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Op-Ed

Tribunaux français en Algérie ou la capitulation

« Notre collaboration avec les autorités algériennes est étroite. » Quoi de plus anodin comme réponse du porte-parole du Quai d’Orsay à la question au sujet de l’affaire Gourdel, de la recherche du corps et de la poursuite des assassins ?

Partant du fait que l’affaire Gourdel est une mise en scène d’un destin purement authentique du fervent amoureux des escalades, du fait que l’EI a inauguré son baptême du feu, son allégeance à une organisation terroriste d’invention américaine, que la France est sincère dans l’éthique diplomatique et juridique portées par la parole de l’homme du Quai d’Orsay, partant aussi du fait que la mobilisation des troupes de l’ANP dans le « périmètre » du crapuleux crime est un reflexe souverain où il va de la réputation d’une institution qui, étrangement, encaisse des coups au moment où observateurs et spécialistes de l’environnement de la lutte antiterroriste s’accordent à mettre en valeur l’expérience ainsi que le rôle d’une Algérie mise à l’avant par la solidité de son ossature militaire… partant de tous ces points-là, un décodage de la sinuosité de la phrase de M. le porte-parole du Quai d’Orsay interpelle. collaboration, étroite et autorités algériennes.
La collaboration est l’autre sens du harkisme que la guerre d’indépendance a connu, voire pire dans le système cognitif du Français lambda.

Un mot qui marque encore la conscience collective de cette France échaudée par la traîtrise, la domination nazie, la déportation par Vichy et Pétain. Employé dans le jargon diplomatique, le mot pourrait bien signifier que l’Algérie est devenue, pour une somme de raisons toutes conjoncturelles, une espèce de service d’ordre de la Légion. Une relégation outre-mer, une collaborationniste… mais faire attention que le nouveau statut de recolonisables ne fasse pas trop de vagues.

Certains journalistes algériens, malins comme des singes, commencent à évoquer la concrétisation du prolongement de la France en Algérie, thèse mise maladroitement en évidence par deux actes manqués mais ingénieux : la glissade de Madame de Fontenay, l’Algérie française actualisée au goût de la jeunesse qui n’a pas marché, et la visite du juge d’instruction qui a fait marcher les décideurs tout en apprenant le tam-tam en Algérie après avoir raté et l’embarquement sur les frégates de Karachi, et de coincer Balladur, Léotard, Sarkozy, Takieddine…

Le mot « étroite » quant à lui sonne comme l’ouverture d’une zone d’inquisition où les juges de l’Hexagone auraient dorénavant le droit de venir enquêter, sceller les pièces à conviction, interroger les témoins, dresser les procès-verbaux au parfum des intérêts. Une sorte de système de millet à l’ancienne dépendant du « Patriarcat » de Paris.

Ça a commencé par une administration générale dont les seules règles valables sont bien évidemment françaises, une intolérance à l’égard de tout ce qui est crédibilités algériennes. S’ensuivra sans doute l’émergence du droit du comptoir de la milla premier partenaire économique, comme le souhaite SEM le nouvel ambassadeur.

Le « sultan » de l’Algérie admettra alors sans peine que des ambassades puissent être, par des accords appelés capitulation, les seuls protecteurs de leurs compatriotes sur le territoire national… Que le pédophile Barouche sera jugé par une commission rogatoire spéciale…

Mais la France n’acceptera jamais que le Maroc détache une commission d’enquête pour l’affaire Ben Barka. D’autres commissions pour Giscard-Bokassa, le préfet Erignac, la mort de Robert Boulin, l’assassinat de Jean de Broglie, Pierre Bérégovoy, la curieuse mort d’André Bousquet, Papon de son vivant… 
Mais pour ça le porte-parole avance un pion de taille que l’Algérie mise : ses propres autorités. Le bouchkara qui sait « collaborer »… et « étroitement ».

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