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Culture

Tizi Ouzou : Le théâtre à la recherche de son public

Tizi Ouzou : Le théâtre à la recherche de son public

La journée internationale du théâtre, fêtée tous les 27 du mois de mars, a été hier à Tizi Ouzou l’occasion pour les intellectuels et les professionnels du 4e art de discuter sur la possibilité de ramener le public au théâtre. Un lieu culturel déserté depuis belle lurette.

C’est dans cette perspective que d’aucuns saluent l’initiative du directeur du théâtre régional Kateb-Yacine, Farid Mahiout, d’avoir organisé une conférence de presse à laquelle ont été conviés deux spécialistes du théâtre, l’archéologue et historien du théâtre El Hachemi Aït-Aïssa et le dramaturge et chroniqueur à la radio de Tizi Ouzou Nourredine Aït-Slimane.

Les conférenciers seront rejoints plus tard à la tribune par la grande figure du théâtre et du cinéma algériens Saïd Hilmi, et Mme Nabila Gouméziane, directrice de la maison de la Culture Mouloud-Mammeri. C’est El-Hachemi Aït-Aïssa qui entamera cette conférence par un aperçu historique du théâtre, tout en expliquant ses rôles et son ancrage dans les sociétés du monde.

L’intervenant citera les grands moments du théâtre dans la Grèce antique. Avec ses vastes connaissances en histoire, El-Hachemi Aït-Aïssa citera des personnages légendaires comme Aphrodite, la déesse de l’amour, et autres personnalités réellement historiques comme Aristophane et Phileas.

Dans ce même contexte, l’historien du théâtre mettra en exergue les principes philosophiques mis en avant à cette époque lointaine par les auteurs et dramaturges à travers des œuvres théâtrales.

A cette époque où les sociétés étaient phallocrates, Aristophane a imaginé, à travers une œuvre théâtrale, une société où l’homme était au foyer et la femme dans le rôle de gestionnaire. Autrement dit, l’imagination de l’auteur a porté sur l’inversement des rôles.

De la sorte, selon El-Hachemi Aït-Aïssa, Aristophane dénonçait la violence des hommes qui guerroyaient à longueur d’année. Concernant l’Algérie, le conférencier a révélé que le théâtre y est implanté depuis plus de dix mille ans.

Des dessins rupestres et des hiéroglyphes en témoignent encore. Et de fil en aiguille, le conférencier en est arrivé à l’époque contemporaine. Cours dans les années 1960 – 1970, a déclaré El-Hachemi Aït-Aïssa, il fallait beaucoup de démener pour pouvoir se produire à Mostaganem, capitale algérienne du théâtre.

Et d’ajouter : « Au cours de ces années, l’Algérie comptait plus de 2000 troupes de théâtre » De son côté Nourredine Aït-Slimane, après avoir expliqué certains concepts propres au théâtre, a suggéré certains facteurs « responsables de la fuite des espaces théâtraux par le public ». 

L’adaptation des œuvres étrangères au théâtre algérien, kabyle notamment, l’écriture des pièces théâtrales par des non-spécialistes, d’où l’occultation de paramètres importants dans le montage de l’œuvre, font partie des raisons ayant poussé le public à bouder le théâtre.

La décennie noire, une des causes de la désertion des salles 

Le chroniqueur de la radio de Tizi Ouzou et dramaturge a cité la décennie noire comme responsable du recul pris par le public vis-à-vis du 4e art.

Il n’en demeure pas moins cependant que le conférencier a situé les responsabilités dans l’indigence actuelle du théâtre dans l’élément humain.

Par la même occasion, le conférencier a révélé certains « secrets » responsables dans l’engouement du public pour le théâtre, dont justement la considération que l’homme de théâtre doit lui accorder en le considérant comme « un des personnages de la pièce ».

« Comment reconquérir le public ? », tel est l’intitulé d’ailleurs de la conférence, est une question qui mérite la mobilisation et l’implication de toutes les compétences, a indiqué Nourredine Aït-Slimane qui n’a pas omis de plaider pour la création de festivals du théâtre dans le secteur de l’éducation nationale et le milieu universitaire.

Le directeur du Théâtre régional Kateb-Yacine a assuré quant à lui que beaucoup d’efforts sont consentis par les équipes agissant sous sa tutelle dans le cadre de la production théâtrale.

S’agissant du théâtre pour enfants, Farid Mahiout a déclaré qu’il existe une parfaite corrélation entre son institution et la direction de l’éducation nationale dans ce domaine du 4e art. Pour sa part, Saïd Hilmi a dénoncé la léthargie que subit l’art en général dans notre pays et plus précisément le théâtre.

L’homme a avoué que ce qui lui reste de plaisir et de passion dans la vie se résume au théâtre et à l’art. C’est pourquoi, il a formulé le vœu auprès de Nabila Goumeziane de lui organiser une tournée théâtrale dans les villages et villes de la wilaya de Tizi Ouzou. La directrice de la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou a décidé d’exaucer son vœu. Toutefois, elle n’a pas avancé une date. Probablement le rendez-vous sera donné pour le mois sacré de ramadhan.

L’intervenante a également développé les mêmes thèses que Farid Mahiout, à savoir que l’effort pour les productions culturelles et artistiques se poursuit inlassablement dans la wilaya de Tizi Ouzou.

Notons enfin que tous les conférenciers ont plaidé pour que les métiers du théâtre et du cinéma soient enseignés à l’université au même titre que les autres sciences. L’exemple américain en la matière a marqué les conférenciers. 

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