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Tizi-Ouzou : Les patients stomisés dans la tourmente

Tizi-Ouzou : Les patients stomisés dans la tourmente

Combien sont-ils en Algérie ces malades qu’on appelle « les stomisés «  ? C’est quoi la signification du mot « stomie » ? Sous quel statut vivent-ils ? Comment vivent-ils ? Quel est leur quotidien ? Quel regard porte la société sur eux ? Il est, certes, difficile de cerner l’ensemble des contours ayant trait à la stomie tant elle n’est que partiellement connue du public.

Le nombre exact de stomisés à l’échelle nationale est certainement indéterminé du fait que celles et ceux souffrant de ce mal ne se déclarent pas officiellement à l’autorité compétente, et ce pour des considérations que nous citerons plus loin. Toutefois, l’ensemble des stomisés à l’échelle nationale serait d’environ 40.000.

La wilaya de Tizi-Ouzou compte à elle seule environ mille stomisés. C’est ce que nous a indiqué le président de l’association des stomisés d’Algérie (ASA), Rachid Rezgui, rencontré au siège de l’Association en question. Notre interlocuteur a précisé que le nombre réel de stomisés au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou doit certainement dépasser celui pris comme estimation.

C’est quoi la stomie ? La stomie n’est pas une maladie, mais la conséquence des soins de la chirurgie. En effet, la stomie fait suite au traitement de l’une de ces diverses pathologies comme le cancer, qui représente 80 % des cas, la RCUH (rectocolite-ulcéro-hémoragique), le crohe, etc. De cet effet chirurgical, la mise à la peau du colon ou de l’urètre d’une poche pour cueillir donc les selles ou les urines.

Un calvaire au quotidien

Comment vivent les stomisés ou comment est fait leur quotidien ? Le président de l’ASA dit sans ambages que « les stomisés vivent dans la tourmente, la hantise de l’aggravation de leur cancer et surtout la crainte de ne pas trouver de poches ».

Par ailleurs, devant un tel constat, les stomisés veillent constamment à cacher leur mal de peur du « qu’on dira-t-on « . Il est vrai que la compassion est ressentie à l’endroit du patient ou de l’handicapé.

C’est sans doute cette compassion, interprétée à tort ou raison comme « pitié « qui est peut-être vécue comme un « mal « par le patient ou l’handicapé. Une chose est cependant sûre : la stomie n’est pas vraiment connue du large public.

De l’aveu de Rachid Rezgui, il a fallu attendre l’année 1988, année de création de l’Association des stomisés d’Algérie, pour que le monde médical l’eût comprise et essayé un tant soit peu de la vulgariser. C’est à la même année aussi que Rachid Rezgui fit adhérer son association à l’International Ostmy Association (IOA). Celle-ci octroya des dons pour l’ASA.

« Les Américains, les Canadiens et tant d’autres donateurs nous ont fait des dons « , a témoigné Rachid Rezgui. Les Algériens aussi ont mis la main à la poche pour soutenir l’ASA. Toutefois, c’est avec l’argent collecté en 1989 à l’occasion des Journées « portes ouvertes » sur les stomisés, manifestation sponsorisée par deux laboratoires, américain et allemand, que fut construite la clinique Mohamed Boudiaf des stomisés. Le siège de cette clinique se trouve à la rue Kesri Amar, près de la wilaya.

Cependant, les dons de l’ISA ont cessé dès l’année 1992. « Et curieusement, les rangs des donateurs algériens se sont aussi rétrécis comme une peau de chagrin « , a avoué le président de l’ASA. « Et inversement, poursuit notre interlocuteur, le nombre de stomisés ne cesse de suivre la courbe croissante ».

Pénurie récurrente des poches

La difficulté réside surtout dans la pénurie récurrente de ces poches indispensables aux stomisés. Elles font l’objet d’importation. Le prix de l’unité varie entre 300 et 400 DA. La durée d’une poche est de seulement 24 heures.

Pour remédier à cette situation, le Président de l’ASA aurait songé à lancer un appel à une entreprise étrangère pour s’implanter en Algérie. Rachid Rezgui estime que le prix d’une poche de fabrication locale coûterait 5 fois moins cher que celui payé à l’importation.

Notons que seule une entreprise turque a donné son accord pour l’implantation d’une usine en Algérie devant fabriquer ces poches appelés « les sacs de colostomie « . Pour venir en aide à cette catégorie de personnes, Rachid Rezgui s’est adressé aux autorités compétentes pour lui assurer aide et assistance. Mais en vain. Le ministre de la Santé et de la Population, le Dr Boudiaf, est le seul qui a jugé bon de donner suite au courrier qu’il a reçu. Le ministre a instruit la Direction de la santé et de la population de la wilaya de l’informer sur la situation de l’ASA et ses motivations exactes.

Dans la missive adressée le 2 mars 2016 au wali de Tizi-Ouzou( avec copies pour le Premier ministre), le ministre de l’Industrie et des Mines, du Travail et de la Sécurité sociale, de la Solidarité et de la Famille, de la Santé, Rachid Rezgui, en sa qualité de président de l’ASA, a informé son destinataire des difficultés des stomisés à entrer souvent en possession des poches de stomie, de leur cherté et des dividendes à tirer si on les fabriquait localement.

Ci-jointe en annexe la fiche technique préliminaire du projet dans laquelle est précise entre autres l’indentification et la disponibilité d’un terrain dans la zone industrielle de Oued-Aïssi d’une superficie de 10 000 m² et la très probable exportation du produit vers les pays du Maghreb et arabes ainsi que les emplois à créer. En date du 4 avril 2016, Rachid Rezgui a saisi, par le biais d’une missive, directement le ministre de la Santé et de la Population, l’informant de son espoir que son projet aboutisse à la lumière des nouvelles dispositions en matière d’investissements.

Pour une production nationale des poches

Le ministre Boudiaf a été rappelé de l’opportunité de réaliser ce projet d’implantation d’une entreprise de fabrication de sacs de colostomie, en vue de la fin des pénuries du produit en question (poches de stomie) sur le marché national.

Cela permettra une économie de devises, l’arrêt des importations, la création d’emplois, un bénéfice pour les caisses de l’Etat et, bien entendu, la très forte probabilité de gagner les marchés du Maghreb et arabes. Le Président de l’ASA attend une réponse affirmative pleine d’espoir.

En dépit du calvaire qu’il subit depuis des décades, Rachid Rezgui et les stomisés d’Algérie rejettent toutefois la fatalité. En ce qui nous concerne, et pour les besoins évidents de cet article, nous avons à maintes reprises essayé de nous rapprocher de la Direction de la santé et de la population (DSP) de la wilaya de Tizi-Ouzou pour en savoir davantage sur les suites données à ce dossier.
Hélas, nos tentatives furent vaines.

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