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Energies Environnement

Transition énergétique : L’option du solaire

Transition énergétique :  L’option du solaire

En dépit du potentiel dont dispose l’Algérie, le développement des énergies renouvelables et la concrétisation de projets réels permettant d’assurer la sécurité énergétique du pays tournent au ralenti. Des spécialistes des énergies renouvelables appellent les autorités à accélérer les procédures et surtout à opter pour le modèle de transition le plus bénéfique pour le pays.

Si des projets intégrés en EPC+ (E : engineering, P : procurement ou approvisionnement, C : construction et + : entièrement financé par la partie construction) sont, pour de nombreux spécialistes, une garantie pour l’Algérie pour monopoliser une bonne part du marché européen, d’autres se focalisent sur le cahier des charges relatif à l’appel d’offres du projet «Solar 1000», qui vise à installer les premiers 1 000 mégawatts (MW) du programme national des énergies renouvelables.

Pour le directeur général du Cluster Energie Solaire (CES), Boukhalfa Yaïci, il est nécessaire de libérer le cahier des charges relatif à l’appel d’offres du projet «Solar 1000».
Intervenant sur les ondes de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, il a tenu à souligner que «les opérateurs ont payé les frais nécessaires pour l’obtention du cahier des charges mais qu’à ce jour, ils ne l’ont pas encore reçu». 

«Nous souhaitons que ce cahier soit libéré rapidement pour que les entreprises puissent commencer à réaliser le projet», a ajouté le directeur général du CES, qui regroupe des opérateurs de la filière de l’énergie solaire en Algérie.

Reporté à plusieurs reprises en 2022, l’appel d’offres pour la réalisation de «Solar 1000» a été lancé à la fin du mois de décembre dernier par le ministère de la Transition énergétique et des Energies renouvelables, qui a chargé la société Shaems, nouvellement créée, de traiter cet appel d’offres.

Ce projet consiste en la constitution de sociétés de projet (SPV) chargées de réaliser un projet de centrales solaires photovoltaïques d’une capacité totale de 1 000 MW, réparties sur le territoire national, en lots de 50 à 300 MW chacune.

Il s’inscrit dans le cadre de la réalisation du programme national des énergies renouvelables qui ambitionne à installer 15 000 MW de sources renouvelables d’ici à 2035. «Pour concrétiser ce programme, nous avons besoin d’une cadence de l’ordre de 1 000 MW par an, mais aujourd’hui, nous sommes en 2022 et nous n’avons rien de son déploiement», a-t-il regretté. «Nous sommes très déçus que ce programme, lancé en 2020, ne connaisse pas encore un début d’application», a-t-il ajouté.

De son côté, le président de la Fédération des énergies renouvelables et de l’industrie, affiliée à la CIPA, Belkacem Haouche, a affirmé au Jeune Indépendant que la concrétisation de l’ambitieuse feuille de route énergétique de l’Algérie nécessite la mobilisation «immédiate» de tous les acteurs du domaine. 

Pour cet expert international en énergies renouvelables, occuper une place de leader dans le marché mondial des exportateurs de l’hydrogène vert nécessite «de rattraper le retard cumulé dans notre transition énergétique» et s’allier, sans attendre, avec des partenaires sûrs qui proposent des projets intégrés en EPC+, garantissant à l’Algérie d’avoir une bonne part du marché européen.

«Pour produire l’hydrogène vert, l’Algérie a besoin d’abord d’une grosse industrie de composants, de systèmes normalisés mondialement et de la certification de la qualité des composants», a expliqué M. Haouche.

Face à cet impératif, le spécialiste a noté l’impossibilité de concrétiser le programme gouvernemental projetant la réalisation de centrales solaires photovoltaïques d’une capacité totale de 4 000 MW sur la période 2020-2024 sans le recours en «urgence», faute de temps, aux mégaprojets intégrés, rappelant que seulement neuf années nous séparent de l’échéance 2030.

Plusieurs modes de financement possibles 

Pour financer le programme des 4 000 MW, plusieurs modes de financement s’offrent aujourd’hui à l’Algérie, selon l’expert international, qui a affiché son scepticisme quant à l’annonce du ministre des ENR de recourir au financement des Nations unies pour produire l’hydrogène vert, eu égard aux nombreuses expériences qu’a connues le pays durant les années 1990.

«Le financement EPC+ est une aubaine et une garantie pour l’Algérie» car «c’est bien le partenaire de l’Algérie dans le projet qui assumera entièrement le risque de construction et de performance», a souligné M. Haouche.

Le gouvernement algérien n’a aucun risque à prendre car il ne dépensera pas d’argent et ne remboursera le prêt avec les revenus du projet que lorsque celui-ci sera performant et générera des bénéfices, a-t-il ajouté. Il est entendu que la partie EPC+ développe localement des connaissances et assure le transfert de technologie afin de garantir une performance à long terme pour rentabiliser le projet.

Il s’agit là du seul moyen d’éviter à l’Algérie d’«être dépassée par les événements», surtout lorsqu’on sait que les pays de la région mènent une véritable course contre la montre pour consolider leurs bases en matière d’énergies renouvelables, a-t-il soutenu.

Or, le retard du lancement du programme solaire générateur de l’hydrogène vert en Algérie a obligé la communauté européenne à se tourner vers d’autres pays du MENA, plus engagés et mieux préparés, notamment l’Egypte qui se prépare à recevoir une partie du partenariat énergétique lucratif avec l’Europe, dont la Commission européenne estime le volume à 140 milliards d’euros d’ici à 2030.

Même si l’Algérie dispose d’atouts naturels, de la proximité du Vieux Continent et de la disponibilité d’infrastructures de transports maritimes performantes (gazoducs et navires), le pays ne figure pas officiellement en 2021 sur la liste des pays du MENA candidats au partenariat avec l’Europe dans le marché de l’hydrogène vert.

D’ailleurs, les Emirats arabes unis ont signé un mémorandum le 24 janvier dernier entre ADNOC, le fonds souverain Mubadala et la holding ADQ d’Abu Dhabi pour que le capital émirati devienne le principal exportateur d’hydrogène bleu (à partir du gaz naturel) et d’hydrogène vert (produit à partir de sources d’énergie solaire).

Sans compter le Maroc, où la première unité de production d’hydrogène en Afrique pourrait être lancée incessamment si nous nous en tenons au mémorandum signé à cet effet le 10 juin 2019 à Berlin par l’ambassadeur du Maroc en Allemagne et le ministre fédéral de la Coopération économique et du Développement.

Signalant avoir noté avec optimisme la création du pôle hydrogène algérien par le ministre des Energies renouvelables et de la Transition énergétique, l’expert a souligné la nécessité de s’engager concrètement et de toute urgence dans des assises nationales de la transition énergétique.

Dans ce contexte, il a insisté sur l’obligation de faire participer tous les acteurs de la chaîne des ENR pour «débattre de façon inclusive du modèle énergétique à mettre en place pour être au rendez-vous avec l’échéance 2030 zéro carbone».

En outre, M. Haouche a fait savoir que pour prétendre à la production de l’hydrogène vert en Algérie, il faut disposer préalablement d’une méga-infrastructure dans le sud du pays et d’un réseau dense de transport. Il faut également recourir à des technologies de pointe qui devront être mises à jour sans discontinuité, mais aussi à des compétences locales qui, elles aussi, devront être mises à niveau.

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