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Culture

Tizi Ouzou : Le théâtre retrouve ses lettres de noblesse

Tizi Ouzou : Le théâtre retrouve ses lettres de noblesse

Le théâtre a, semble-t-il, retrouvé ses lettres de noblesse à Tizi Ouzou. Effectivement, il ne se passe pas une semaine sans que les amoureux du 4e art soient conviés à la découverte d’une nouveauté.

Les planches du théâtre régional Kateb-Yacine de Tizi Ouzou ont été occupées, avant-hier dans l’après-midi, par la troupe théâtrale Igawawen de Larbâa Nath Irathen appartenant à l’association culturelle portant le même nom. 

Le public, toujours nombreux à ce genre de rendez-vous, a découvert une pièce intitulée Yewhec elfil, arnu-d gmas (l’Eléphant s’ennuie tout seul, il lui faut un congénère). Il convient de rappeler que « Yewhec elfil, arnu-d gma-s » est une maxime kabyle qui est une parabole de la lâcheté des hommes.

Selon cette maxime, un éléphant du sultan, lâché en toute liberté, ne cessait de saccager les jardins et vergers des habitants du village. Ceux-ci n’en pouvaient plus. Un jour, le plus vaillant d’entre eux appela les hommes du village à une réunion pour mettre un terme à ce calvaire. La solution était donc de s’adresser au sultan pour qu’il neutralise son pachyderme. 

Les hommes se sont mis d’accord pour parler tous, en même temps, au sultan.

Hélas, ce ne fut pas le cas. En effet, une fois devant le souverain, l’homme qui avait eu cette idée, donc le plus courageux, commença : « Hugh, notre sultan vénéré, ton éléphant … ». Selon le plan élaboré initialement, au moment où le mot éléphant serait prononcé par celui qui devait prendre la parole le premier, les autres devraient poursuivre en chœur : « a saccagé nos jardins et vergers. Il faut donc, vénéré sultan, le neutraliser ! ». Malheureusement, cela n’a pas été le cas. A plusieurs reprises, le malheureux homme répéta : « Hugh, notre sultan vénéré, ton éléphant… », sans que les autres aient eu le courage de continuer la suite.

A un moment donné, le sultan, agacé, s’écria : « Quoi, qu’est-ce qu’il a mon éléphant ? » Devant la lâcheté de ses compagnons, l’homme qui parla le premier finit par dire : « C’est que notre vénéré sultan, votre éléphant s’ennuie tout seul. Nous pensons qu’il lui faut un congénère ». Ainsi, ce fut là une double sanction comme réponse à la lâcheté des présents. Pour faire passer son propre message, le metteur en scène, qui est également l’auteur du texte, en l’occurrence Hamid Hamour, a introduit deux personnages féminins dans l’histoire. Il y apporta ainsi son propre message.

La première variante : l’amour sans limite du sultan pour son épouse qui demande sans cesse des richesses pour son paternel. La seconde variante : la bien-aimée de l’homme trahi du village demande au sultan, pour se venger, de lâcher un deuxième éléphant. La pièce théâtrale a été jouée par une dizaine de comédiens. Cette maxime étant connue de toutes et de tous, le public a donc porté son intérêt sur le jeu des comédiens, lequel a été des plus parfaits.

Le public, les jeunes notamment, a alors ri de bon cœur. L’une des trois jeunes filles assises juste devant nous, en dépit de sa pudeur, se laissa à un fou rire, notamment devant le jeu du comédien, Tayeb Heroui, qui tint le rôle du sultan. Et comme le veut la coutume du théâtre régional Kateb-Yacine de Tizi Ouzou, l’ensemble de la troupe théâtrale, se retrouva après la représentation, dans l’espace de la cafétéria, les journalistes pour un point de presse. Une collation était prévue à cette occasion.

Dans cette parfaite intimité, le metteur en scène Hamid Hamour a évoqué les conditions difficiles dans lesquelles il travaille. L’homme a mis l’accent sur la terrible disette financière dont souffre sa troupe. Le manque d’argent a été tel que cela s’est répercuté sur l’achat des costumes pour les comédiens.
C’est le cas du comédien Tayeb Heroui qui porta sur scène des chaussures modernes, lesquelles ont vivement contrasté avec le reste de son costume.

Pour sa part, Lounis Belkacem reconnut la grande indigence financière de l’association culturelle Tagrawla, qu’il dirige depuis deux ans comme président. « L’association que je préside, poursuit notre interlocuteur, est composée de pas moins de 250 adhérents et tous ont de grandes motivations culturelles. Hélas, nous sommes souvent freinés dans nos élans, alors que nous ne sommes aucunement dépourvus d’ambitions, et ce à cause de l’absence de moyens ».

Hamid Hamour, qui assure l’alternance dans la prise de parole avec Lounis Belkacem, revient à la charge pour clamer que le théâtre algérien est loin d’être mauvais et qu’on peut cependant l’améliorer pour peu que les moyens adéquats accompagnent ce savoir-faire théâtral. »

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