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Nationale

Travail des enfants  : L’innocence face à la pauvreté 

Travail des enfants  : L’innocence face à la pauvreté 

Aziz, un petit garçon âgé de 15 ans, s’est retrouvé très tôt dans le monde du travail. A la fin des cours, alors qu’il est censé jouer ou avoir des loisirs, il prend son couffin plein de ‘’mhadjeb’’, que sa maman lui prépare très tôt dans la matinée, et sillonne tous les quartiers de Bordj El-Kiffan pour vendre sa marchandise. Les enseignantes sont devenues ses plus fidèles clientes. Ni le soleil de plomb, ni la pluie, ni le froid ne le décourage.

Selon une récente étude effectuée par l’Unicef, à l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, pas moins de 160 millions de mineurs ont été forcés à travailler en 2020, soit 8,4 millions de plus en quatre ans. En Algérie, aucune statistique fiable n’est disponible pour pouvoir appréhender ce sujet sensible, qui touche cette frange de la population, avec le maximum de certitude, les autorités ne maîtrisant pas totalement les données concernant ce phénomène. Dans la mesure où ce fléau social demeure encore tabou, il est difficile d’accéder à l’information étant donné qu’il représente deux facettes, à savoir un aspect spectaculaire (des gamins vendant de la galette sur les autoroutes) et un autre purement informel. D’où l’incapacité des autorités concernées à contrôler, encore une fois, ce qui se passe dans le secteur informel, y compris le travail des enfants.

Aziz, un petit garçon âgé de 15 ans, s’est retrouvé très tôt dans le monde du travail. A la fin des cours, il prend chaque jour son couffin plein de ‘’mhadjeb’’, que sa maman lui prépare très tôt dans la matinée, et sillonne tous les quartiers de Bordj El-Kiffan pour vendre sa marchandise. Ni le soleil de plomb, ni la pluie, ni le froid ne le décourage. « Je suis l’aîné. Mon père travaille sur un chantier.  Il n’arrive pas à joindre les deux bouts. J’essaye de l’aider de mon mieux. Le peu de sous que je gagne ‘’fihoum el-baraka’’. Cela nous aide à acheter du lait pour bébé pour mon petit frère et des couches », soutient-il. Connaissant sa situation financière très délicate, Aziz a gagné la sympathie des enseignantes, qui sont devenues ses plus fidèles clientes. Sa maîtresse de français fait savoir que « le petit garçon a un bon potentiel pour aller loin dans ses études ; malheureusement il a redoublé plusieurs fois. C’est compréhensible, il n’arrive pas à être un bon élève et travailler en même temps ».

Au marché d’El-Karia, à Dar El-Beida, Nassim, âgé de 10 ans, est assis chaque jour dans le même coin, devant une supérette, exposant ses galettes qu’il étale sur un tabouret. Il est debout contre le mur, attendant la venue des clients. « Matlou3 asskhounine », crie l’enfant. Alors qu’il est censé jouer avec ses copains ou être à l’école à apprendre plein de choses, en travaillant, il saute des étapes cruciales de sa vie. « Mon père n’arrive pas à prendre en charge mes frais scolaires, alors j’ai quitté l’école et j’ai choisi de travailler pour l’aider », affirme-t-il avec fierté. 

Hormis les vendeurs de feuilles de ‘’dioul’’ durant le ramadhan et de pain traditionnel sur le bord de l’autoroute en été, des enfants travaillent à longueur d’année pour aider financièrement leurs parents. Les enfants exploités économiquement dans le marché parallèle exercent une activité commerciale en tant que vendeurs de légumes, de pain ou de cigarettes. En période estivale, les enfants se mettent à la vente de galettes au bord des routes et autoroutes sous un soleil de plomb, prenant des risques car ils sont livrés à eux-mêmes. 

Il convient de signaler que plusieurs enfants se sont retrouvés impliqués, sans le savoir, dans des affaires de trafic de psychotropes, ou carrément ont été victimes de maltraitance, de viol et de toutes formes d’agression.

Ce que prévoit la loi 

La Constitution consacre le droit à l’enseignement et à la formation professionnelle. L’emploi des enfants de moins de 16 ans est puni par la loi. Malgré l’existence d’un arsenal juridique très important, pour la protection des enfants de toute sorte d’exploitation, le phénomène existe dans plusieurs secteurs d’activité.

Les enfants travaillent au vu et au su de tout le monde sans que les autorités compétentes ne bougent le petit doigt. Pour rappel, la déléguée nationale à la protection de l’enfance, Meriem Chorfi, a fait savoir, lors de l’une de ses déclarations à la presse, que l’Organe national de protection et de promotion de l’enfance, constitué d’éducateurs, d’assistants sociaux, de psychologues et de juristes, recevait quotidiennement, via le numéro vert «11-11 », entre trois et quatre signalements de cas d’exploitation économique des enfants, selon le site électronique Algérie 360. « L’Organe national de protection et de promotion de l’enfance transmet le signalement de cas d’exploitation au service en milieu ouvert (SMO) relevant du ministère de la Solidarité nationale, en charge de la protection sociale des enfants au niveau local, en coordination avec les instances et les institutions concernées par l’enfance.

Cette organisation s’engage, après confirmation de l’information, à suivre la situation de l’enfant en danger en amenant la famille à prendre les mesures adéquates pour éloigner l’enfant du danger auquel il est exposé dans un délai fixé », a-t-elle ajouté. 

Même si l’Etat a mis en place un arsenal juridique qui protège les enfants et une stratégie nationale de lutte contre le travail des enfants, qui comprend des aspects liés à la prise en charge des enfants et à la création d’un environnement approprié pour leur protection grâce à la jouissance de la couverture sociale, en particulier dans l’éducation, la santé et la protection de leur intégrité physique et morale, le phénomène persiste, ce qui laisse penser qu’il faudrait revoir cette stratégie, en laissant les spécialistes en la matière se pencher sur la question.

 

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