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Nationale

Tripoli, pomme de discorde entre Alger et Ankara

Tripoli, pomme de discorde entre Alger et Ankara

Le président turc est à Alger pour une visite de deux jours, vingt jours après avoir été invité par le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune. La célérité de Recep Tayyip Erdogan à répondre à cette invitation s’explique par l’offensive diplomatique algérienne sur le dossier libyen. Quoi de mieux que les investissements et les affaires en économie pour monnayer une inflexion, impossible disent les observateurs, de la position de l’Algérie sur la question libyenne. 

Erdogan mise sur le partenariat algéro-turc pour courtiser les Algériens. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les échanges commerciaux entre les deux pays, sur les onze derniers mois, s’élèvent à plus de 4 milliards de dollars. Les exportations sont de l’ordre de 2,015 milliards de dollars et les importations de 2,049 milliards de dollars.
Actuellement, près de 1 000 entreprises turques activent en Algérie et emploient près de 30 000 personnes, alors que la communauté turque en Algérie dépasse 10 000 personnes, dont des cadres supérieurs, des techniciens et des travailleurs exerçant dans divers domaines d’activité.
C’est dire la force des relations économiques entre Alger et Ankara. Un bémol cependant : l’activisme diplomatique turc en Libye est perçu comme faisant partie de velléités déstabilisatrices « néo-ottomanes » par de nombreux observateurs, qu’ils soient algériens ou étrangers. L’accord maritime et militaire entre le GNA libyen de Fayez Al-Sarradj et la Turquie n’a pas été du goût des Algériens, ni d’autres pays d’ailleurs. Cet accord ouvre la voie à une ingérence militaire turque directe en Libye, avec qui l’Algérie partage près de 1 000 km de frontière.
Sabri Boukadoum, le chef de la diplomatie algérienne, n’y est pas allé par trente-six chemins : l’Algérie n’accepte et n’acceptera aucune présence militaire étrangère à ses frontières, d’autant plus que la crise libyenne doit trouver sa solution dans un dialogue inclusif interlibyen, loin de toutes ingérences ou interférences. La réunion à Alger des pays voisins de la Libye jeudi dernier, trois jours après la conférence de Berlin, a réitéré ce postulat de base.
Ce crédo de la diplomatie algérienne sera sans nul doute répété au Président turc. Alger ne soutient pas le GNA parce que ce dernier est proche ou affilié aux Frères musulmans, loin s’en faut. La reconnaissance par l’Algérie du gouvernement de Tripoli découle du fait que ce dernier est le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Le légalisme de l’Algérie fait d’elle un partenaire sérieux, désintéressé et actif dans la recherche d’un consensus interne en Libye ; ce qui n’est pas le cas de la Turquie, belligérant de fait aux côtés de Tripoli contre les troupes du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar, soutenu par l’Egypte, les Emirats arabes unis, la Russie, la France et les Etats-Unis.
Des sources libyennes font état du transfert de quelques 2 800 combattants étrangers en Libye à partir de la Turquie. Environ
1 000 d’entre eux auraient été acheminés au lendemain de la conférence de Berlin. Ce qui veut dire que l’alignement de la Turquie sur un protagoniste la disqualifie dans une quelconque recherche de solution pacifique inclusive.
Les Turcs chercheraient des garanties à leurs intérêts en Afrique du Nord. Le refus officiel de la Tunisie de s’aligner sur les positions libyennes d’Ankara, et la formation d’un bloc de pays influents opposés à toute escalade militaire, un bloc mené par l’Algérie, l’Allemagne et l’Italie fragilise la position turque. Ankara risque de prêcher dans le désert, d’autant plus qu’Alger fait prévaloir la raison et les principes universels sur les intérêts matériels.
Sur la question libyenne, Erdogan risque de rentrer chez lui bredouille. 

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