-- -- -- / -- -- --
Nationale

Trévidic : Ils feront des allers et retours chaque jour à Médéa

Trévidic : Ils feront des allers et retours chaque jour à Médéa

Le juge antiterroriste français Marc Trévidic, enquêtant sur l’assassinat des sept moines de Tibhirine en 1996 par le GIA, est arrivé dimanche dernier en milieu d’après-midi à Alger pour une mission entourée d’une discrétion absolue. Il est accompagné d’une équipe technique d’une quinzaine de personnes.

Outre Marc Trévidic, sa collègue Nathalie Poux et un magistrat du parquet antiterroriste de Paris, figurent des fonctionnaires de la police judiciaire, des gardes du corps du Service de la protection, un médecin légiste, un anthropologue, un radiologue ainsi qu’un expert en empreintes génétiques.

Le juge antiterroriste, qui va séjourner en Algérie, durant une semaine, travaillera avec ses homologues algériens et des experts algériens. Des experts probablement pour l’exhumation des têtes des sept moines enterrées dans le monastère de Tibhirine où ils vivaient, avant leur assassinat par les hommes de Djamel Zitouni, alors chef du GIA.

Après une réunion lundi matin, l’équipe partira tous les jours à l’aube à Tibhirine et reviendra chaque soir à Alger, et ce pour des raisons de sécurité. Sa première mission sera d’exhumer les têtes enterrées aux abords du monastère et d’y prélever de l’ADN, afin de s’assurer de l’identité des victimes.

Dès lundi, des spécialistes algériens ont commencé eux aussi à faire leurs propres prélèvements, sachant que seul le magistrat français sera en mesure d’effectuer les comparaisons génétiques puisqu’il dispose des échantillons de l’ADN des membres de chaque famille des moines martyrs.

À l’aide d’un scanner 3D mis à disposition par les autorités algériennes, la mission d’experts va aussi radiographier les crânes pour tenter de déceler d’éventuelles traces suspectes de perforations par balles et de déterminer si les décapitations ont été effectuées post ou ante mortem. Dans le cadre de la commission rogatoire co-délivrée avec Nathalie Poux, Marc Trévidic souhaite aussi recueillir les confessions de 22 témoins encore jamais entendus par des magistrats français.

Parmi ces personnages clefs figurent de présumés « geôliers » qui auraient transporté ou séquestré les prisonniers dans une maison surnommée Dar el-Hamra (la Maison rouge), au lieu-dit Tala es-Ser, dans la région de Médéa. Ainsi que d’anciens repentis du GIA et certains individus susceptibles d’avoir gravité dans l’entourage d’« Abdallah », émissaire supposé de l’« émir » Djamel Zitouni, qui avait remis le 30 avril 1996 au consulat de France à Alger une cassette sonore contenant les voix des sept moines enregistrées dix jours auparavant.

Le juge s’intéresse aussi à l’implication éventuelle d’Amari Saïfi, alias Abderrazak el-Para, une ex-figure du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) impliqué dans l’enlèvement de touristes européens au Sahel. En contrepartie de la venue de la mission française à Alger, un juge algérien se déplacera en France le 23 octobre pour interroger deux témoins clefs de l’époque. Outre Pierre Le Doaré, chef de poste de la DGSE à Alger entre 1994 et 1996 ayant reçu l’émissaire du GIA, ce magistrat souhaite entendre Jean-Charles Marchiani, lui aussi ancien officier des services.

Ex-préfet du Var, il avait confirmé à Marc Trévidic en 2012 avoir été mandaté à l’époque par Jacques Chirac pour négocier une rançon auprès du GIA, avant qu’Alain Juppé, alors Premier ministre, ne mette fin à cette opération faute d’en avoir été informé. Le juge Trévidic remettra un rapport de mission au Parquet de Paris.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email