RND) et le mouvement El-Bina, tandis que le Front des forces socialistes (FFS) maintient sa représentation dans les rangs de l’opposition. Aucun parti n’ayant obtenu la majorité absolue, fixée à 204 sièges, la carte institutionnelle reste globalement stable mais ouvre la voie aux décryptages. L’heure est désormais aux bilans froids et aux analyses de cette nouvelle réalité électorale.
Saluant son maintien à la tête du Parlement, le FLN, dirigé par son secrétaire général Abdelkrim Benmbarek, a déclaré que ces résultats constituent une preuve de la « confiance » accordée par les électeurs pour poursuivre la construction des institutions et le processus démocratique enclenchés ces dernières années. Dans un communiqué publié ce mercredi, le plus vieux parti a appelé les autres courants politiques au rassemblement, exprimant sa volonté de travailler avec l’ensemble des forces politiques et les élus pour faire face aux défis socio-économiques majeurs du pays.
S’agissant des critiques sur le déroulement des opérations et l’impact du faible taux de participation, la direction du FLN rejette fermement les accusations sur le manque de transparence. En minimisant les effets de cette abstention record, le parti estime qu’elle n’entache en rien la crédibilité des législatives ni la légitimité de l’institution parlementaire. Selon l’analyse du FLN, ces résultats doivent plutôt interpeller les partis et les députés à œuvrer davantage dans la concrétisation de leurs programmes et à renforcer le rôle du Parlement face à l’Exécutif.
Le ton est radicalement différent du côté du Front des forces socialistes, qui a livré de son côté une longue analyse sans concession du scrutin. Lors d’une conférence de presse nationale, Youcef Aouchiche, le premier secrétaire national, a dressé trois grands enseignements de ces législatives pour appeler à une refondation démocratique urgente. Pour le FFS, l’abstention massive est le verdict d’une rupture politique profonde et s’apparente à un désaveu politique sans appel, puisque près de huit citoyens sur dix ont choisi de ne pas voter. Selon lui, ce phénomène découle directement d’une gouvernance basée sur la fermeture des espaces de liberté et l’affaiblissement des partis, entraînant un danger de dépolitisation de la société qui ouvre la voie à la résignation.
Concernant la fraude électorale, M. Aouchiche a affirmé que celle-ci n’a pas disparu mais qu’elle a profondément muté. Autrefois centralisée, elle s’exercerait désormais à l’échelle locale via des réseaux d’influence, des groupes d’intérêts et des barons locaux, ce qui a conduit le parti à introduire une dizaine de recours auprès de la Cour constitutionnelle. Enfin, le premier secrétaire du FFS a ciblé les limites structurelles du système électoral actuel, notamment le mode de scrutin préférentiel.
Selon le parti, ce mécanisme a vidé la compétition de sa substance idéologique au profit de solidarités primaires, provoquant un glissement préoccupant vers le retour de la « 3arouchia », c’est-à-dire le sentiment clanique. Après avoir annoncé que le FFS procédera prochainement à une évaluation objective et à une autocritique interne, son dirigeant a réaffirmé que les nouveaux députés du parti entendent porter ce projet de refondation et de dialogue national inclusif au sein de la nouvelle Assemblée.