Un Algérien, ancien de Guantanamo, jugé en France – Le Jeune Indépendant
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Un Algérien, ancien de Guantanamo, jugé en France

Un Algérien, ancien de Guantanamo, jugé en France

Son procès s’est ouvert lundi. Il doit se poursuivre jusqu’à vendredi devant un tribunal parisien où cet Algérien, ancien de Guatanamo, est jugé pour « propagande jihadiste et incitation au départ au jihad en Irak et en Syrie ».

La justice française lui reproche des « propos très violents » lors de prêches « s’en prenant aux juifs, appelant à tuer les apostats et au martyre » qui auraient été tenus dans une mosquée mais aussi dans une salle de prière clandestine dans l’ouest de la France. Il est aussi soupçonné d’avoir entretenu des liens avec plusieurs figures du jihadisme en France.

Détenu de 2002 à 2008 dans la prison militaire à la sinistre réputation de Guantanamo, sur l’île de Cuba, Saber Mahfoudh Lahmar, 52 ans, a été innocenté par la justice américaine et accueilli par la France le 1er décembre 2009.

Il comparaît avec un autre prévenu. Lors de son interrogatoire de personnalité, il a tout nié. « je suis conscient de pourquoi je suis ici ; ce n’est pas Salim Machou ou Othman Yekhlef ».

Saber Lahmar est soupçonné d’avoir favorisé le départ de ces deux hommes pour les rangs du groupe Etat islamique en 2015. Othman Yekhlef est considéré comme « mort sur zone » depuis la fin 2015, tandis que Salim Machou, parti avec sa femme et ses quatre enfants, est l’un des sept Français condamnés à mort en 2019 par la justice irakienne pour leur appartenance au groupe Etat islamique.

« Ma religion m’a conduit ici », a poursuivi le prévenu passé par l’université de Médine, en Arabie saoudite. « J’ai fait Guantanamo. Pour la justice, c’est convainquant. Mais je ne pense pas qu’on puisse jouer avec la justice en ce sens ».

« Aujourd’hui, je suis en détention car j’ai connu quelqu’un qui est parti en Syrie », Salim Machou. « Mais il peut aller où il veut, sur la Lune ou sous terre, ce n’est pas mon problème, je ne suis responsable de personne, que de moi-même (…). Je ne suis pas là pour être le guide d’untel ou d’untel », s’est encore défendu le prévenu.
Né en mai 1969 en Algérie, Saber Lahmar fait une licence en sciences islamiques et, selon la justice, devient membre du Groupe islamique armé (GIA).

Il part ensuite quelques années terminer ses études à Médine, en Arabie saoudite, avant d’apparaître en Bosnie-Herzégovine entre 1996 et 2001, où il travaille notamment dans une grande mosquée de Sarajevo considérée comme un lieu de rassemblement d’islamistes.

Il fait partie des six détenus Algéro-Bosniaques kidnappés par l’armée américaine puis transférés à Guantanamo Bay. Saber Lahmer, Mustapha Aït Idir, Boudella El-Hadj, Lakhdar Boumediene, Mohamed Nechal et Belkacem Bensayah, avaient été arrêtés en octobre 2001 en Bosnie-Herzogovine par la police locale, sur la base d’informations des services secrets américains qui les soupçonnaient de préparer des attentats contre les ambassades américaine et britannique à Sarajevo.

Blanchis par la justice bosniaque, ils ont été dans la nuit du 17 au 18 janvier 2002 remis secrètement par la police bosniaque aux forces américaines qui les ont, par la suite, internés à Frankfurt puis au camp X-Ray à Guantanamo Bay. Le transfert des prisonniers a eu lieu le lendemain du jour où la Cour suprême de Bosnie a décidé de mettre un terme à leur détention préventive. La Chambre des droits de l’homme de Bosnie-Herzégovine avait interdit qu’ils soient livrés aux autorités américaines.

Saber Lahmer séjournera jusqu’à 2008 dans la sinistre prison à Cuba avant d’être innocenté par la justice américaine.

Le président Nicolas Sarkozy accepte le principe d’accueillir en France deux ex-détenus du camp. Ce seront Lakhdar Boumediene et Saber Lahmar, qui pose pied en France le 1er décembre 2009. Arrivé en France, il officie dans une mosquée et dans une salle de prière clandestine en Gironde.

Il est soupçonné d’avoir entretenu des liens avec plusieurs figures du jihadisme en France, dont Lionel Dumont, braqueur islamiste ancien du « gang de Roubaix », ou Mohamed Achamlane, chef du groupe islamiste Forsane Alizza.

Point de départ de l’enquête, Saber Lahmar aurait « directement encouragé et préparé des départs » à l’été 2015 « vers la zone irako-syrienne », peut-être contre rémunération de l’association Sanabil, dissoute fin 2016 par les autorités françaises qui la considéraient comme au cœur de la nébuleuse jihadiste.

« Nous n’avons dans ce dossier aucun élément probant pouvant montrer que Saber Lahmar aurait amené deux personnes à partir » en zone irako-syrienne, a contesté Me Christian Blazy, son avocat avec Me Alix Villanove. Selon ces défenseurs, il est « victime de sa réputation d’ancien détenu de Guantanamo mais (…) après huit ans de détention, il a été libéré sans qu’aucun fait ne lui soit juridiquement reproché ».

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