Tizi Ouzou : Le moudjahid Moh-Saïd Kaci tire sa révérence – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Tizi Ouzou : Le moudjahid Moh-Saïd Kaci tire sa révérence

Tizi Ouzou : Le moudjahid Moh-Saïd Kaci tire sa révérence

Le moudjahid Moh-Saïd Challal, appelé tout simplement Moh-Saïd Kaci, est décédé samedi, en début de soirée, au CHU Nedir-Mohamed de Tizi Ouzou, à l’âge de 95 ans, et ce juste après son admission suite à un malaise qu’il avait eu quelques heures plus tôt à son domicile, sis au village de Tissegouine, commune de Boudjima. 

Il convient de relever que, désormais, il n’y a plus de moudjahid encore en vie dans le grand village de Tissegouine-Tarihant. Pour bon nombre de citoyens de ces deux villages, le dernier des géants s’en est allé. 

Moh-Saïd Kaci, que tout le monde appelait tendrement et respectueusement Dada Moh-Saïd Kaci, est né au mois de mars 1927 au douar Yaskren. Dès son jeune âge, il a fait son entrée dans le milieu militant pour l’indépendance du pays. Juste à la naissance du FLN, alors qu’il se trouvait en France, il y a aussitôt fait son entrée. Après avoir croisé le fer avec les militants du MNA de Messali Hadj, très nombreux et très puissants en ce début de la guerre, il est rentré au pays. C’était au mois d’octobre 1955.

En rentrant en Algérie, il a directement rejoint le maquis du Sahel de Ouaguenoun, plus exactement à Thaouinine, dans la zone 3 et le secteur 3. Il était sous les ordres de l’officier de l’ALN Amar Bessalah, connu sous le nom de guerre Amar El Bass. C’est en tenue de combat que Moh-Saïd Kaci est rentré chez lui pour embrasser les siens suite à une permission que lui avait accordé sa hiérarchie. Après un temps, il a été muté à Sidi Naâmane puis à Ath-Djenadh. Plus tard, il a été affecté à Sidi-Ali Bounab, identifié comme zone 4. Et vers le milieu de l’année 1958, il a été affecté encore à Aït Yahia-Moussa (Draâ El-Mizan). C’est pourquoi feu Moh-Saïd Kaci s’est retrouvé impliqué dans la bataille du 6 janvier 1959 dans cette zone. 

C’est aussi au cours de cette sanglante et historique bataille qu’il a été brûlé au napalm, à l’instar de beaucoup de ses compagnons de combat et même de militaires français. Et si Moh-Saïd Kaci a survécu à cette apocalypse, même en étant brûlé au 3e degré, c’est grâce à un djoundi, jeune et robuste, qui l’a transporté sur son dos de la forêt d’Aït Yahia-Moussa jusqu’à Maâtkas, plus exactement au refuge local de l’ALN, soit sur une distance de 30 km, et ce à la faveur de la nuit. 

Une fois arrivé dans ce refuge, l’équipe médicale l’a pris en charge. Son médecin soignant, un Algérien, membre de l’ALN, était d’une grande compétence ; compétence que ne possédaient pas la plupart des médecins de son époque, dont ceux de l’armée française. En effet, pour éviter que les mains du blessé deviennent paralysées et déformées, comme c’est souvent le cas quand il s’agit de brûlures graves, ce médecin a maintenu, grâce à des plaques en bois qu’il lui a confectionné, les mains de Moh-Saïd Kaci ouvertes et les doigts allongés et séparés l’un de l’autre. Ensuite, il a procédé délicatement au pansement de chaque main et de chaque doigt. 

Beaucoup de moudjahidine blessés étaient dans cette grotte transformée en hôpital. Hélas, après une prise en charge médicale de six mois, ce refuge des moudjahidine, par la délation d’un traître, a été découvert par l’armée française. Les blessés, non encore rétablis, dont Moh-Saïd Kaci, ont ainsi été capturés. Cependant, vu leur état, ils ont été envoyés vers des structures sanitaires. Pour sa part, Moh-Saïd Kaci s’est retrouvé à l’hôpital de Dellys (Boumerdès). A sa guérison, il a été envoyé à la prison militaire de Tigzirt, connue sous l’appellation de « camp Ali-Ouyacine ».

Le régime de cette prison était d’une grande sévérité. La torture y était légion. Après un séjour de plusieurs mois, les autorités coloniales l’ont transféré au centre de détenus se trouvant à l’entrée de Tizi Ouzou par l’est, plus précisément au niveau de l’actuel lieudit Briquetterie ou La Pompe Chabane. En général, les détenus transférés dans ce centre étaient exécutés. Cependant, Moh-Saïd Kaci a eu de la chance. Dans ce centre, un officier d’origine algérienne, comme son père d’ailleurs, travaillait pour le FLN même si, officiellement, il travaillait pour le compte de l’armée française. En effet, c’est ce militaire qui a réussi à faire éviter l’exécution à Moh-Saïd Kaci. 

Après un séjour d’une semaine environ dans ce centre de la mort, il a été transféré à la prison de Berrouaguia à la fin de l’année 1959, d’où il a été libéré à l’indépendance nationale par les autorités algériennes. A l’indépendance, Moh-Saïd Kaci a occupé un emploi au niveau du lycée El-Khansa de Tizi Ouzou, et ce jusqu’à sa retraite au début de la décennie 1980. Enfin, il convient de relever que le frère aîné de Moh-Saïd Kaci, prénommé Ali, était un novembriste.

Le 1er novembre 1954 à zéro heure, il a participé à l’attaque d’une caserne militaire de Blida. Il est tombé au champ d’honneur les armes à la main au mois de mai 1957. Sa sœur, Fatima, était aussi une moudjahida et en même temps veuve de chahid. Celle-ci, que tout le monde appelait Nana Fatima Kaci, est décédée au printemps 2012 à l’âge de 90 ans. L’enterrement du moudjahid Moh-Saïd Kaci aura lieu aujourd’hui au cimetière du village de Tarihant. 

 

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