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Nationale

Trafic de cheptel : Le rapport noir de la gendarmerie

Trafic de cheptel : Le rapport noir de la gendarmerie

Un rapport accablant sur le trafic de cheptel vient d’être dressé par la Gendarmerie nationale dans lequel elle explique que le phénomène a pris de l’ampleur au pays, surtout avec l’acharnement des réseaux de trafic en 2014 sur les éleveurs, ce qui a affecté énormément leurs élevages et, du coup, l’économie du pays.

En 2014, est-il rapporté, 34 250 têtes de bétail ont été volées à travers le pays, tandis que 85 bandes de malfaiteurs ont été démantelées, suite aux interventions et investigations menées par les hommes en vert. 1 536 trafiquants ont été également arrêtés.

En tout, ce sont 2 031 affaires liées au vol de cheptel qui ont été traitées en 2014 par les gendarmes, ce qui a conduit à la récupération de 20 000 têtes de bétail. Les réseaux de trafic recourent à des moyens importants pour leurs activités criminelles. Ils utilisent des camions, des téléphones satellitaires, des cagoules et des armes blanches, parfois même des armes à feu pour commettre leurs forfaits.

Leur « butin » est ensuite écoulé au marché noir et, souvent, transféré en contrebande vers les pays voisins. La Gendarmerie nationale a indiqué que, grâce au numéro vert 10 55, de nombreuses bandes de malfaiteurs ont été localisées et démantelées. Ces résultats obtenus sur le terrain sont le fruit de la réaction de beaucoup d’éleveurs qui ont joint ce numéro ; grâce à quoi de nombreux trafiquants ont été interpellés quelques heures seulement après leur forfait.

Il y a lieu de noter que de nombreuses têtes de bétail volées sont acheminées vers les pays voisins (Niger, Mali, Tunisie, Maroc, Libye, Tchad) pour y être vendues à des réseaux de trafic maghrébins et subsahariens. En plus du carburant, le bétail algérien fait le bonheur de nos voisins, et ce au détriment de l’économie nationale qui subit de plein fouet les agissements néfastes des réseaux de trafic.

Pour faire face à cette forme de crime, la Gendarmerie nationale a été contrainte de revoir sa stratégie de lutte contre les vols de cheptels. C’est ainsi que de nouvelles mesures urgentes viennent d’être prises par le Commandement. L’Algérie a un important cheptel estimé, selon les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture, à 22,5 millions de têtes d’ovins et 2 millions de bovins, ce qui aiguise « l’appétit » des réseaux de trafic.

C’est ainsi que les vols ont connu une hausse durant l’année 2014. Pour débattre le phénomène et tenter de trouver de nouveaux mécanismes de lutte contre les réseaux de trafic, l’Institut national de criminologie et de criminalistique (INCC) de Bouchaoui a organisé une journée d’étude sur la gestion des scènes de crimes de « vol de cheptels », avec la présence de spécialistes en la matière.

L’Algérie, eldorado des trafiquants de moutons

L’Algérie a le plus grand cheptel comparativement à la Tunisie, la Libye, le Maroc et la Mauritanie. Il représente plus de 25% des recettes brutes de l’agriculture et l’un des principaux facteurs de l’économie rurale du pays.

Des régions comme M’sila, Naâma, Djelfa ou encore Aïn Defla sont réputées pour leur élevage intensif. Cette filière bénéficie d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics qui déploient tous les efforts nécessaires afin de l’améliorer et de la développer.

Parallèlement, les réseaux de trafic ont développé leurs moyens, le vol de cheptel étant devenu un créneau très lucratif qui ne cesse d’attiser la convoitise des bandes de malfaiteurs. Au-delà de son caractère délictueux, il constitue une atteinte grave à l’économie du pays. Le vol du bétail ne peut pas être géré sur le plan local, mais national. Il est source de paupérisation de la population rurale.

L’INCC s’implique

La rencontre sur « la gestion de la scène de crime de vol de cheptels » organisée par l’INCC a pour objectif de rappeler aux participants l’obligation à la fois légale (code de procédure pénale) et éthique (contribution à la manifestation de la vérité) de veiller à l’intégrité physique de la scène de crime, quelles que soient les circonstances, pour garantir un aboutissement positif des investigations, de démontrer que les traces et indices découverts sur la scène de crime de vol de cheptels, quels qu’ils soient, sont d’une importance capitale dans l’enquête criminelle, grâce à l’apport des sciences dures et expérimentales qui permettent d’en déterminer la nature et l’origine et d’en établir les liens avec les faits criminels et les individus suspectés.

D’où le grand intérêt qui doit être accordé à la scène de crime, devenue la pierre angulaire dans la manifestation de la vérité dans la lutte contre cette forme de criminalité, et la nécessité de prendre en compte les scènes de crimes et de les investiguer de manière coordonnée, méthodique et efficace. La rencontre permet de matérialiser sur le terrain les investissements consentis en matière d’introduction de la technologie comme outil de travail (formation des personnels spécialisés et mise en place de moyens et de structures nécessaires pour lutter efficacement contre toutes les formes de criminalité).

La scène de crime, la chambre secrète des enquêteurs

La participation de la scène de crime du « vol de cheptel » dans la résolution des affaires criminelles est indispensable pour que les gendarmes enquêteurs arrivent à identifier les criminels. La méthodologie appliquée lors de la protection de cette scène de crime est constituée de plusieurs étapes.

D’abord, les gendarmes experts de l’INCC bouclent le lieu où le bétail a été volé avant de lancer toute une procédure, avec des moyens technologiques des plus modernes, pour relever les empreintes laissées par les trafiquants afin de les identifier. Le vol de cheptels est une activité criminelle qui touche particulièrement les wilayas des Hautes Plateaux.

Il a été relevé que le vol de bétail est devenu un créneau lucratif, à gain facile, qui attise la convoitise des bandes de malfaiteurs spécialisées et cause des préjudices aux éleveurs. L’exploitation des données enregistrées durant l’année 2014 par la Gendarmerie nationale a fait ressortir un total de 2 031 affaires de vol de cheptels sur l’ensemble du territoire national, ayant induit un préjudice de 34 250 têtes. 20 000 têtes environ ont été récupérées et 1 536 personnes dont 670 écrouées.

Concernant le type de cheptel volé, il a été relevé que la catégorie des ovins, avec 30 572 têtes, demeure la plus convoitée par les malfaiteurs et à un degré moindre les caprins (2 440), les bovins (1 193), les équidés (37) et les camélidés (8). Par rapport à l’année 2013, il est relevé une baisse de 1,79% en matière d’affaires traitées et une hausse de 4,77% en matière de personnes arrêtées (2 068 affaires et 1 466 arrestations en 2013).

La nuit, les cagoules, les armes et les camions et les techniques des voleurs

Les trafiquants de cheptels sont en train d’ « innover » dans leurs modes opératoires pour opérer leurs vols. Au fur et à mesure que les enquêtes se succèdent, les gendarmes sont arrivés à découvrir les techniques des trafiquants. Elles sont nombreuses et différentes, explique la gendarmerie.

Tout d’abord, le nombre de voleurs varie entre 2 et 7 ; ils sont dotés d’armes blanches. Ensuite, la majorité des vols sont perpétrés de nuit, un moment privilégié pour éviter les gendarmes et les éleveurs. Il arrive aussi que les malfaiteurs soient cagoulés. En outre, ces derniers disposent de moyens pour transporter leur butin. La plupart des vols sont commis dans des enclos non gardés, ce qui dénote leur connaissance des lieux. Certains vols sont commis sous la menace d’armes blanches.

La gendarmerie change de stratégie

La Gendarmerie nationale a pris de nouvelles mesures de lutte contre les dépouilleurs des éleveurs. Elle vient de mettre en place des plans d’action basés sur une étude approfondie des modes opératoires des malfaiteurs, les moyens utilisés, les itinéraires empruntés et tous les aspects spatio-temporels des vols enregistrés. Toujours selon ce corps, les patrouilles et points de contrôle, particulièrement à proximité des endroits ayant connu ce type de vols, seront renforcés et remodelés en fonction de la situation.

La présence sur le terrain sera aussi renforcée. La multiplication des patrouilles renforcées par les éléments des SSI va être plus visible, notamment sur les chemins de wilaya non classés. Aussi, la sensibilisation des éleveurs à recourir au numéro vert 10 55 pour informer d’un vol sera menée plus efficacement à travers des SMS et autres moyens.

Mettre à profit les dispositifs de barrages fixes pour l’identification des personnes suspectes. Procéder à l’ouverture de registres au niveau des barrages pour consigner tous les renseignements concernant les moyens de transport, les personnes, les caractéristiques et le nombre de têtes transportées.

Dans les zones agro-pastorales, la Gendarmerie nationale a renforcé son dispositif préventif et dissuasif à travers des patrouilles dans les régions ou les zones d’élevage réputées très fréquentées par les voleurs de bétail ainsi que dans les marchés de bestiaux. L’objectif actuel est de cerner ce phénomène criminel et de mettre en place des dispositifs adéquats afin de mieux lutter contre le vol de bétail. Par ailleurs la scène de crime dans cette forme de criminalité est spécifique de par sa complexité et la nature des indices prélevés, d’où l’implication des techniciens, nécessaire dans la résolution de ce genre d’affaires.

La Gendarmerie nationale a établi un plan national de sécurité pour les éleveurs et leurs biens afin de préserver leurs bêtes. Ce plan de sécurité de proximité servira à prévenir les vols de cheptel et les agressions des éleveurs et contribuera au plan national de développement. 

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