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Nationale

Un Fidel ami de l’Algérie s’en va

Un Fidel ami de l’Algérie s’en va

C’est une page de l’histoire du XXe siècle qui est tournée. Fidel Castro est mort hier à l’âge de 90 ans. Le père de la révolution cubaine, «Lider Maximo» ou «Comandante», comme l’appelaient les Cubains depuis 1959, a tiré sa révérence, emportant avec lui tout un idéal, une histoire de la résistance contre l’impérialisme et le colonialisme. C’est dire que l’homme a marqué de son empreinte un demi-siècle de relations internationales.

Son militantisme se résume entre autre dans cette affirmation qui sonne comme une profession de foi : « Jamais je ne prendrai ma retraite de la politique, le pouvoir est un esclavage et je suis son esclave », affirmait-il.

Et le camarade Fidel a tenu sa promesse en dépit de son retrait de la scène politique à partir de 2006, laissant les destinées du pays entre les mains de son frère Raul.

Car avec le temps, le « Barbudo » de 32 ans qui avait renversé en 1959 la dictature du général Fulgencio Batista et incarné les espoirs de la gauche révolutionnaire a su imposer sa touche sur la gestion des affaires de la Cité, loin de toute subordination au grand voisin américain.

En témoigne le propos de l’illustre écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez. « Invincible patience. Discipline de fer.
La force de l’imagination lui permet de vaincre l’imprévu », écrivait de lui en 2008 son ami, le prix Nobel de littérature décédé en avril 2014 à 87 ans.

Dernier survivant de la Guerre froide, il a déjoué tous les pronostics en parvenant à maintenir sur pied le seul régime communiste de l’hémisphère occidental, malgré l’implosion de l’Union soviétique.

Ni les tentatives d’assassinat fomentées par la CIA, encore moins la subversion anti-castriste des Cubains de Floride ou même la chute de l’URSS n’ont réussi à changer le cours de la longue marche de la Révolution cubaine.

Et ce sont les Etats-Unis, ennemis historiques qui ont fait amande honorable en reconnaissant en 2014 le gouvernement cubain, un geste couronné par la visite qualifiée d’historique de Barack Obama à La Havane le 20 mars 2016.

Un géant du XXe siècle

Fils d’un immigrant espagnol, cet ancien élève des jésuites est entré dans l’Histoire les armes à la main en tentant à 27 ans de s’emparer en juillet 1953 de la deuxième place militaire du pays, la caserne de la Moncada à Santiago de Cuba (sud-est), avec une centaine de conjurés.

L’échec de l’opération, qui vaudra prison et exil au jeune avocat, ne ruine en rien sa détermination.
Amnistié et libéré, il lance trois ans plus tard une guérilla de 25 mois qui mettra à bas la dictature de Batista et donnera la victoire à ses « barbudos » en janvier 1959.

Dès lors, à moins de 200 km des États-Unis, il incarne en pleine Guerre froide une Révolution qui ne tarde pas à afficher ses sympathies pour Moscou. John F. Kennedy, le deuxième des 11 présidents américains qu’il aura défiés, fait débarquer les anticastristes dans la baie des Cochons en 1961 : cuisante défaite américaine, Fidel Castro devient un héros, un David socialiste qui va faire du combat contre le Goliath impérialiste son cheval de bataille.

Orateur intarissable devant les foules, son image fait le tour du monde : cigare, barbe, treillis et casquette le font entrer au Panthéon des révolutionnaires, aux côtés de Lénine et Mao, de Nasser et Boumediene.

Nikita Khrouchtchev l’adoube et croit pouvoir installer des missiles nucléaires à Cuba : la « crise des missiles » d’octobre 1962 met le monde au bord de l’apocalypse. L’accord conclu entre les deux Grands laisse Fidel Castro amer et humilié de n’avoir pas été consulté.

Il se fait alors l’instigateur des guérillas tiers-mondistes, défiant Washington, mais aussi le Kremlin à l’occasion, tandis que son compagnon d’armes Ernesto Che Guevara le quitte pour une mission impossible en Bolivie où il trouve la mort en 1967.

Plus visionnaire que gestionnaire, Fidel Castro fait table rase en 1968 des dernières survivances du capitalisme cubain. Désormais, Cuba est solidement arrimée à l’URSS et en 1975, Fidel Castro lance ses troupes au-delà de l’Atlantique pour une aventure africaine de 15 ans, sur les champs de bataille d’Angola et d’Ethiopie.

Le tournant du XXIe siècle

Contraint par la chute de son protecteur soviétique à de timides concessions au capitalisme dans les années 1990, il reviendra dessus dès l’alliance trouvée avec Hugo Chavez, le président vénézuélien décédé en 2013 qui a brandi pendant quelques années la flamme d’un nouveau « castrisme ».

Même désabusée, une large partie de la population reste « fidéliste », attachée notamment aux deux vitrines sociales du gouvernement cubain : santé et éducation.
Cependant, le XXIe siècle n’est pas le sien.

A partir de 2001, une série d’incidents de santé viennent rappelle Fidel Castro à l’ordre. En juillet 2006, une lourde opération chirurgicale le force à abandonner le pouvoir à son frère cadet Raul, son indéfectible bras droit et ministre de la Défense depuis 1959. En février 2008, la passation de pouvoir est officielle. Le

Commandant-en-chef Fidel devient un « soldat des idées » et se contente dès lors de publier ses « réflexions » dans la presse cubaine et de recevoir quelques personnalités en visite.

Aussi flamboyant sur la scène publique que secret sur sa vie privée, Fidel Castro a eu au moins huit enfants, dont cinq fils avec Dalia Soto del Valle, la discrète femme auprès de laquelle il a vécu jusqu’à sa mort. En avril dernier, à la clôture du Congrès du parti communiste cubain, il avait admis, la voix tremblante : « Bientôt j’en aurai fini comme tous les autres.

Notre tour viendra, à tous ». Il avait aussi évoqué le legs du communisme cubain, au moment où l’île est engagée depuis fin 2014 dans un rapprochement historique avec l’ex-ennemi américain. Un virage diplomatique opéré par son frère et qu’il n’a jamais remis en cause, même s’il n’a eu de cesse de rappeler sa méfiance vis-à-vis de Washington.

Castro et l’Algérie

Entre Alger et La Havane, c’est une grande histoire d’affinités idéologiques et politiques. Dès l’indépendance de l’Algérie, le président Ahmed Ben Bella marquera son soutien indéfectible d’Alger à la cause cubaine, se permettant le luxe de donner une « gifle » au président Kennedy en allant directement de New York à La Havane le 16 octobre 1962. La veille, le leader algérien était reçu avec tous les honneurs à la Maison blanche !

Embargo américain, crise des missiles, le chef de l’Etat algérien a tenu à assurer les Cubains de la concordance des combats menés par les deux peuples contre le colonialisme et l’impérialisme. D’où l’amitié réelle entre Castro et Ben Bella.

A l’occasion de l’agression marocaine contre l’Algérie en octobre 1963, connu sous le nom de la « Guerre des Sables », Cuba apportera son soutien militaire à la république algérienne contre la monarchie de Hassan II.

Dans le même ordre d’idée, le Lider Maximo a même condamné le coup d’état contre le président algérien le 19 juin 1965, alimentant une inimitié à l’encontre du nouvel homme fort à Alger, Houari Boumediene. Une brouille qui ne durera pas longtemps. La visite de Fidel Castro à Alger en 1972 scellera une amitié personnelle et politique entre les deux hommes.

Au sommet des Non alignés à Alger, le président cubain parlera sous les hospices de son hôte algérien Houari Boumediene. Les années n’auront pas déteint sur cette amitié quasi intime du Comandante à l’égard de l’Algérie.

A plusieurs reprises, Fidel portera un survêtement au couleur de l’équipe nationale algérienne, la dernière étant lors de l’entrevue avec le président iranien Hassan Rohani le 19 septembre dernier. Le 13 octobre dernier sera la date de la dernière rencontre entre Castro et l’Algérie.

L’occasion : la visite du Premier ministre Abdelmalek Sellal à Cuba. Avant de tirer sa révérence, le Lider Maximo a enfilé un burnous algérien, offert par Abdelaziz Bouteflika.
Un ultime témoignage d’une amitié indéfectible.

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