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Culture

Un deuil pour Marc Riboud

Un deuil pour Marc Riboud

Le photographe français Marc Riboud ne survivra pas au décrochage de son exposition sur Cuba au Festival de photojournalisme 2016 Visa pour l’image à Perpignan en France qui se déroule jusqu’au dimanche 11 septembre. Il est décédé mardi dernier à l’âge de 93 ans, léguant entre autres des images sur l’indépendance de l’Algérie.

Au plus grand Festival international de photojournalisme, ouvert le 27 août dernier, l’une des expositions est consacrée aux photos du regretté Marc Riboud à Cuba.

Les faits remontent à 1963. Le grand reporter Marc Riboud rejoint Jean Daniel, son confrère à L’Express, dans ce pays. Dans l’attente d’un rendez-vous avec Fidel Castro, ils sillonnent l’île à la rencontre de ses habitants.

Deux soirs de suite, Castro leur rend enfin visite à leur hôtel, répondant à leurs questions et tenant des discours passionnés. Jean Daniel vient d’être reçu à Washington par John F. Kennedy, qui l’a chargé de passer quelques messages à Castro. Le lendemain, au cours d’un déjeuner avec Castro, le téléphone sonne : « Kennedy est assassiné ! » Tous les ingrédients sont là pour un « scoop ».

Les photographies font le tour du monde, puis sont peu à peu oubliées. 52 ans plus tard, elles sont toujours aussi fortes. Auparavant, Marc Riboud a séjourné en Algérie. Il a confié plus tard (entretien accordé à El Watan, 4 juin 2009), que « la première fois était très importante, à cause de l’OAS et surtout des barricades. J’ai vu les titres des journaux et j’ai compris que c’était important ce qui se passait en Algérie ».

Son second séjour date de 1962 durant l’été des manifestations de la libération nationale. Il a affirmé que « l’indépendance de l’Algérie pour moi était le temps des choix, des choix politiques. C’est des réflexes, c’est instinctif les choix. Le regard est curieux. Il faut bien voir sans regarder parce que le regard dérange.

Et là, j’ai eu un coup de cœur ». Ces images inédites sur l’Algérie sont accessibles dans un album, édité cinquante ans plus tard (Edition Le Bec en l’air). Dans sa préface, Jean Daniel parle des photos de Marc Riboud comme d’un album de famille, à partir de quoi « chacun peut reconstituer son monde ».

De son côté, Malek Alloula estime que « par inclination personnelle, Marc Riboud n’est pas tellement à l’aise sous les habits du photographe de presse et ignore tout de la ‘passion de l’actualité’ ».

Quant à Marc Riboud, il écrira que « les photographes de presse avec leur jargon et leurs plaisanteries formaient une confrérie dont je me sentais exclu, jusqu’à ce que, lors de l’indépendance de l’Algérie, je partage avec eux cette passion de l’actualité. Les courses folles pour bien se placer, l’instinct qui nous porte toujours en tête d’un cortège pour le précéder et non le suivre, pour faire face aux visages, aux regards toujours plus près ».

Pour Seloua Luste-Boulbina, qui signe l’autre texte de l’ouvrage, elle rappelle que, excepté au Nord-Viêt Nam, sous les bombardements américains, il est un photographe de paix. Marc Riboud, c’est aussi les ouvrages Huang Shan, les montagnes célestes, Demain Shanghai, L’instinct de l’instant, Les Tibétains… Sa photo la plus célèbre, La fille à la fleur, représente une jeune manifestante une fleur à la main, en 1967, faisant face aux fusils des soldats à Washington. Cette photo est alors devenue iconique de la résistance à la Guerre du Vietnam.

Le globe-trotter

Ce grand reporter de l’actualité a expliqué qu’il prend des photos « comme un musicien chantonne ». Il se lance dans l’art de la prise de vue à l’âge de 14 ans avec un Vest Pocket Kodak offert par son père, banquier et homme de culture.

Il prendra le maquis dans le Vercors en France, lors de la Seconde Guerre mondiale. Puis, il étudiera à l’école Centrale de Lyon de 1945 à 1948. Il travaillera ensuite comme ingénieur dans une usine de Villeurbanne où il s’abstient de revenir, après un congé de huit jours. Il se décide alors de se consacrer à la photographie.

Membre dès 1953 de l’agence Magnum qui n’a pas couvert la guerre d’Algérie (il la quitte en 1979), il deviendra le globe-trotter, appareil-photo en bandoulière, parcourant le monde en passant notamment en Angleterre, aux Etats-Unis, en Inde, en Chine, en Afrique, au Vietnam, au Bangladesh, au Japon.

A Perpignan, l’organisation du festival ne manquera pas d’évoquer ce géant de la photographie : « Dans une carrière de six décennies Marc Riboud a visité tous les coins du globe, capturant les deux événements sismiques et des moments intimes.

Que les rapports sur les deux côtés de la guerre du Vietnam et de l’impact de la Révolution culturelle en Chine, ou reflétant la vie quotidienne dans de nombreuses cultures, Marc avait le don heureux de transformer l’ordinaire en iconique. Son travail et les honneurs qu’ils lui apportèrent parlent d’eux-mêmes. Et l’exposition de son « Cuba » au Couvent des Minimes donne juste un aperçu d’un talent exceptionnel et une archive extraordinaire ».

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